Caractéristiques
- Titre : Tout va super
- Réalisateur(s) : Patrick Cassir
- Avec : Hakim Jemili, Noémie Lvovsky, Marie Colomb
- Distributeur : Zinc Film / Warner Bros. France
- Genre : Comédie dramatique, Romance
- Pays : France
- Durée : 91 minutes
- Date de sortie : 27 mai 2026
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- Note du critique : 6/10 par 1 critique
Après Premières Vacances en 2018 et Un mariage sans fin en 2025, Patrick Cassir poursuit son exploration de la comédie sentimentale avec Tout va super, son troisième long-métrage attendu en salles le 27 mai. Le réalisateur, également récompensé au Festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez pour son court métrage À fleur de boule, retrouve ici un ton à la fois léger et mélancolique à travers l’histoire d’Elie, partagé entre une nouvelle relation amoureuse et la maladie de sa mère.
Une comédie douce-amère portée par des personnages en déséquilibre
Dans Tout va super, Elie (Hakim Jemili) pense enfin pouvoir reprendre le cours de sa vie après plusieurs années consacrées à sa mère Sylvaine (Noémie Lvovsky), atteinte d’un cancer désormais en rémission. Soulagé, il rencontre Anaïs (Marie Colomb), une jeune barmaid avec laquelle il noue rapidement une relation amoureuse. Mais ce fragile équilibre vole en éclats lorsque la maladie de Sylvaine réapparaît. Pris entre son désir de vivre enfin pour lui-même et la culpabilité qui le rattache à sa mère, Elie s’enfonce peu à peu dans une situation qui le dépasse. À travers cette intrigue simple, Patrick Cassir construit une comédie sentimentale teintée d’amertume, où les élans romantiques côtoient constamment la peur de la perte.
Dans Tout va super, l’intrigue repose avant tout sur ses personnages et leurs rapports profondément déséquilibrés. Dès la première scène, Elie s’adresse à sa mère comme à une enfant, vérifiant qu’elle a bien toutes ses affaires avec elle, révélant immédiatement une relation fusionnelle devenue presque inversée. Malgré l’annonce de la rémission, le jeune homme semble incapable d’exister autrement qu’à travers ce rôle d’aidant. Son rapport aux autres, et particulièrement aux femmes, traduit une certaine maladresse : il vouvoie celles qu’il tente de séduire, hésite constamment et adopte des comportements étranges qui rendent ses interactions aussi touchantes qu’inconfortables. Noémie Lvovsky, de son côté, apporte à Sylvaine une présence flottante et légèrement lunaire, tandis qu’Hakim Jemili incarne avec justesse ce trentenaire perdu et malhabile.
Humour, non-dits et mélancolie
L’humour du long-métrage repose moins sur des situations franchement burlesques que sur un léger malaise permanent. Le film multiplie les longues scènes dialoguées où les silences, les hésitations et les petits décalages entre les personnages finissent par provoquer le rire. Certaines séquences semblent volontairement s’étirer jusqu’à créer une forme d’inconfort social assez amusant, notamment lors des échanges amoureux d’Elie. Quelques répliques font mouche et rappellent le goût de Patrick Cassir pour la comédie du quotidien. Pourtant, derrière cette légèreté apparente, le film demeure traversé par une profonde mélancolie. Le thème de la maladie et de l’accompagnement d’un proche condamné donnent à l’ensemble une tonalité finalement bien plus triste que véritablement comique.
Cette tristesse s’incarne surtout dans les nombreux non-dits qui structurent le récit. Elie comme sa mère cherchent constamment à préserver les autres, quitte à s’enfermer dans le mensonge et à compliquer inutilement des situations déjà fragiles. Chacun tait ses émotions pour éviter de blesser, faire plaisir ou maintenir l’illusion que tout va encore bien. Le film montre ainsi des personnages incapables d’affronter frontalement la réalité de la maladie et l’imminence de la mort. Malgré certaines maladresses narratives, Tout va super pose alors une question assez universelle : comment continuer à vivre normalement lorsque le temps semble compté ? Cette volonté constante de sauver les apparences donne au film ses moments les plus touchants.
Une mise en scène classique au service d’une émotion sincère
En termes de mise en scène, Tout va super reste extrêmement classique, avec un découpage discret dominé par le champ-contrechamp et une absence de véritables trouvailles visuelles. Patrick Cassir privilégie avant tout les dialogues et les acteurs. La musique, souvent dynamique lors des transitions, laisse ensuite place à des scènes uniquement dialoguées, optant pour un certain réalisme. Quelques situations se révèlent assez prévisibles et l’intrigue peine parfois à dépasser le stade de la chronique gentiment mélancolique. Néanmoins, la durée relativement courte du film, 1h26, lui évite de trop étirer son dispositif.
Malgré ces limites, le long-métrage parvient régulièrement à susciter une émotion sincère grâce au regard tendre qu’il porte sur ses personnages. Quelques scènes touchantes fonctionnent réellement, notamment lorsque le récit quitte temporairement la France pour s’offrir une parenthèse au Liban. Le casting contribue également beaucoup au charme du long-métrage, et notamment les seconds rôles, assez convaincants. Rudy Milstein, notamment, apporte une énergie décalée dans le rôle d’un aide à domicile novice, tandis que Camille Chamoux s’amuse à contre-emploi en médecin froide et dépourvue d’empathie.
Sans révolutionner le genre, Tout va super séduit surtout par sa douceur et par l’affection sincère qu’il porte à ses personnages maladroits et cabossés. Derrière des situations parfois convenues et une mise en scène classique, le film parvient à faire émerger une émotion simple mais touchante autour du deuil et de la difficulté d’accepter la finitude.






