image affiche legendCaractéristiques

  • Réalisateur : Brian Helgeland
  • Avec : Tom Hardy, Emily Browning, Paul Anderson
  • Genre : Policier, Biopic
  • Durée : 131 minutes
  • Date de sortie : 20 Janvier 2016
  • Distributeur : StudioCanal

Critique

Avancer que Legend est un film attendu est un euphémisme. Par tous les fans de Tom Hardy bien sûr, et si nous lui reconnaissons un des plus gros potentiel de notre époque, nous allons tout d’abord nous attarder sur le réalisateur : Brian Helgeland. Car, mine de rien, voici un nom qui provoque les sentiments les plus contrastés. Scénariste parfois génial, comme pour L.A. Confidential, Mystic River ou Man On Fire, il fut aussi à l’écriture de quelques films en demi-teinte : Daredevil, Postman, Assassins ou L’Assistant du Vampire. Une carrière fait de (très) hauts, mais aussi de (petits) bas, qui se retrouve calquée sur son parcours derrière la caméra. Car Brian Helgeland n’est pas qu’un scénariste capable du meilleur, il est aussi un cinéaste très intéressant. Son premier film, Payback, est une perle, d’une noirceur terrifiante. Puis il confirma avec Chevalier, même si nous entrapercevions quelques failles, notamment une réalisation beaucoup trop stylisée et répétitive. Puis, ce fut l’échec, lourd et cruel, avec Le Purificateur, dont les dialogues incroyablement lourdingues hantent encore les nuits de quelques cinéphiles. Un véritable naufrage, et Brian Helgeland mettra pas moins de onze année pour le digérer, et revenir à la réalisation, avec le sympathique 42. Un film de baseball pour se remettre d’aplomb, un grand classique chez les américains, et ce n’est pas Sam Raimi qui le contredira. Toujours est-il que ce parcours mène jusqu’à Legend. Et que ce dernier doit confirmer le retour en grâce de son réalisateur…

Legend nous narre l’histoire (vraie) des jumeaux Reggie et Ronnie Kray, des célébrités du monde de la pègre anglaise. Nous sommes à Londres, en plein cœur des années 60. A la tête d’un gang sans foi ni loi, les deux frères sont aussi influents que dangereux. La somme des deux personnalités donnant un tout déséquilibré, il ne fallait qu’un souffle pour faire vaciller l’empire des Kray. Ce vent nouveau prendra l’apparence de la jeune et magnifique Frances Shea, qui va devenir la femme de Reggie… mais aussi sa perte.

Dès la lecture de ce pitch, on sent une forme de classicisme évident, mais aussi un fort potentiel de divertissement sévèrement efficace (et burné). Il est vrai que nous débutons Legend d’une bien belle manière, Brian Helgeland mettant un point d’honneur a bien exposer ses personnages principaux, tous très bien mis en valeur par une introduction mémorable et, surtout, juste assez descriptive pour bien que le spectateur puisse facilement cerner qui est qui, et qui fait quoi. C’est important, car le numéro gigantesque de Tom Hardy ne pouvait tenir le coup que si ses personnages n’étaient pas correctement caractérisés. Ainsi, le duo formé par Reggie et Ronnie ne manque pas de panache, jouant sans cesse sur leurs différences de comportement, pour mieux surprendre sur leur ressemblance physique. Le principe, très proche du fameux « bon flic, mauvais flic », fonctionne à merveille.

image tom hardy legend

Comme ce principe marche du tonnerre, il ne fallait plus qu’un grand acteur pour lui donner toute la vie nécessaire. Tom Hardy fait partie de cette race, est clairement l’un de ceux qui nous font penser que oui, notre génération aura ses monstres sacrés. Si il est encore trop tôt pour le ranger dans cette catégorie, l’on ne peut pas sous-juger la performance hallucinante de Hardy dans ce Legend. La technologie actuelle se charge de nous rendre très crédible ses doubles apparitions à l’écran, mais le jeu de l’acteur, lui, nous donne à croire ce que l’on voit non grâce au visuel, mais au ressenti. Le spectateur ressent Reggie et Ronnie comme deux entités totalement différentes, malgré les traits commun. Une réussite en tous points, qui font de Legend un véritable numéro d’équilibriste, très bien aidé par la mise en scène de Brian Helgeland. Il faut voir le plan-séquence incroyable, dans l’Esmeralda’s Barn, pour le croire. C’est fluide, intelligemment réglé, et Tom Hardy fait sienne la chorégraphie. Un régal.

Le tableau est moins flamboyant pour ce qui est du scénario de Legend, sans pour autant que ce soit un ratage, très loin de là. Quelques petites longueurs sont à regretter en milieu de métrage, mais rien de bien gênant au final. Tout converge vers un final attendu, mais carrément tendu, notamment grâce à l’histoire d’amour avec Frances, incarnée par la superbement élégante Emily Browning, dont on regrette l’absence du nom en évidence sur l’affiche. Chaque élément nous donne des détails sur la tragédie à venir, notamment cette séquence très Roméo et Juliette, où Reggie monte à la gouttière pour rejoindre Frances. L’image est belle, mais le contexte, lié au personnage incarné par Hardy, ne peut totalement nous faire oublier le danger qui guette. L’on suit le parcours des Krey avec une agréable sensation d’y être, bien aidé par le,s décors et costumes, de grande qualité. Le travail sur l’éclairage est aussi à souligner, tant certains plans de Legend nous donnent l’impression d’être véritablement projeté dans un Londres sixties crédible.

Au final, Legend est un film de gangster de qualité, au scénario parfois hésitant mais totalement porté par le talent de son casting, et sa forme diablement efficace. C’est punchy, violent mais pas gratuit, et même si le rythme connaît des (tous petits) passages à vide, l’on ne voit pas le temps passer. Brian Helgeland semble avoir progressé dans le domaine de la mise en scène, et l’on retrouve les personnages crédibles, moins statiques, qu’il a pu diriger notamment dans son Payback. C’est une bonne nouvelle pour les cinéphiles…

https://youtu.be/HNsMkmdvN1E 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato