Caractéristiques
- Titre : La Poupée
- Réalisateur(s) : Sophie Beaulieu
- Scénariste(s) : Sophie Beaulieu
- Avec : Vincent Macaigne, Cécile de France, Zoé Marchal, Adèle Journeaux et Gilbert Melki.
- Distributeur : Ad Vitam
- Genre : Comédie, Romance
- Pays : France
- Durée : 80 minutes
- Date de sortie : 22 avril 2026
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- Note du critique : 7/10 par 1 critique
Premier long-métrage écrit et réalisé par Sophie Beaulieu, La Poupée, en compétition officielle au festival de l’Alpe D’huez, raconte l’histoire de Rémi, qui ne s’est jamais remis de sa dernière séparation. Depuis, il s’est mis en couple avec une poupée, et c’est beaucoup plus facile. Elle s’appelle Audrey. Le jour où Patricia, une nouvelle collègue, arrive dans son entreprise, la vie de Rémi bascule.
Un équilibre fragile entre routine et étrangeté
Le postulat de départ aurait facilement pu n’être qu’un simple ressort comique étiré sur un court métrage. Pourtant, le film parvient à lui donner une vraie tenue narrative. Le récit s’installe dans une forme de quotidien étrange, où l’absurde n’est jamais traité comme un événement spectaculaire, voire fantastique. Certes, c’est anormal, mais on ne cherche pas d’explication. Cette approche permet au film de jouer sur un décalage permanent entre ce que l’on voit et la manière dont les personnages le vivent. Malgré le fait que sa poupée prenne vie, Rémy continue d’exister dans une routine sociale relativement banale — travail, rencontres, interactions professionnelles — tout en entretenant cette relation totalement artificielle qui devient son point d’équilibre.
Un équilibre que pense avoir le personnage, mais qu’une intérimaire, Patricia, va venir bousculer. Derrière cette mécanique discrète, Sophie Beaulieu propose une lecture assez fine de la solitude contemporaine et des stratégies d’évitement affectif. Le film ne se contente pas de son idée de départ : elle s’en sert pour interroger, avec humour, la manière dont certains individus préfèrent contrôler leur rapport à l’autre plutôt que de s’exposer à l’incertitude des relations humaines.

Le fantasme confronté au réel
Le film travaille également, sans insistance mais avec une certaine cohérence, la question du fantasme masculin et de la projection. Cette relation avec une poupée n’est jamais traitée uniquement comme une excentricité : elle devient un miroir des attentes irréalistes et de la solitude de notre époque. Ce qui fonctionne assez bien, c’est que le propos ne cherche jamais à devenir théorique ou démonstratif. Tout passe par des situations, des comportements, des réactions, avec une forme de légèreté qui empêche le long-métrage de basculer dans le discours appuyé. En contrepartie, cette retenue constante empêche aussi certains thèmes d’être pleinement explorés.
Évidemment, Audrey, la poupée ayant pris vie, doit s’habituer à son nouveau statut. Elle va donc passer d’une figure idéalisée à une découverte plus concrète du réel et de la condition féminine : les règles, les poils, le travail, l’argent, les relations sexuelles… Elle découvre progressivement ce que signifie être une “vraie” femme, et remet en question l’image parfaite qu’elle incarnait. Cela donne lieu à quelques scènes amusantes, notamment avec la famille de Rémy. Une message clairement féministe qui passe assez bien.

Une distribution au service du récit
C’est dans ce cadre que le casting prend une importance particulière. Vincent Macaigne trouve un rôle qui lui convient parfaitement, celui de cet homme en décalage avec le réel, à la fois maladroit, sincère et légèrement enfermé dans ses propres mécanismes. Il parvient à rendre crédible un personnage qui aurait pu facilement basculer dans la caricature. Face à lui, Zoé Marchal apporte une présence très incarnée, avec un investissement physique qui participe pleinement à l’étrangeté du film. Quant à Cécile de France, elle apporte une forme de stabilité et d’énergie plus directe, qui vient contrebalancer le côté flottant du récit.
L’ensemble du trio fonctionne avec une vraie cohérence, et constitue l’un des moteurs principaux du film. En second rôle marquant, on retrouve aussi Adèle Journeaux en sœur de Rémy, qui apporte plusieurs scènes cocasses jusque dans le générique. Enfin, Gilbert Melki et Marianne Basler, en parents de Rémy, disposent de quelques répliques bien senties.

Sobriété et retenue de la mise en scène
La mise en scène adopte une approche volontairement discrète, réaliste, presque minimaliste par endroits. Sophie Beaulieu privilégie une réalisation lisible, centrée sur les interactions et les situations, sans chercher à souligner artificiellement le décalage du propos. Ce choix de sobriété sert clairement le projet : il laisse respirer les scènes et évite de transformer le film en exercice de style. On est ici dans une mise en scène de l’observation plutôt que de l’effet. Le film préfère installer ses situations plutôt que les surligner, ce qui correspond bien à son ton général, entre comédie douce et légère étrangeté.
Cela dit, cette retenue peut parfois donner une impression de neutralité un peu trop constante, comme si le film refusait systématiquement d’aller vers quelque chose de plus tranché. Le rythme est bon et on ne s’ennuie pas durant cette heure et vingt minutes de durée. Enfin, la musique d’Alexis Delong accompagne efficacement le film.
La Poupée s’impose ainsi comme une proposition singulière, construite sur un équilibre fragile entre idée forte, traitement léger et mise en scène retenue. S’il ne pousse jamais totalement son concept dans ses retranchements, le film séduit par sa cohérence, son ton et son interprétation. Une comédie romantique décalée, attachante, qui préfère la douceur à la radicalité.
