image jacquette dvd ave césar frères coen universal picturesCaractéristiques

  • Réalisateurs : Joel & Ethan Coen
  • Avec : George Clooney, Josh Brolin, Scarlett Johansson, Channing Tatum, Tilda Swinton, Ralph Fiennes, Jonah Hill...
  • Éditeur : Universal Pictures
  • Date de sortie DVD : 28 juin 2016
  • Durée : 100 minutes

Image : 5/5

Le transfert, irréprochable, rend une nouvelle fois justice à la photo de Roger Deakins, collaborateur de longue date des frères Coen, qui rend ici un bel hommage au cinéma hollywoodien des années 40-50. Les contrastes et la colorimétrie bénéficient d’un excellent rendu, pour une image élégante.

Son : 5/5

Le film est proposé en Dolby 5.1 dans 5 langues différentes : version originale comme il se doit, mais également française, espagnole, italienne et allemande. Les sous-titres sont quant à eux disponibles dans 15 langues différentes ! Rien à redire sur l’équilibre de l’ensemble, plus que satisfaisant, y compris sur les numéros chantés.

Bonus : 2/5

On compte seulement deux vidéos promotionnelles à se mettre sous la dent, chacune d’un intérêt plutôt restreint : les vedettes du film y résument l’intrigue, présentent leur rôle et évoquent de manière convenue la vision de l’industrie hollywoodienne des frères Coen et leur méthode de travail, tout en chantant leurs louanges. Un contenu bien maigre, alors qu’il y avait tant à dire, que ce soit sur les années 50 à Hollywood ou le travail des frères Coen, qui reprennent ici un thème qu’ils avaient déjà exploré avec Barton Fink. On notera cependant que le Blu-Ray contient deux vidéos supplémentaires, davantage orientées sur l’époque décrite par le film.

Synopsis

La folle journée d’Eddie Mannix va nous entraîner dans les coulisses d’un grand studio hollywoodien. Une époque où la machine à rêves turbinait sans relâche pour régaler indifféremment ses spectateurs de péplums, de comédies musicales, d’adaptations de pièces de théâtre raffinées, de westerns ou encore de ballets nautiques en tous genres.

Eddie Mannix est fixer chez Capitole, un des plus célèbres studios de cinéma américain de l’époque. Il y est chargé de régler tous les problèmes inhérents à chacun de leurs films. Un travail qui ne connaît ni les horaires, ni la routine. En une seule journée, il va devoir gérer aussi bien les susceptibilités des différentes communautés religieuses, pour pouvoir valider leur adaptation de la Bible en Technicolor, que celles du très précieux réalisateur vedette Laurence Laurentz qui n’apprécie que modérément qu’on lui ait attribué le jeune espoir du western comme tête d’affiche de son prochain drame psychologique.

Il règle à la chaîne le pétrin dans lequel les artistes du studio ont l’art et la manière de se précipiter tous seuls. En plus de sortir une starlette des griffes de la police, ou de sauver la réputation et la carrière de DeeAnna Moran la reine du ballet nautique, Eddie Mannix va devoir élucider les agissements louches du virtuose de claquettes, Burt Gurney. Cerise sur le gâteau, il a maille à partir avec un obscur groupuscule d’activistes politiques qui, en plein tournage de la fameuse superproduction biblique AVE CÉSAR lui réclame une rançon pour l’enlèvement de la plus grosse star du Studio, Baird Whitlok. Le tout en essayant de juguler les ardeurs journalistiques des deux jumelles et chroniqueuses ennemies, Thora et Thessaly Thacker. La journée promet d’être mouvementée.

image scarlett johansson sirène ave césar frères coenLe film

Après Barton Fink en 1991, comédie onirique aussi noire que grinçante sur l’industrie cinématographique dans les années 50, Joel et Ethan Coen nous proposent un nouveau trip cinéphile sur l’Usine à Rêves, accompagnés d’une impressionnante brochette d’acteurs. Résolument plus léger que ce précédent chef d’oeuvre, Ave César ! a tout d’une récréation pour les deux frangins, qui s’amusent néanmoins à déstabiliser les spectateurs en les perdant dans les méandres d’une intrigue à tiroirs de type poupées russes, aux fins ouvertes. Le film se présente comme la folle journée d’un fixer, un employé des studios chargé de régler les conflits et de veiller à l’image des stars. Interprété par un Josh Brolin toujours convaincant, Eddie Mannix s’interroge sur sa vie et son travail alors qu’une grosse société lui propose un juteux contrat dans le nucléaire. Une manière, détournée mais assez évidente, pour les Coen, de s’interroger sur leur art et l’engagement qu’il demande dans une industrie souvent cynique à souhait, où tout n’est qu’apparence.

A partir de là, le film alterne les séquences rendant hommage à différents genres (western, péplum, comédie musicale, film nautique…) au sein de séquences où Hollywood et ses faux-semblants sont gentiment égratignés. Frasques de stars, tabloïds rancardés par les studios à des fins publicitaires, collaboration avec des ligues de vertu pour faire valider les éléments potentiellement polémiques des scénarii, acteurs crétins se laissant entraîner dans un mouvement politique sans y comprendre grand chose… L’époque a beau ne pas être la même, difficile de penser que Hollywood a réellement changé en un peu plus de 60 ans. Au-delà des références au maccarthysme qui n’allait pas tarder à s’abattre violemment sur les États-Unis et l’industrie, blacklistant de nombreux artistes et scénaristes qui ne s’en relèveront jamais vraiment, les frères Coen montrent également avec humour que certains des acteurs ayant à l’époque des affinités avec le communisme ne comprenaient pas vraiment de quoi il retournait, mais que cela gonflait leur ego de se déclarer « anti-système » alors qu’ils faisaient partie intégrante de celui-ci.

image george clooney ave césar joel ethan coenLe rôle de grand benêt interprété par George Clooney est en cela très drôle. Immense star, Baird Whitlock est en coulisses un véritable guignol, qui, se retrouvant kidnappé par des communistes, se laisse convaincre au cours d’une scène hilarante, alors que l’on sent bien que pas mal de choses lui échappent. Les cinéastes en profitent pour rappeler qu’un certain nombre de scénaristes de l’époque étaient communistes et en profitaient pour glisser certains messages dans les films qui échappaient à la censure. Cependant, ils restent lucides et se moquent également gentiment de ces artistes engagés mais un brin naïfs. Les frères Coen ne se privent pas de montrer, par exemple, que malgré ses nouvelles velléités révolutionnaires, Whitlock reste un pion pour les studios, dont les convictions demeurent tout à fait superficielles.

Dans ces scènes, les réalisateurs sont particulièrement en verve et donnent à leur film tout son mordant. C’est également le cas de la séquence où Mannix convoque des représentants de différentes religions pour leur demander leur avis sur la description de Jésus dans un film à venir. Chacun y va de son commentaire, certains étant en contradiction avec les autres, au sein d’un dialogue qui sonnerait presque comme un hommage à Woody Allen. De nombreux passages jouent également sur le contraste entre la vision idéalisée des stars et la réalité. Scarlett Johansson, qui apparaît lisse et souriante en sirène sur le tournage d’un film nautique (en clin d’oeil à l’actrice et nageuse Esther Williams), se montre grossière dès que les caméras s’arrêtent et ignore qui est le père de son enfant à naître, le danseur de claquettes incarné par Channing Tatum n’est pas ce qu’il prétend, Baird Whitlock fait preuve à l’écran d’une aura qu’il ne possède pas dans la vie, etc.

Les scènes rendant hommage aux différents genres sont souvent très inspirées, notamment le numéro musical où Burt Gurney fait des claquettes, qui est superbement chorégraphié. On regrettera cependant que la structure volontairement foutraque de l’ensemble disperse quelque peu l’attention, ou que l’arc de certains personnages donne le sentiment d’être incomplet, comme si des scènes avaient été coupées Heureusement, le début et la fin d’Ave César ! apportent un peu de liant au tout en révélant un discours cohérent. Jouant souvent sur plusieurs niveaux de lecture, cette comédie chorale, qui ne se prend pas au sérieux outre mesure, dégage un charme désuet des plus plaisants et possède plus d’idées de mise en scène sur quelques scènes que bien des films. Rien que pour cela, ainsi que l’excellente partition des acteurs, Ave César !, qui fut accueilli assez tièdement par la critique, mérite d’être réévalué.

Ave César ! de Joel et Ethan Coen, DVD, Universal Pictures. 17,99€. Également disponible en Blu-Ray. 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.