[Ciné-Club] Cluedo – Jonathan Lynn

image affiche cluedoCaractéristiques

  • Titre Original : Clue
  • Réalisateur : Jonathan Lynn
  • Avec : Tim Curry, Christopher Lloyd, Madeline Kahn, Michael McKean
  • Genre : Policier, Comédie
  • Durée : 94 minutes
  • Sortie : 7 Mai 1986 (France)
  • Distribution : Paramount

Critique

Cette semaine au Ciné-Club, nous abordons Cluedo, sorti en 1985 aux USA (1986 en France). Oui, vous avez bien lu, Cluedo a eu droit à une adaptation au cinéma bien avant Battleship, celle de La Bataille Navale. Le premier film basé sur un jeu de société fut, également, un joli bide, ce qui a du quelque peu refroidir ce genre de production. Dommage, car l’une des spécificités de Cluedo, en salles, était assez intéressante : le film proposait carrément trois fins différentes. Si l’on peut se dire que le côté mercantile de la production, qui a bien entendu du se dire que les gens allaient revoir le film pour voir toutes les possibilité de chutes (easy money), on peut aussi se dire que, pour l’adaptation d’un tel jeu, faire en sorte que le public puisse avoir une expérience différente, selon les séances, est une idée aussi saugrenue que séduisante. Mais avant d’aller plus loin sur la fin, commençons par le début.

Cluedo débute en récitant les codes du jeu. Six invités sont accueillis, par le maître d’hôtel Wadsworth, dans un immense manoir, et chacun d’eux se font attribuer un surnom. Madame Blanche, Madame Pervenche, Le Professeur Violet, Madame Blanche, Mademoiselle Rose et le Colonel Moutarde, toutes et tous semblent détenir un secret bien gênant. Alors que les invités dînent dans une ambiance mortifère, l’absence de l’hôte se fait lourdement remarquer. C’est alors que ce dernier, Monsieur Moore, rentre en scène et s’avère être le point commun entre tous ses convives. En effet, il fait chanter chacun d’entre eux, leur extorquant des sommes importantes. L’ambiance tourne au règlement de compte, et bien vite les morts étranges s’entassent…

Une enquête drôlatique

Les fans de Cluedo s’amuseront autant à suivre le film qu’à déceler les quelques petites différences d’avec leur jeu de société. Certains personnages inédits, modifications dans le manoir, le tout est fait pour aider à ce qui reste l’objectif premier : raconter une histoire digne de ce nom. De ce côté, l’on n’est pas déçu. Le récit est aussi fluide que les dialogues, gentiment stupides, et l’atmosphère très légère de l’œuvre sert un scénario rondement mené. Le réalisateur, Jonathan Lynn, qui s’est ensuite spécialisé dans les comédies bêbêtes de qualité parfois discutable, démontre pourtant un vrai talent pour le tempo, le rythme avec lequel il distille les éléments d’enquête. Les différents personnages de Cluedo se dévoilent avec un sens du “fur et à mesure” assez jouissif, bien aidés par un casting maîtrisant sa théâtralité avec talent. Quand on s’entoure d’acteurs aussi solides que Tim Curry, Christopher Lloyd, Madeline Kahn ou encore Michael McKean, on ne vise pas autre chose qu’un résultat plus que satisfaisant.

image paramount cluedo

L’intrigue de Cluedo suit le concept du jeu : ça part un peu dans tous les sens. Divisés en duo, les protagonistes partent à la chasse aux indices dans l’immense manoir, lequel regorge de passages secrets et de surprises morbides. Appuyons sur le décor, d’une belle qualité, et il fallait bien ça pour donner au huis clos une véritable personnalité. La réalisation, carrée, fait en sorte que l’on arrive aisément à se situer dans le lieu, et c’était important pour bien savourer les différents rebondissements. Au rayon des incontournables ajouts, on compte aussi pas mal de nouveaux personnages, tous des rôles secondaires au destin plus qu’incertain. Excepté un, le Majordome Wadsworth, personnage d’une utilité capitale pour que le film épouse une forme de film d’enquête digne de ce nom. Le spectateur se devait de se trouver un avatar afin de se projeter correctement dans cette partie de Cluedo en live, et Tim Curry réussit à bien captiver l’attention sur lui, notamment lors d’un final assez fendard.

“Life after death is as improbable as sex after marriage !”

Car comme dans toute bonne partie de Cluedo, c’est à la fin que l’on prend un pied monstrueux à mettre en rapport toutes les preuves. Le DVD propose un montage des trois fins alternatives, ce qui rend le tout malheureusement un peu indigeste. Et, surtout, ça met en lumière, au final, quelques faiblesses du récit. Si nous pouvons croire à chacune des trois chutes, c’est parce que Cluedo prend un malin plaisir à faire en sorte que le spectateur ne puisse pas atteindre le dernier quart en ayant des doutes véritablement fondés sur un ou plusieurs personnages. Comme l’on arrive à la solution sans aucun début de conviction, alors il est facile, pour le scénario, de nous donner différentes explications. C’est là une grosse limite, peut-être même la raison du bide surprenant de ce film en salles, alors que ses qualités ne font pourtant pas défaut.

Au final, Cluedo est un sympathique film d’enquête, aux accents comiques bien pesés. Si l’on est déçu par cette tendance à nous cacher la vérité, on ne s’en fait la remarque qu’une fois sorti du film, preuve de la qualité intrinsèque de celui-ci. La mission, adapter un jeu de société, était rude, et Jonathan Lynn s’en sort très bien, d’autant plus qu’il s’agit d’un premier film, et l’on sent bien la patte experte de John Landis à l’écriture. Le résultat peut donner l’impression d’un téléfilm de luxe, porté par un casting qui ne déçoit jamais, et déployant une direction artistique assez intelligente pour donner à l’ensemble un caractère remarquable. Une oeuvre pleine d’énergie.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
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