au-plus-pres-du-soleil-afficheSophie, juge d’instruction, met en examen une jeune trentenaire pour abus de faiblesse sur son amant qui s’est suicidé. Au cours de son audition, elle se rend compte que cette femme, Juliette, est en réalité la mère biologique de son fils adoptif. Dès lors, elle s’acharne contre elle, provoquant l’indignation de son mari, avocat. Désireux d’en apprendre plus sur la mère de son enfant et son parcours, il décide de l’approcher en se faisant passer pour un ami de son amant. Il va peu à peu s’enfoncer dans un mensonge intenable…

Rendez-vous manqué

au plus près du soleil mathilde bissonIl est comme ça des rendez-vous manqués alors même que le cinéaste disposait de tous les éléments pour réaliser une oeuvre puissante. C’est le cas d’Au plus près du soleil, en salles aujourd’hui. Malgré un personnage de femme fatale (Mathilde Bisson, dont le charisme perce l’écran) et une histoire digne d’un film noir à la française, le long-métrage d’Yves Angelo peine à susciter l’intérêt sur la durée et à s’élever au-delà du niveau d’un honnête téléfilm. La faute à un scénario qui ménage peu de surprises, si ce n’est au moment de son dénouement et à une réalisation un tantinet paresseuse, dépourvue de tension ou presque.

Soyons clairs : les acteurs sont bons, avec là encore une mention spéciale pour Mathilde Bisson et le film se laisse regarder. Mais Yves Angelo échoue à cristalliser de manière parlante les obsessions de ses personnages. Tout l’aspect psychologique, s’il n’est jamais appuyé à outrance, se révèle à bien des égards assez maladroit. Certes, on n’explique jamais le comportement de Juliette pour qu’elle conserve cette part de mystère propre à une femme fatale et cela fonctionne. Mais il faut avouer que l’on ne ressent que peu d’intérêt pour le couple interprété par Sylvie Testud et Grégory Gadebois, dont les dialogues et les réactions font trop téléphonés. Et pour un film centré sur ses personnages et une tension psychologique qui doit aller crescendo, cela pose un vrai problème. On se prend à rêver ce que le même pitch de départ aurait pu donner entre les mains d’un grand cinéaste à l’approche moins conventionnelle.

La quasi-absence de tension donne au final un résultat assez mollasson, qui ne parvient que trop rarement à interpeller le spectateur. Le retournement dans le dernier tiers du film aurait pu donner à Au plus près du soleil des accents de tragédie grecque, or il n’en est rien. Malgré son aspect dérangeant, on ne sent pas vraiment la force et l’impact de ce twist, bien que la scène soit réalisée avec pudeur. La faute, en grande partie, à une conclusion expédiée qui va très vite en besogne et nous laisse sur notre faim, un peu interloqués. Cette paresse est regrettable car il y avait là la promesse d’une belle tension dramatique, qu’Angelo semble s’efforcer d’éviter. Qu’il ait choisi de garder une certaine distance n’est pas un problème en soi, mais on ne se sent jamais pris aux tripes ou vraiment interpellé par ce que nous voyons. Finalement, lorsque le générique apparaît, nous ne pensons déjà plus au sort des personnages et il ne reste plus dans notre mémoire que le visage solaire de Mathilde Bisson. On aurait été en droit d’en attendre plus.

En salles le 9 septembre 2015 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.