Caractéristiques
- Titre : It Comes at Night
- Réalisateur(s) : Trey Edward Shults
- Avec : Joel Edgerton, Christopher Abbott, Carmen Ejogo, Kelvin Harrison Jr., Riley Keough, Griffin Robert Faulkner, David Pendleton
- Distributeur : Mars Films
- Genre : Horreur
- Pays : Etats-Unis
- Durée : 97 minutes
- Date de sortie : 21 juin 2017
- Note du critique : 7/10 par 1 critique
Une petite histoire bien menée, dans une grande histoire sous-exploitée
Après un premier film, Krisha, que nous n’avons pas encore vu, le tout jeunot (29 ans, vous en conviendrez) Trey Edward Shults signe un film d’horreur qui aura su faire parler de lui : It Comes at Night. On aura entendu pas mal de choses sur le compte de cette œuvre : pas vraiment un film de genre, gonflant, génial, ou encore le renouveau de la terreur psychologique. On a même lu que le réalisateur pouvait se rapprocher d’un Stanley Kubrick en mode Shining, ce que nous contestons, faut pas pousser papy dans les orties. Une nature clivante donc, ce qui est, parfois, la marque des efforts courageux. Dès lors, quoi de plus naturel que de revenir sur cette sortie ?
It Comes at Night ne vous étouffera pas avec un script ultra touffu. C’est d’ailleurs, la première des forces de ce film surprenant : il refuse la surenchère d’éléments scénaristiques, et va de suite à l’essentiel. Une famille, formée par le père de famille, sa femme et leur fils, vit à l’écart, dans les bois. Et pour cause : une bien étrange et violente épidémie fait rage. Et comment on le comprend ? Par la démonstration. Mais si le début s’avère très direct, frontal, avec une mort qui fait naitre la problématique, ce qui se passe par la suite puise ses forces dans le hors-champs, les non-dits, et le ressenti.
Trey Edward Shults est, pour nous, une révélation. Si son film est imparfait, comme nous le verrons par la suite, les qualités de ce long métrage sautent aux yeux. Pour bien savourer ces forces, il faut surtout ne pas avoir été embarqué dans la campagne marketing, ni avoir regardé un quelconque trailer. It Comes at Night n’est pas à l’image de ce qu’on y voyait, très clairement. Le résultat, à l’écran,se veut beaucoup plus fin, et finalement moins axé sur la menace qui erre, que celle qui se déclare, s’immisce et se propage. Alors que le quotidien de cette maison est assez cadré, un homme tente de s’introduire, afin de trouver des vivres. Il sera vite stoppé par Paul, le père de famille, puis assommé. Son réveil sera l’occasion d’un interrogatoire tendu, car l’état du monde a rendu les rapports infiniment plus prudents. Après mise au point, il est conclu de rapatrier la petite famille de cet homme, en qui une forme de confiance, très précaire, se construit.
Un casting de qualité, mais des personnages qui souffrent d’une écriture imprécise
Tout doucement, le sujet d’It Comes at Night se dessine. Tout en laissant planer un très efficace mystère au sujet du danger qui rode, le réalisateur met le paquet sur le rapport à l’autre. Sans aller jusqu’à se faire une grande allégorie sur notre époque qu’on ne cesse de nous décrire comme troublée, et c’est une bonne chose tant on ne compte plus ce genre de formule, le film décrit des rapports difficiles, et les conséquences sur les Hommes. Sans ne rien spoiler, sachez que le doute va s’installer, assez prévisible par ailleurs, tandis que le fils de la première famille, l’insomniaque Travis, ressent les choses comme un adolescent un peu idéaliste. La fin, cruelle et horriblement logique, fonctionne très bien. Pourtant, on reste aussi un peu déçu. Pourquoi ?
Si le casting d’It Comes at Night est absolument irréprochable, surtout Joel Edgerton (Bright) et Kelvin Harrison Jr. (The Birth of a Nation), l’écriture des personnages n’est pas irréprochable. On a tout de même un peu de mal à comprendre certaines réactions. Autre regret, celui d’ignorer si la décision finale (qu’on ne vous dévoilera pas) est bonne, ou se révèle catastrophique. Car, si le scénario se veut très premier degré, alors le choix de laisser planer le doute, à ce moment précis, est ressenti comme un véritable manque. Enfin, il est indéniable que le film s’éloigne de l’horreur pure, mais en utilise les codes. Cela résulte sur un univers un poil déceptif, au sein duquel la petite histoire, celle des petites gens, est mise en avant. Et, toute satisfaisante qu’elle soit, il règne, alors que le générique de fin débute, l’étrange impression de ne pas avoir exploité toutes les possibilités esquissées.