millenium2.jpgUne suite très attendue

Après l’excellent premier opus, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, voici donc la suite de l’adaptation cinématographique des romans de Stieg Larsson : La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette.

J’avais été fortement impressionnée par le premier film, brut et intense, que j’avais pu voir en avant-première lors d’une séance du label des spectateurs UGC. On avait beaucoup reproché une réalisation conventionnelle à ce premier volet signé Niels Arden Oplev, pourtant, sans être révolutionnaire, la mise en scène avait de l’ampleur et nous plongeait dans un univers étouffant dont nous ressortions secoués.

J’avais hâte de voir la suite, d’autant plus que je n’ai pas (encore) lu les romans. Oplev a été remplacé par le réalisateur Daniel Alfredson, « pour relever le niveau de la mise en scène » ont avancé nombre de critiques. Et pourtant… le seul point que l’on peut bien reprocher à Millénium 2 c’est justement sa réalisation trop plate et télévisuelle!

Une réalisation trop télé

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C’est d’autrement plus dommage que cela nous prive d’un plus grand sentiment d’intensité, alors même que l’histoire, entièrement axée autour du personnage fascinant de Lisbeth Salander (Noomi Rapace), est aussi complexe que passionnante. On se souvient qu’à la base, cette adaptation de la célèbre saga suédoise avait été tournée pour la télévision, chacun des trois livres bénéficiant de deux parties.

Cette version télé a été diffusée sur Canal + de fin mars à avril et il s’agit peut-être en effet de la meilleure manière d’apprécier ce second volet qui accuse quelques problèmes de rythme qui sont visiblement dus au fait que les deux parties du téléfilm ont été accolées pour la sortie en salles sans que la structure ne soit revue. Dans une mini-série il est assez normal qu’une partie se termine sur un cliffhanger avant de repasser par des scènes d’exposition au début de la seconde. Comme ces parties ne sont pas diffusées le même soir initialement, cela permet aux spectateurs de se replonger dans l’intrigue et au réalisateur de ménager le suspense. Mais cette structure télévisuelle perd considérablement de son effet au cinéma.

Des personnages toujours aussi passionnants

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Ces éléments font malheureusement que ce deuxième film demeure inférieur à celui réalisé par Oplev. Cependant, Millénium 2 emporte largement notre adhésion grâce à la densité de son intrigue et à ses interprètes extraordinaires: Noomi Rapace, impressionnante dans le rôle de Lisbeth Salander, la hackeuse surdouée au passé trouble, qui constitue le coeur de la saga, et Michael Nyqvist, toujours impeccable en Blomkvist, le journaliste téméraire de la revue Millénium.

Comme dans Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, Blomkvist enquête sur des crimes visant des jeunes femmes, ici des prostituées faisant partie d’un réseau qui compte des hommes hauts placés. Avec l’aide de deux étudiants, la rédaction de Millénium compte bien démasquer les clients les plus influents, sans doute liés aux crimes et publier un dossier fracassant.

Mais tout bascule lorsque le jeune couple est assassiné la veille de la publication. Michael Blomkvist apprend par les médias que Lisbeth, qu’il n’a pas revue depuis un an, est la suspecte n°1 en raison de son internement en hôpital psychiatrique durant son adolescence et de ses empreintes sur l’arme qui a servi à tuer les étudiants. Nous suivons donc parallèlement Lisbeth et Blomkvist, qui tentent de résoudre l’affaire pour innocenter la jeune femme tandis que le passé de celle-ci est enfin révélé.

Un récit dense au suspense insoutenable

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Millénium 2 reprend ainsi les aventures de ses personnages là où on les avait laissés, un an plus tard. Il est donc essentiel d’avoir vu le premier film, sans quoi l’intrigue s’avérera difficile à suivre. Alors que Millénium 1 était axé autour d’une enquête à laquelle les héros étaient étrangers mais qui les touchait par leur histoire personnelle, que nous découvrions au fil du récit, La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette est centré exclusivement sur Lisbeth Salander, dont le passé tortueux comporte la clé de l’enigme. Ce passé était évoqué à la fin du premier film par le  biais d’un flash back, mais sans que nous ayons d’explications à ce sujet, nous laissant simplement deviner ce qui a mené la jeune femme à ne pas faire confiance aux hommes et à démasquer des violeurs.

Le récit sait nous captiver et la dernière heure est particulièrement sadique envers le spectateur par son insoutenable suspense, nous tenant en haleine jusqu’à la dernière minute. Malgré tout, on ne peut s’empêcher de penser que ce dénouement aurait eu une ampleur bien plus grande si la réalisation était aussi tendue que dans le premier film. La fin assez abrupte prépare évidemment le terrain pour le troisième film, qui sera sur nos écrans le 28 juillet prochain. Une bonne initiative de la part des distributeurs. On a hâte de voir comment Lisbeth va pouvoir s’extraire de la machination diabolique orchestrée contre elle par les plus hautes autorités du pays…

 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.