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Caractéristiques

  • Réalisateur : Darren Lynn Bousman
  • Avec : Anthony Stewart Head, Alexa PenaVega, Paris Hilton, Sarah Brightman, Paul Sorvino…
  • Distributeur : Lionsgate
  • Genre : Comédie musicale, horreur
  • Durée : 94 minutes
  • Sortie : 7 novembre 2008 (États-Unis)

Un opéra-rock futuriste et barré

Après avoir assisté à une projection du génial The Rocky Horror Picture Show (1975) la semaine dernière, nous avons eu envie de voir l’OVNI de Darren Lynn Bousman, réalisateur des Saw II, III et IV. Il faut dire que ce n’est pas tous les jours qu’on peut voir une comédie musicale qui est aussi un film d’horreur et un film de science-fiction!

Le pitch semblait très prometteur : dans un futur proche, une épidémie a ravagé la Terre et entraîné la défaillance des organes humains. La société GeneCo, dirigée par le puissant Rotti Largo (Paul Sorvino) est alors apparue, proposant aux malades trop pauvres un plan de financement à long terme pour leur permettre de recevoir des organes flambants neufs. Cependant, dès que la personne n’est plus capable de rembourser sa dette, un Repo Man (Anthony Stewart Head) est dépêché pour reprendre possession des organes concernés, tuant au passage leur porteur de manière sanglante. Ce qui m’a tout de suite rappelé cet excellent sketch des Monty Pythons dans Le Sens de la vie (1983) où l’on peut voir un prélèvement d’organes sur donneur vivant!

De Giles à Repo Man

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De plus, le « héros » n’est autre qu’Anthony Stewart Head, alias le Rupert Giles de Buffy contre les vampires ! Non seulement j’adore cet acteur, qui est bien trop rare au cinéma (je n’avais pu l’apercevoir que le temps de mini-apparitions dans Scoop et Sweeney Todd), mais de plus, celui-ci est un excellent chanteur qui a tenu le rôle de Frank’N’Furter du Rocky Horror Picture Show sur les planches en Angleterre, personnage de travesti on ne peut plus éloigné de l’Observateur de la Tueuse de vampires. Ajoutez à cela une bande-annonce déjantée lorgnant également du côté des comics et révélant une esthétique soignée, sombre et kitsch à la fois et vous comprendrez (ou non) mon excitation à l’idée de voir ce film sorti directement en vidéo chez nous.

Comédies musicales: pourquoi tant de haine?

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Même si nous n’avons pas encore eu l’occasion d’en parler, nous adorons les comédies musicales à Culturellement Vôtre, des plus classiques (Drôle de frimousse de Stanley Donen, par exemple) aux plus barrées (Rocky Horror Picture Show, Moulin Rouge !). Toujours très largement mésestimé, ce genre a tendance à être relégué par de nombreuses personnes au rang de divertissement superficiel, mièvre et kitsch destiné aux gays « folles » de Barbara Streisand ou aux midinettes.

Pourtant, de Vincent Minelli à Stanley Donen en passant par Bob Fosse, la comédie musicale a vu défiler de grands cinéastes qui ont su lui donner toute l’ampleur cinématographique qu’elle méritait. Sans parler des acteurs et danseurs d’exception tels que Fred Astaire, Gene Kelly, Ginger Rogers… Et si un certain nombre de ces films comportent des chansons conventionnelles très oubliables, il serait injuste de généraliser et oublier les réussites musicales flamboyantes de West Side Story, Chicago ou Cabaret pour n’en citer qu’un tout petit nombre.

Bref, les comédies musicales sont un véritable plaisir, même, nous l’admettons, lorsque l’intrigue n’est parfois qu’un gros prétexte à des numéros chantés et dansés par des stars de l’époque (Down to Earth d’Alexander Hall avec Rita Hayworth est l’exemple parfait de ce type de plaisir coupable).

Des morceaux plaisants mais inégaux

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Il n’y a pas ce type de prétexte dans Repo !The Genetic Opera cependant : avec l’excellent Sweeney Todd de Tim Burton, il s’agit en effet de la comédie musicale la plus « musicale » que je connaisse au sens où les dialogues parlés sont plus que rarissimes, les chansons s’enchaînant les unes à la suite des autres. L’intrigue, à l’exception des courtes séquences et images comme arrachées des pages d’un comic book est ainsi entièrement véhiculée par la musique et les chansons, lesquelles sont assez plaisantes bien qu’inégales dans l’ensemble.

Quelques morceaux sont tout simplement superbes (la première chanson du Repo Man, le duo Blind Mag-Shilo ensuite rejoint par Nathan), le reste demeure agréable dans le contexte du film mais supporterait bien moins une écoute isolée. Entre rock, pop et chant lyrique (le très beau numéro final de Blind Mag, interprétée par la soprano Sarah Brightman), le film n’évite pas nécessairement le piège du rock FM, Shilo (Alexa Vega, ex Spy Kids), la fille rebelle du Repo Man ayant même droit à une incartade débridée dans sa chambre, façon Avril Lavigne.

Film culte?

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Malgré tout, ce manque d’originalité musicale (qui aurait pu être évitée) n’est pas aussi gênant que ça et les quelques personnes sur le Net qui hurlent que c’est horriiiible font un faux procès aux compositeurs. Si l’idée des dialogues chantés à l’extrême façon Jacques Demy, le côté glam-rock hystérique et théâtral et le kitsch assumé qui va avec vous est insupportable, vous aurez en effet du mal à adhérer au film, mais dans le genre, Repo ! tient plutôt bien ses promesses malgré un aspect un peu plaqué. Plaqué, car on sent bien que Bousman a voulu réaliser le Sweeney Todd et Rocky Horror Picture Show des années 2010 réunis et accoucher d’un film culte, rien de moins.

S’il est bien trop tôt pour juger de la trace que Repo ! laissera au genre, il est évident, en tout cas, que tout aussi bon soit-il, il est et demeurera inférieur aux films en question. Intéressante, la mise en scène n’est ni assez brillante ni assez barrée et souffre parfois de quelques facilités, le score n’est pas assez mémorable, il y a parfois des faiblesses de rythme et on aimerait par moments avoir une ou deux respirations bienvenues pour que l’émotion puisse véritablement percer au lieu d’être tout de suite coupée en plein élan par la musique.

Grand-guignol et jouissif

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Ces reproches mis à part, le film est des plus jouissifs, que ce soit au niveau de l’esthétique, de l’intrigue, des acteurs… Anthony Stewart Head fait plaisir à voir et à entendre dans un rôle schizo (Nathan le bon père de famille que Giles n’aurait pas renié et le terrifiant Repo Man) qui lui sied à merveille et lui permet de laisser éclater au grand jour la folie dont il est capable. Le numéro où il chante son métier de bourreau est un des meilleurs du film, fun et glaçant à la fois : après avoir éviscéré avec grande application sa victime, il glisse le bras à l’intérieur de la plaie béante pour une démonstration de ventriloque grand-guignolesque mémorable.

Tous les acteurs s’en sortent très bien, y compris… Paris Hilton, méconnaissable dans le rôle de la brunette gothique Amber Sweet, la fille de Largo,  héritière starlette abonnée à la presse à scandales et accro à la chirurgie esthétique qui la défigure de plus en plus au fil des scènes.

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Si le rôle semble avoir été écrit pour elle, l’horripilante peste a en fait dû faire preuve d’acharnement auprès du réalisateur (qui ne voulait pas que son image people nuise au film) pour qu’il accepte de lui faire passer des essais. Darren Lynn Bousman a ensuite avoué avoir été fortement impressionné par la performance de la starlette, qui avait quitté ses fringues rose bonbon et ses moues de chipie pour se mettre dans la peau de ce personnage excentrique et ingrat, tourné en ridicule du début à la fin. Sans être l’interprète la plus convaincante du lot, miss Hilton s’en sort donc avec les honneurs et sait faire oublier son nom pour se fondre dans son rôle.

Entre tendresse et grincement de dents…

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Enfin, l’intrigue est intéressante même si on peut regretter que la critique sociale futuriste à la Brazil soit reléguée à l’ arrière-plan au profit de la relation père-fille de Nathan et Shilo, qui ignore la véritable profession de son père et l’histoire digne d’une tragédie grecque qui se cache derrière ce « choix » de carrière. Repo ! privilégie en fin de compte la tendresse envers ses héros au grincement de dents féroce et jouissif attendu et on peut regretter que Bousman ne soit pas parvenu à mêler plus habilement ces deux niveaux. Cependant, l’histoire tient en haleine et ne verse jamais dans le sentimentalisme culcul malgré deux-trois facilités. Et si la fin n’est pas aussi forte qu’elle aurait dû l’être, c’est, encore une fois, à cause de l’enchaînement quasi-ininterrompu des morceaux.

Gore et trash, la violence du film est par ailleurs résolument grand guignol (bien loin des scènes de torture des Saw donc) et ne prend pas toute la place. Passé le début choc, les passages vraiment crades sont espacés et plutôt brefs, évitant toute complaisance, de plus que les scènes les plus sanglantes trouvent une justification réelle dans l’intrigue.

Repo ! The Genetic Opera, s’il n’est pas le grand film qu’il aurait voulu être est donc une excellente surprise, délirante, sombre et jouissive à la fois et qui emporte facilement l’adhésion à condition de ne pas être allergique aux comédies musicales et à The Rocky Horror Picture Show (1975), Sweeney Todd (2008) et Moulin Rouge ! (2001) en particulier.

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.