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Les 18 et 19 novembre 2016 ont eu lieu l’Indiecade Europe, événement majeur pour le jeu vidéo indépendant. Festival accouchant sur une cérémonie de remise des prix, mais surtout l’opportunité pour les studios indés de faire connaître le fruit de leur travail, l’Indiecade s’arrête cette année en France. L’occasion rêvée pour à la fois goûter à cette ambiance qu’on nous décrivait comme « roots », mais aussi pour sous-peser la forme actuelle d’un secteur que l’on nous décrit souvent comme en bonne santé.

Les jeux présents

  • 2Dark
  • 8-Bricks
  • Aer Memories of Old
  • Anarcute
  • Aurion : Legacy of the Kori-Odan
  • Bikss
  • Black the Fall
  • Bokida – Hertfelt Reunion
  • Chalo Chalo
  • Chamelon Run
  • Clapper
  • Comedia Dell’Arte : Masks, Masters and Servants
  • Cranga ! Harbor Frenzy
  • Dungeon Mini
  • Event[0]
  • Fabric
  • Fugl
  • Furi
  • Hacktag
  • Haimrik
  • Illumine
  • Jhulo
  • Killing Time at Lightspeed
  • Lichtspeer
  • Lieve Oma
  • Line Wobbler
  • Liyla & the Shadows of War
  • Masquerada : Songs and Shadoxs
  • Metrico +
  • My Mom is a Witch
  • Narcosis
  • Old Man’s Journey
  • Reigns
  • RIOT – Civil Unrest
  • Shadowmatic
  • Shrug Island 1 – The Meeting
  • SIHEYU4N
  • Smooch Station
  • Surrender
  • The Delusions of Von Sottendorf
  • The Writer : a Change of Identity
  • Vanixhing Star
  • Winter

Une sélection pour le moins éclectique donc, à laquelle on a pu voir s’ajouter une tripotée de jeux présentés « à l’arrache », par de petites équipes voire des étudiants fiers de leur bébé de fin de cursus. Globalement, on a remarqué la bonne tenue des softs, toujours proposés dans des versions décentes pour ceux dont la sortie n’est pas encore d’actualité. Ainsi, les visiteurs de cet Indiecade Europe 2016 ont pu avoir accès à une sélection riche, variée et qualitative.

Les jeux que nous avons essayé

image artwork 2dark

Bien entendu, et malheureusement, nous n’avons pu tout essayé lors de cet Indiecade Europe 2016. Ce qui ne nous empêche pas, loin de là, d’avoir un avis sur un grand nombre de jeux présentés. Tout d’abord, et c’était sûrement l’un des jeux les plus surveillés de l’événement : 2Dark était présent, certes sans mister Raynal mais avec une version jouable sur tout un niveau qui aura fait dresser les cheveux sur la têtes de celles et ceux qui se méfient des clowns. Moins jusqu’au-boutiste que lors de notre première rencontre avec le soft (voilà un an, tout de même), le soft développé par le studio Gloomywood nous a fait forte impression côté gameplay et ambiance. Avec sa maniabilité aux deux sticks, ses choix typiquement « raynaliens » comme la sauvegarde rapide qui se fait quand le personnage fume une clope (donc plus on sauvegarde, plus on risque de se choper une toux mortelle), et son atmosphère glauque, gageons que nous tenons là une future petite perle. 2Dark devrait sortir en mars 2017, sur PC, Playstation 4 et XBox One.

Aer Memories of Old est un pur jeu d’exploration peace and love, du moins sur la portion qu’on a pris en mains. En provenance du studio suédois Forgotten Key, le jeu propose d’incarner une jeune fille qui a la capacité de se transformer en oiseau. Minimaliste, la narration se fait via la découverte, notamment via des écritures sur des roches anciennes, et non l’intervention d’un narrateur. Une aventure paisible, visuellement intéressante (de la low-texture bien utilisée), aux sensations de vol sont plutôt énergiques. La direction artistique, avec ses couleurs pastelles, a aussi eu tendance à titiller notre intérêt. Côté gameplay, c’est plutôt simple : une pression de la touche « X », la jeune fille change de forme et peut, ainsi, atteindre une des îles flottantes au sein d’une map plutôt garnie. Il faudra évidemment voir si Aer Memories of Gold propose tout de même un minimum de challenge pour ne pas se transformer en balade de santé un peu morose, surtout qu’aucune indication ne nous exposait ce que nous devions accomplir. Le jeu devrait sortir d’ici peu, fin 2016, sur Playstation 4, Steam et Xbox One.

Aurion : Legacy of the Kori-Odan est un action-RPG tout en 2D issu du studio camerounais Kiro’o games. On a particulièrement apprécié l’ambiance, la direction artistique typiquement africaine, et le récit qui nous a fait bonne impression malgré une traduction française que l’on qualifiera d’approximative(elle a déjà le mérite d’exister !). Côté gameplay, c’était beaucoup moins convaincant, avec des déplacements peu précis qui provoquaient quelques difficultés notamment quand il fallait entamer la discussion avec un PNJ qui attendait que l’on se place bien devant lui. Les combats, qui nous téléportent dans des sortes d’arènes, sont bien dynamiques mais un peu fouillis. On retient donc une énorme envie de la part de Kiro’o Games qui se doit d’enchaîner avec un autre jeu, lequel sera l’occasion de perfectionner une formule brouillonne mais à beau potentiel. Signalons qu’Aurion : Legacy of the Kori-Odan est d’ores et déjà disponible sur Steam.

image bikss

Bikss était présenté par Marie Vardal. Bon, si l’on comprend l’intérêt de présenter aussi ce genre de projet étudiant, là on était quand même très limite côté intérêt. Aventure textuelle qui ne demande au joueur que d’appuyer sur une touche du pad par-ci, par-là, Bikss raconte l’histoire d’une jeune femme visiblement marquée par la dureté de la vie, et les rapports compliqués entre les êtres humains. Snif. Typiquement dans l’air du temps, donc totalement oubliable. Disponible gratuitement paraît-il, pour celles et ceux qui voudraient retrouver en jeu les sensations d’une vie morose.

Black the Fall, propulsé de Roumanie en direction de l’Indiecade Europe 2016, est carrément notre jeu favori parmi ceux que nous avons pu essayer ! Développé par Sand Sailor Studio, ce soft présente un scénario uchronique au sein d’un pays où le communisme aurait survécu. Et, étrangement, cela ne se passe pas bien, comme quoi. Le gameplay, qui pourrait faire penser à un Flashback en beaucoup plus fluide, aura réussi à mentalement nous faire quitter l’événement, totalement plongé au sein de ce soft d’un grand intérêt. On a aimé les différentes énigmes, qui font autant appel à notre dextérité qu’à notre observation et même… à notre ouïe. Vous pouvez être sûrs que nous allons suivre l’actualité de Black the Fall, qui devrait sortir début 2017 sur PC et consoles.

Chameleon Run, un jeu de plateforme à avancée automatique développé par Hyperbolic Magnetism. Essayé dans des conditions optimales, avec une manette, le jeu présente un concept bien prenant. Les plateformes sont colorées (pourpre et jaune), et notre petit avatar a la capacité, lui-même, de changer de couleur pour correspondre avec celle sur laquelle on s’apprête à atterrir. Un bouton pour sauter, une pression sur la direction « bas » pour basculer d’une coloration à l’autre, une musique entêtante, des tonnes de niveaux au sein desquelles quelques collectibles vous demanderont bien du skill, Chameleon Run est typiquement ce genre de jeu capable de dépasser son statut de petit passe-temps pour mobiles.

Event[0], qui a gagné le Prix du Jury, est un autre coup de cœur pour notre part. Le studio Ocelot Society rend un trip spatial assez impressionnant, nous plongeant au sein d’une station délabrée, au sein de laquelle il va falloir faire la lumière sur les événements qui ont provoqué une telle Bérézina. Côté gameplay, on est dans du jeu d’aventure, d’exploration jouable entièrement à la souris pour les déplacements, et au clavier pour ce qui est de l’interaction avec l’intelligence artificielle sévissant dans le vaisseau. C’est évidemment cette relation à l’IA qui nous a séduit (l’ambiance visuelle aussi, mais à un degré moindre), car la magie opère d’une façon bien surprenante. On se retrouve à véritablement croire en ces discussions avec les différents terminaux, même si Event[0] reste finalement un « simple » jeu d’aventure au déroulement plus ou moins linéaire mais passionnant. On regrette, par contre, l’absence d’une localisation en français. Event[0] est déjà dispo sur Steam, Gog et Humble Store.

Illumine, par le français exilé au Japon Dejima, nous a aussi pas mal plu. Rogue-like minimaliste, dont le côté épuré des composantes de la direction artistique rappelle justement les premiers softs du genre, le jeu demande une certaine concentration. Il va d’abord falloir comprendre l’objectif du jeu, récupérer des petits livres pour évoluer et modifier notre environnement. L’échec fait partie de ce trip, qui doit se vivre au casque tant l’atmosphère sonore est d’une importance capitale. On creuse dans l’obscurité, on fait gaffe à ne pas rencontrer un ennemi, c’est assez entêtant et séduisant. On vous proposera certainement un test dans les prochaines semaines.

Lichtspeer, du studio polonais Lichthund, nous a bien amusé pendant le temps de la démo. Le concept est ultra-simple : vous êtes une sorte de lanceur de javelot stoïque qui doit pourfendre des hordes de zombies et autres monstres qui foncent droit sur vous. Bien entendu, le scoring est tout aussi important que la survie, et pour augmenter les points glanés il va falloir enchainer les headshots. Histoire d’englober ce contenu finalement assez classique mais bien fun, le studio ont fait preuve d’une imagination délirante : une sorte de mélange entre mythes nordiques et direction artistique partiellement sous acide. Lichtspeer est sorti le 27 septembre 2016, sur Playstation 4 et PC.

Old Man’s Journey, des autrichiens de Broken Rules, est un jeu d’aventure et de réflexion pour tablettes et smartphones. Un petit enchantement que ce soft dont la principal feature est de donner au joueur la possibilité de jouer avec les éléments du décors. Le joueur incarne un vieil homme parti en randonnée, lequel va devoir traverser bien des lieux et, au fil des panoramas, va se souvenir d’instants plus ou moins émouvants de sa vie. Afin de le faire évoluer dans des décors somptueux, le joueur doit donner aux élément du décors une allure de chemin à suivre, ce qui créé des casses-têtes plutôt simples mais très prenants. Il va falloir baisser des collines, monter des routes, le tout afin de faire concorder les lignes et donner au vieil homme la possibilité de s’y aventurer, de passer d’un plan à l’autre. Si l’on ajoute une ambiance sonore entêtante, alors on obtient l’une des meilleures expériences que l’on a pu avoir lors de cet Indiecade Europe 2016.

Shrug Island 1 – The Meeting, par Tiny Red Camel, a remporté le Prix du Developer’s Choice… et c’est une surprise pour nous. Outre que le studio est fort sympathique, clairement passionné par son travail, on a eu un peu de mal à comprendre les enjeux de ce point and click. Certainement le soft qui s’adaptait le moins à une « consommation » en festival, qui demande certainement un certain confort pour être apprécié, notamment pour son ambiance sonore très travaillée et de grande qualité. La direction artistique rappellera bien des souvenirs aux amateurs d’animation des pays de l’Est (les vrais savent) mais, encore une fois, on a eu maintes fois l’impression de ne pas trop savoir quoi faire. Par contre, ce sentiment opaque n’a pas entamé la curiosité que l’on a pour Shrug Island 1 – The Meeting, et il nous tarde de s’y essayer au calme.

Bilan de l’organisation

image joueurs indiecade europe 2016

On nous avait prévenu qu’un Indiecade, cela ne peut se faire sans une organisation un peu roots. C’était clairement le cas. Niché dans le CNAM, l’événement était assez étrangement dispatché, avec notamment une salle pour la réalité virtuelle dans un endroit bien caché, à l’écart des deux autres grandes pièces. Étrange. Aussi, la notion de « faire la queue » était bien vite oubliée, tant les stands n’étaient pas pensés pour cela. Du coup, la place on se la faisait un peu au petit bonheur la chance. L’équipe des bénévoles n’a pas démérité cependant, et s’est même démenée quand il a fallu remplacer certains exposants partis assurer une intervention lors d’une des nombreuses conférences.

Globalement, l’Indiecade Europe 2016 était certes un peu « boxon », mais surtout un joyeux « boxon ». Évidemment, la cible visée n’était pas celle de la Paris Games Week 2016, par exemple, et l’on s’est souvent retrouvé à taper la discussion avec des visiteurs et même des développeurs. Une belle proximité donc, et une certaine camaraderie entre passionnés et connaisseurs, venus en nombre surtout le samedi. On espère, donc, une édition 2017 pour l’Indiecade Europe qui, malgré ses petites imperfections bien normales pour une toute première fois, nous laisse un très bon souvenir.

Palmarès

image award indiecade europe 2016

Et voici un award de cet Indiecade 2016.

  • Le Choix des Médias : Old Man’s Journey
  • Le Choix du Public : Hacktag
  • Le Choix des Développeurs : Shrug Island 1 – The Meeting
  • Le Choix du Jury : Event[0]

 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato