
Le 19 septembre dernier, Culturellement Vôtre s’est rendu sur le campus de Jussieu de la Sorbonne afin de couvrir la 10ème édition du Festival Play Sorbonne, événement gratuit qui met à l’honneur les développeurs de jeux indépendants (jeu vidéo, jeu de société et jeu de rôle) et leur permet de présenter directement leurs jeux et projets (finis ou en cours de développement) auprès d’un large public au cœur de Paris.
Un événement créé en 2015, accueilli depuis des années par l’université de la Sorbonne, qui met également ses locaux à la disposition de l’association Play Sorbonne Université, en charge de la programmation et de l’organisation du festival. Ces dernières années, le succès grandissant de l’événement (11 5000 visiteurs sur une journée l’an dernier) a fait que celui-ci a pu se développer de plus en plus. A tel point que cette 10ème édition est 20% plus grande que la précédente.
Nous en avons profité pour interviewer le président de l’association, Vinh To Tuan, étudiant ingénieur en informatique et électronique à Polytech Sorbonne…
Culturellement Vôtre : Bonjour, cette année c’est la 10ème édition du Festival Play Sorbonne, vous êtes les président de l’association du même nom. Pouvez-vous, pour nos lecteurs, faire un petit historique du festival et nous expliquer comment il s’est développé et comment il est organisé de manière générale ?
Vinh Vo Tuan : Le festival a commencé en 2015, c’est la 10ème édition, mais la 11ème année, forcément, comme il y a eu une année de gap en 2020. Ca n’a pas commencé à Sorbonne Université pour le coup, c’était sous un autre nom, dans un autre endroit beaucoup plus petit à Colombes, mais c’était la vision de la personne qui a fondé l’association ensuite, qui s’est installée à la Sorbonne.
L’idée était de faire un festival de jeux indépendants parce que c’est un milieu qui est hyper grand et dans lequel il y a plein de propositions qui sont super. Du coup, on a gardé cette volonté-là de faire un festival pour le public bien sûr, mais aussi pour les développeurs, ce qui fait une grosse différence, parce que du coup avec nous, qui sommes une association, le stand n’est jamais payant. C’est à dire que les gens qui viennent ici exposer, c’est toujours gratuitement, y compris la nourriture.
Et donc ça fait qu’on touche aussi un public qui est beaucoup plus petit en termes de développeurs, des gens qui viennent présenter le tout début de leur jeu, qui n’ont parfois que quelques papiers et des dessins à la main et c’est déjà très bien. On est vraiment parmi les indépendants, et on permet aussi à des gens qui travaillent seuls sur leur jeu, parfois en parallèle d’une autre activité, de le présenter. Comme à des studios qui ont déjà une démo, viennent de sortir leur jeu ou s’apprêtent à le faire.
Et c’est cool parce que ça touche un public qui n’aura pas l’occasion forcément d’exposer dans des événements plus grands. Et c’est surtout ça la vision au début du festival. Après, ça s’est pas mal développé avec le temps, au fur et à mesure des gens qui vont et viennent parce que du coup, comme on est étudiants, il y a un gros roulement avec des gens qui partent au bout de 3 ans quand ils terminent leurs études. Donc il y a un passage de relais régulier.
Et du coup, plein de monde a amené un peu sa pierre à l’édifice. En tant qu’association, on fait en sorte que les idées de tout le monde soient un peu représentées dans le festival. Moi, j’ai envie de faire des activités sur tout le festival. Cette année, 2 membres ont voulu faire un concours de dessin.
Et du coup, c’est l’occasion aussi pour les développeurs indépendants d’aller à la rencontre directe du public, d’avoir des retours en direct qu’ils n’auraient pas forcément eu dans le même contexte, de la même manière, avec une certaine spontanéité. Du coup, ils peuvent rencontrer plein de monde et plein de publics différents pour tester leur jeu.

C.V. : Du coup, le festival a été intégré à la Sorbonne depuis combien de temps environ ? Et quelle est l’implication de la fac aujourd’hui ?
V. V. T. : Pour l’intégration, il me semble que c’était autour de 2017. Quant à l’implication de la fac, elle est multiple. Déjà, il y a des subventions, tout simplement. La fac distribue des subventions aux associations pour aider ce genre de projets.
Ensuite, il y a les locaux. Le fait de nous prêter les locaux gratuitement, c’est une aide de dingue. Je veux dire, je ne sais pas quel autre festival a des locaux gratuits en plein Paris, dans le 5e, sur cette surface-là, c’est assez inédit quand même, et c’est vraiment super.
Et puis, on a toujours évidemment le soutien du service de la vie étudiante, qui nous aide à encadrer ce genre de projet et qui nous permet de nous aiguiller, de savoir qui contacter et qui sert d’intermédiaire avec les autres services de la fac. Après, évidemment, il y a tous les prêts de matériel, toutes les infrastructures de la fac qui nous aident pas mal, même si c’est plus au cas par cas.
C.V. : Au sein de l’association, du coup, vous êtes tous des passionnés de jeux vidéo, jeux de société. Est-ce que certains d’entre vous êtes aussi des créateurs ?
V. V. T. : Oui, tout à fait. On a tout un volet création de jeux, jeux de société et jeux vidéo, qui sont sur des stands en bas comme les autres, mêlés aux autres développeurs indépendants, notamment en partenariat avec la fac. C’est à dire que dans l’offre culturelle, parmi les cours qui ne donnent pas accès à un diplôme mais sont juste là pour se former, on a des cours de game design, qui ne sont pas du tout gérés par nous ni par la fac, mais comme on partage le même centre d’intérêt, on finit par se connaître. Et à la fin, à un moment donné, on s’est dit: “Tiens, il y a des jeux qui sortent de ce cours qui sont assez sympas, on pourrait aller peut-être pousser plus loin. Et après, enfin nous, l’association en général, mais aussi évidemment les gens concernés, on leur prend pas juste le jeu, on fait de la production dessus, puis on trouve des dessinateurs, on trouve de l’argent pour imprimer.
Donc c’est le même processus qu’avant, c’est à dire qu’on va demander à la fac des subventions pour dire qu’ on fait un jeu. Et après, on fait de la distribution au sein des événements de la fac gratuitement, parce que comme on est subventionnés, on n’a pas besoin de faire de la rentabilité. On essaye pas mal de se diffuser après dans d’autres endroits, notamment des salons de jeux. Et c’est très cool.
Là, on a un jeu qui marche assez bien, on a plein plein de bons de retours dessus qui s’appelle Tribunazes. C’est un jeu d’improvisation où il faut argumenter sur des lois un peu absurdes.
On passe par de vrais imprimeurs de jeux. Du coup, c’est hyper gratifiant pour les gens, pour tous les gens qui sont impliqués dans la chaîne de production, de bosser dessus et d’avoir ensuite l’objet physique.
C.V. : Vous avez dit que tout le monde apporte ses idées. Est-ce que vous aviez des partis pris précis pour cette année ? Des choses que vous vouliez mettre en avant par rapport aux années précédentes ?
V. V. T. : En réalité, cette année n’est pas très différente des années dernières, mais en plus grand, c’est juste ça la véritable différence. Enfin, moi, c’est ce qui m’a vraiment impressionné par rapport aux années d’avant. C’est qu’on commence un peu à avoir une relative notoriété dans le domaine des jeux indépendants. Et du coup, on a eu beaucoup de…Enfin, j’ai eu l’impression, moi, de mon point de vue, qu’on avait eu beaucoup de demandes de gens qui voulaient exposer et qui voulaient venir, au point que cette année, on a dû en refuser quelques-uns.C’était triste pour eux, mais pour nous, ça veut dire que ça marche bien.
Mais ça veut dire qu’on va devoir faire encore plus grand l’année prochaine.C’est surtout ça. Mais oui, c’est hyper impressionnant de voir le truc grandir de plus en plus.
C.V. : J’ai aussi vu qu’il y avait plusieurs associations invitées qui étaient présentes. Donc j’imagine que, au fil des ans, vous avez aussi tissé des liens ?
V. V. T. : Oui, tout à fait. Déjà l’associatif dans une université, c’est un milieu qui est quand même assez petit, très connecté. Donc très vite, vu qu’il y a une asso de jeux de rôle, une asso d’échecs, c’est nécessairement des gens qu’on croise souvent à la fac, et puis ça devient des amis, donc ça nous fait plaisir de les inviter, de les voir. Pareil, y a une asso qui vient de Paris Cité, qui est l’université d’à côté. Pareil, ça nous fait hyper plaisir parce que c’est des gens qu’on connaît par untel ou untel. Et après, c’est hyper gratifiant de rassembler un peu toute cette communauté qu’on se fait rien qu’entre nous autour d’un événement comme ça.
C.V. : Si vous avez les chiffres, combien avez-vous eu de visiteurs l’an dernier ? Attendez-vous un chiffre précis pour cette année ?
V. V. T. : L’an dernier, il me semble que le chiffre officiel tournait autour de 11 500 et cette année, le festival est à peu près 20% plus gros, donc s’attend à peu près à 20% de plus.

C.V. : Pensez-vous que le public a toujours une appétence pour découvrir de petits développeurs au-delà des gros studios de jeux ? Est-ce que vous sentez toujours cette curiosité de découvrir des choses qui sortent un petit peu des sentiers battus ?
V. V. T. : Oui, moi je pense que oui, il y a beaucoup de…enfin il y a de plus en plus de jeux indépendants qui font beaucoup plus de chiffres, ou du moins qui ont parfois beaucoup plus de visibilité que des énormes jeux. Et bon, on ne pense pas nécessairement à ça de notre côté parce que si les gens viennent ici, c’est qu’ils sont déjà intéressés par de petits jeux.
Mais j’ai l’impression que l’industrie du jeu vidéo en général se tourne pas mal vers ça. Et je trouve ça pas mal, je trouve ça bien et c’est aussi dans ce cadre-là que je trouve que l’événement est cool. On se rend compte que l’important n’est pas forcément de faire cette course aux graphismes ou à l’Open World qui dure 8600 heures de plus que le jeu d’avant, mais aussi juste de proposer des expériences plus petites, un peu plus resserrées et un peu moins chères, mais avec une vraie direction artistique, quelque chose d’un peu plus personnel et peut-être avec un peu plus de vision que certains jeux de gros studios.
Typiquement, c’est un peu le narratif d’Expédition 33 l’année dernière : c’était des anciens d’Ubisoft, ils sont partis et ils ont fait un jeu un plus petit, mais qui a connu un succès mondial.
C.V. : D’année en année, il y a toujours plus de bars à jeux qui ouvrent et un nombre croissants d’événements autour du jeu de société. Est-ce que vous pensez que, après le COVID et la part toujours plus importante du numérique, les gens ont aussi un petit peu cette envie renouvelée de se reconnecter, de partager, de jouer en étant l’un en face de l’autre ?
V. V. T. : Oui, je pense que le jeu est quand même une activité qui est assez bien faite pour rassembler les gens. Et que cela permet de parler à des gens à qui on n’aurait pas nécessairement parlé de base.
Je veux dire, la plupart des gens de l’association, c’est des gens qu’on a rencontrés parce qu’ils sont venus à une activité de l’association. Puis on a fait une partie avec d’autres gens et après on est devenus amis, on est allés manger ensemble et ensuite on les a recrutés et après ils se lèvent à 07h00 du matin pour venir organiser des festivals.
Propos recueillis par Cécile Desbrun lors du Festival Play Sorbonne le 19 septembre 2026. Merci à Vinh Vo Tuan et à l’équipe de Play Sorbonne pour leur accueil chaleureux.




