http://culturellementvotre.fr/wp-content/uploads/2013/01/gravity-affiche.jpgAlors que 2013 touche à sa fin, je ne pouvais m’abstenir de parler de Gravity, LE phénomène cinématographique de l’année. Ceci dit, que dire qui n’ait déjà été dit sur ce survival SF ? Alfonso Cuaron nous avait déjà bluffés en 2006 avec son magistral film d’anticipation Les fils de l’homme, un des meilleurs de la décennie, qui brillait autant par son propos que sa mise en scène âpre et réaliste, épatante de maestria technique et de fluidité sans être le moindre instant tape-à-l’oeil. Et c’est bien cette dernière particularité que l’on retrouve dans Gravity, film tout entier porté par sa prouesse technique et son étonnante dextérité à nous révéler les splendeurs et vertiges de l’espace. Le film est court (1h30) et passe en un instant, du coup, le cinéaste va toujours droit au but : les personnages ne sont pas développés outre mesure mais nous semblent réels, ce qui est l’essentiel pour que la sauce prenne au sein d’une oeuvre qui se veut immersive.

Et si la simplicité de l’histoire a parfois été retenu contre elle, c’est aussi ce qui permet au film d’avoir une portée d’autant plus universelle, comme en atteste la séquence finale – la seule qui se déroule sur Terre – et qui fait du personnage de Sandra Bullock, Ryan Stone, LA Femme, pionnière d’une terre sauvage, caractérisée par la présence d’eau et de boue, renforçant un aspect archaïque présent également par la musique, un chant de femme résonnant à cet instant. Comme tous les voyages dans l’espace, c’est avant tout à une odyssée humaine que nous convie Gravity et en l’occurence, ici, il s’agit de celle d’une femme qui doit apprendre à réagir et à se reconnecter à un instinct de vie profond pour pouvoir survivre et revenir sur Terre. Aussi rabâché que cela puisse sembler, c’est donc l’histoire d’une survie et d’une renaissance.

Une histoire simple pour une expérience immersive

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Sandra Bullock et George Clooney, géants du box-office américain, interprètent donc une ingénieure médicale et un astronaute en mission de routine qui se voient abandonnés à leur sort après que leur navette ait été détruite à la suite d’un incident. Alors que la transmission avec la Terre est rompue, ils doivent se débrouiller pour parvenir à rentrer avant que l’oxygène ne vienne à manquer ou qu’une nouvelle pluie de projectiles ne les tue.

L’histoire a le mérite d’être simple et l’immersion totale qu’Alfonso Cuaron nous propose aura rarement été aussi intension au cinéma. Gravity fait partie de ces films qui se déroulent entièrement dans l’espace (à l’exception de la scène finale) et dès la sublime séquence d’ouverture en plan-séquence, tout en apesanteur, il y a du 2001 : l’odyssée de l’espace, non seulement par la lenteur mais aussi par l’émerveillement ressenti face au cosmos, le silence et l’insignifiance de la présence humaine. En raison de l’absence d’oxygène, le son n’est pas répercuté dans l’espace et ce principe conditionne une partie du film, faisant l’émerveillement du personnage de Sandra Bullock et conférant au film un aspect hypnotique certain, renforçant aussi le côté impressionnant des scènes d’action lorsqu’une pluie de débris s’abat, causant des dégâts mortels dans le silence absolu.

La caméra flotte, tournoie, nous fait rentrer dans le scaphandre des personnages et la 3D, irréprochable, nous immerge à leur côté. C’est beau et d’un naturel tellement confondants que la maestria visuelle et technique, certaine, ne se fait jamais sentir. Comme dans Les fils de l’homme, qui comportait deux séquences impressionnantes, le cinéaste enchaîne les plans-séquences et, nous sommes tellement absorbés par l’action que nous n’y verrions presque que du feu. Et c’est bien là la plus belle qualité de Gravity, de nous scotcher sans jamais faire dans l’épate ou le clinquant. Il y a une épure de toute beauté qui se dégage du film et qui participe à son pouvoir d’attraction. Nous sommes véritablement dans l’espace, au côté des personnages et lorsqu’ils sont en difficulté, nous retenons notre souffle avec eux. Ce blockbuster fera date dans l’histoire des effets spéciaux au même titre qu’Avatar, pas de doute là-dessus.

Le retour en grâce de Sandra Bullock

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Un autre élément appréciable du film est de présenter un film d’action tout entier porté par une femme, avec un homme qui intervient en guise de soutien, ce qui est relativement rare à Hollywood pour un projet de cette ampleur et fait du bien. Sandra Bullock, qui, malgré son récent Oscar, a souvent été raillée pour ses comédies romantiques et ses bleuettes (dont certaines, comme Miss Détective, sont très drôles), sans maquillage, fait preuve d’une retenue et d’un jeu à fleur de peau toujours très juste. Cela devrait lui valoir une reconnaissance qu’elle n’avait jusqu’alors jamais atteinte malgré plusieurs rôles à contre-emploi ces dix dernières années qui sont souvent passés inaperçus. L’actrice étincelle vraiment tandis que George Clooney, qui avait occupé un très beau rôle dans le Solaris de Soderbergh (2002), reste égal à lui-même en astronaute charmeur doté d’humour et d’un pragmatisme à toute épreuve. S’il ne fallait citer qu’une seule scène pour louer le jeu d’actrice de Bullock, ce serait cette longue scène où, alors que la situation semble désespérée, elle perd espoir et lâche prise avant de se ressaisir. Filmée en gros plan d’un bout à l’autre, elle passe par toute la gamme des émotions et nous emporte avec elle.

Là où on reste peut-être légèrement à côté, cependant, c’est que le film est bien trop court et le personnage de Ryan, bien qu’émouvant, trop peu développé pour que Cuaron puisse arriver à transcender le tout lors du final. Du coup, que l’héroïne ait perdu sa fille et ne soit pas pressée de retourner sur Terre semblera à certains un rien cliché. Si l’émotion est toujours juste et que l’on partage l’émerveillement et la solitude du personnage, il manque ce petit truc pour que l’on éprouve davantage d’attachement au personnage, à l’image de la Grace de Nicole Kidman dans Les Autres, par exemple, inoubliable. Mais peut-être cela tient-il au fait que la véritable star, dans Gravity, c’est bel et bien l’espace et que les astronautes ne nous sont montrés que comme des êtres humains lambda ramenés à leur simple condition de mortels et de poussière perdus au milieu de l’infini. Partant de là, difficile d’accoucher de personnages mythiques, de même l’astronaute Dave dans le 2001 de Kubrick est aussi commun que Hal 9000 ou les visions de l’espace sont inoubliables. A la différence près qu’ici, le côté humain reste important et que l’empathie avec les personnages est plus importante que chez Kubrick, qui privilégiait un aspect assez froid et clinique dès qu’il s’agissait de montrer les humains.

Sans être tout à fait le film de l’année pour moi en raison de cette légère réserve, Gravity est sans conteste un film important et un divertissement de haut standing à la réalisation impressionnante de maîtrise qui fera date. Un tour de grand huit qui nous donne une vision de l’espace assez unique au cinéma, totalement immersive et nous scotche sans que nous voyons le temps passer. Avec en bonus une Sandra Bullock qui devrait revenir dans l’estime des cinéphiles du monde entier après une interprétation sans faute de l’ingénieure Ryan Stone.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.