Caractéristiques
- Titre : Entre le ciel et l'enfer
- Titre original : Tengoku to jigoku
- Réalisateur(s) : Akira Kurosawa
- Avec : Toshirô Mifune, Tatsuya Nakadai, Kyoko Kagawa, Tatsuya Mihashi...
- Editeur : Carlotta
- Date de sortie Blu-Ray : 5 mai 2026
- Date de sortie originale en salles : 9 juin 1976 en France, 1er mars 1963 au Japon
- Durée : 143 minutes
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- Note : 8/10 par 1 critique
Image 4K : 5/5
Entre le Ciel et l’Enfer a été tourné en pellicule 35 mm (sans plus de précisions disponibles). Le film a fait l’objet d’une restauration, bien qu’aucun détail technique n’ait été communiqué à ce sujet. Ce Blu-ray 4K, proposé dans son format respecté 2.35:1, repose sur un master 4K avec compression HEVC/H.265, un espace colorimétrique BT.2020, WCG, et une présentation HDR complétée par le Dolby Vision. Le grain argentique est parfaitement préservé : fin, homogène et jamais figé, il confère à l’ensemble une texture très organique, d’autant plus appréciable pour une œuvre de plus de 60 ans. Le nettoyage se montre remarquable, avec une copie stable et exempte de défauts notables.
Le piqué se montre excellent, offrant une définition solide et un niveau de détails impressionnant, notamment sur les visages (cheveux, moustaches, gouttes de transpiration). Les textures des costumes et des décors bénéficient d’un rendu précis. Des intérieurs de la demeure de Gondo aux extérieurs urbains, la richesse visuelle est constante. Quelques limites inhérentes au tournage subsistent (légers flous), mais rien qui ne vienne altérer l’expérience. La profondeur de champ, élément clé de la mise en scène, se révèle particulièrement bien restituée.
En noir et blanc, le rendu repose naturellement sur le contraste, et celui-ci se montre d’une grande solidité. La première partie, en huis clos, bénéficie d’un éclairage maîtrisé, tandis que la seconde, plus proche du polar, adopte une approche visuelle plus sombre. Les scènes nocturnes ou faiblement éclairées conservent une excellente lisibilité. La palette de gris est riche et nuancée, avec des noirs profonds et jamais bouchés.
Aucun problème de compression n’a été relevé. L’encodage se montre irréprochable, livrant une image exemplaire qui rend pleinement justice à ce chef-d’œuvre de Akira Kurosawa. Une restauration de très haut niveau.
Son : 4/5
Carlotta (Dragon Inn / A Touch of Zen) nous propose une première piste en DTS-HD Master Audio 4.0, basée sur le 4-track stéréo d’origine. L’expérience reste naturellement frontale, mais la spatialisation se montre cohérente, avec une bonne mobilisation des canaux avant. Le mixage, plus confiné dans la première partie, s’ouvre légèrement par la suite, notamment via les ambiances. Sans surprise, le canal LFE est absent. Les dialogues sont clairs et parfaitement intelligibles, tandis que la musique s’intègre harmonieusement à l’ensemble. Une piste solide.
Une seconde piste VO est également proposée en DTS-HD Master Audio 2.0. Moins ample, elle reste néanmoins bien équilibrée sur les deux canaux, avec une dynamique satisfaisante. Les dialogues demeurent clairs, et l’intégration des ambiances et de la musique est convaincante. Une alternative plus modeste mais tout à fait efficace.
Aucune piste française n’existe pour le film.
Bonus : 3/5
Anciens bonus du DVD de 2006 :
- Le suspense selon Kurosawa (37’)
Les membres de l’équipe, dont Akira Kurosawa, reviennent sur le tournage à travers souvenirs et anecdotes, illustrés par des photos d’archives. Un document précieux. - « Entre le Ciel et l’Enfer » selon Jean Douchet (15’)
Jean Douchet (critique et historien du cinéma) propose une analyse approfondie du film, abordant, entre autre, le noir et blanc, la mise en scène et les thématiques. Une intervention pertinente et éclairante.
Nouveau bonus :
- Tension et Grâce (10’)
Un essai vidéo signé Nicolas Saada, réalisateur, scénariste et journaliste (Taj Mahal, la série Thanksgiving), qui analyse le film tout en le replaçant dans la filmographie de Kurosawa et le contexte du cinéma japonais de l’époque. Un complément intéressant et bien construit.
Conditions du test
- TV 4K UHD Sony Bravia KD49XF7077SAEP
- Lecteur Blu-ray Samsung 4K UHD UBD-M8500
- Ampli Yamaha 4K UHD YHT-1840
Synopsis
Industriel au sein d’une grande fabrique de chaussures, Kingo Gondo décide de rassembler tous ses biens afin de racheter les actions nécessaires pour devenir majoritaire. C’est à ce moment-là qu’il apprend que son fils Jun a été enlevé et qu’une rançon est exigée. Se produit alors un véritable coup de théâtre : ce n’est pas Jun mais Shin’ichi, le fils de son chauffeur, qui a été enlevé. Gondo est désormais face à un dilemme : doit-il dépenser toute sa fortune pour sauver l’enfant d’un autre ?
Le Film
Dans Entre le ciel et l’enfer, Akira Kurosawa livre un thriller moral d’une redoutable efficacité, tout en dressant un portrait social d’une acuité remarquable. Le film s’ouvre sur un huis clos tendu où un riche industriel est confronté à un dilemme : sacrifier sa fortune pour sauver un enfant qui n’est même pas le sien. Cette première partie, presque théâtrale, impressionne par la précision de sa mise en scène et la manière dont elle installe une tension psychologique constante.
Mais loin de se limiter à ce face-à-face moral, le film bascule ensuite vers une enquête policière minutieuse, explorant les bas-fonds urbains avec un réalisme quasi documentaire. Kurosawa y oppose frontalement deux mondes : celui des hauteurs, symbole de réussite et de confort, et celui des profondeurs, marqué par la misère et la rancœur. Ce contraste nourrit une réflexion plus large sur les inégalités sociales et les frustrations qu’elles engendrent.
La mise en scène, d’une rigueur exemplaire, se distingue par un usage magistral du cadre et de la profondeur de champ, tandis que le noir et blanc sublime chaque espace, du salon bourgeois aux ruelles étouffantes. Le rythme, volontairement posé, peut dérouter, mais il permet au cinéaste de développer pleinement ses enjeux moraux et sociaux.
Porté par des performances d’une grande justesse, le film brille aussi par la complexité de ses personnages, jamais réduits à de simples archétypes. Jusqu’à son final glaçant, Entre le ciel et l’enfer s’impose comme une œuvre majeure, à la fois captivante et profondément humaine, confirmant le génie de Kurosawa dans l’art de conjuguer suspense et réflexion.
