Caractéristiques
- Titre : Une Affaire turque
- Réalisateur(s) : Hüseyin Aydin Gürsoy
- Avec : Lionel Erdogan, Charles Berling, Metehan Aygün, Lubna Azabal, Maud Wyler
- Distributeur : Paname Distribution
- Genre : Thriller
- Pays : France
- Durée : 92 minutes
- Date de sortie : 12 aout 2026
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- Note du critique : 6/10 par 1 critique
Ayant grandi entre la Turquie et la France, Hüseyin Aydin Gürsoy s’inspire de sa propre expérience pour son premier long métrage, Une Affaire turque, sur nos écrans à partir du 12 août. Coécrit avec Ludovic du Clary, ce thriller porté par Lionel Erdogan, Charles Berling et Lubna Azabal plonge dans les coulisses du monde des affaires et de la justice, sur fond de corruption et de questionnement identitaire.
Un transfuge de classe en quête d’identité
Dès la scène d’ouverture mettant en scène une réunion professionnelle, Mathieu Duman (Lionel Erdogan) apparaît comme un avocat brillant et investi. Prêt à tout pour devenir associé dans un prestigieux cabinet, il semble avoir soigneusement laissé ses origines turques derrière lui. Entre son travail à Paris et sa famille à Villiers-le-Bel, Mathieu évolue entre deux univers. D’un côté, une mère très présente, un père froid et distant et les traditions familiales ; de l’autre, un milieu professionnel dans lequel il cherche constamment à faire ses preuves. Mais son quotidien bien réglé bascule lorsqu’il accepte d’aider Abdullah, un jeune Turc agressé par Geoffroy Müller, neveu d’un ancien ministre de l’Intérieur.
Le parcours de Mathieu fait écho à celui de Hüseyin Aydin Gürsoy, lui-même arrivé en France à l’âge de trois ans et confronté à cette double culture. Comme son personnage, le réalisateur a changé de prénom au cours de ses études afin de faciliter son parcours professionnel, prenant ainsi progressivement ses distances vis-à-vis de ses origines. Le contraste est d’ailleurs joliment souligné par la musique d’Emrah Kaptan, qui mêle sonorités turques et influences européennes. Mathieu semble finalement étranger aux deux mondes qu’il fréquente, aussi peu à l’aise dans l’univers guindé qu’il convoite que dans la famille qu’il cherche à tenir à distance. Cette réflexion sur les transfuges de classe et le désir de gommer ses origines pour échapper à la stigmatisation constitue sans doute l’aspect le plus intéressant du film, même si elle aurait mérité d’être davantage développée.

Corruption et engrenage
L’arrivée d’Abdullah fait rapidement basculer le film vers le thriller politique et judiciaire. En acceptant de défendre le jeune homme, Mathieu comprend qu’il peut également utiliser cette affaire pour servir ses propres intérêts. Il commence alors à manipuler, négocier et tenter d’étouffer l’affaire contre de l’argent. Mais lorsque Abdullah se rétracte et souhaite malgré tout porter plainte, le fragile édifice construit par l’avocat s’effondre. Chaque mensonge en entraîne un nouveau et chaque tentative de reprendre le contrôle précipite Mathieu dans une spirale infernale. À travers le personnage de Geoffroy Müller, le film esquisse également une critique des puissants, capables de bénéficier d’une protection dont ne disposent pas ceux qui cherchent simplement à faire valoir leurs droits.
Dans Une Affaire turque, les personnages semblent tous guidés par leurs intérêts personnels. L’affaire judiciaire passe rapidement au second plan derrière les ambitions, les manipulations et les arrangements de chacun. Même Faiza, l’avocate d’Abdullah, interprétée par la charismatique Lubna Azabal, n’échappe pas à cette logique. Personne ne semble réellement se préoccuper du client ou de la morale lorsqu’il peut servir son propre profit.

Un thriller trop sage pour convaincre pleinement
Malgré ces conflits d’intérêt pressants, Une Affaire turque peine à installer une véritable tension. Le principe du mensonge à effet boule de neige est pourtant efficace sur le papier, mais le film reste étonnamment sage au regard de la violence des thèmes qu’il aborde. Avec seulement 1h32, il ne donne pas pour autant une impression de grande efficacité et les différents rebondissements sont assez facilement prévisibles. Les très nombreuses scènes montrant Mathieu dans sa voiture finissent par lâsser et la colorimétrie assez terne contribue à une atmosphère monotone.
Le casting reste néanmoins convaincant, à commencer par Lionel Erdogan, particulièrement captivant dans un rôle tout en retenue. Sobre et imposant malgré sa discrétion, il compose un Mathieu constamment dans le contrôle, ayant consacré toute son existence à sa réussite professionnelle. Lubna Azabal se montre également très juste, même si son personnage reste trop secondaire. Charles Berling, quant à lui, qui interprète le mentor de Mathieu, est largement sous-exploité. Le lien affectif qui se crée entre les deux hommes et son envie de le rendre fier auraient pourtant pu être davantage développés, notamment en écho à la relation distante que Mathieu entretient avec son propre père.
Une Affaire turque propose donc une réflexion intéressante sur l’identité, l’ascension sociale et le poids des origines, portée par un Lionel Erdogan convaincant. Mais malgré un engrenage bien construit, le film peine à installer la tension nécessaire à un véritable thriller et reste finalement trop sage au regard des enjeux qu’il soulève.




