[Critique] Pattaya : Very Good Trip

image affiche pattayaCaractéristiques

  • Réalisateur : Franck Gastambide
  • Avec : Franck Gastambide, Malik Bentalha, Anouar Toubali
  • Distributeur : Gaumont
  • Genre : Comédie
  • Durée : 97 minutes
  • Sortie : 24 Février 2016

Critique

C’est peu dire que le succès des Kaïra, film français le plus rentable de 2012, nous a un peu pris de court. Inattendu, le film tiré d’une web-série (certes à succès) et réalisé par un Franck Gastambide alors débutant, a dépassé le million d’entrées, rien que ça. Le metteur en scène, qui citait le producteur Judd Apatow (SuperGrave) comme étant l’une de ses plus grosses références, réussissait à nous amuser grassement avec le sujet de la banlieue, tout en s’attirant les foudres des habituelles bouches en cul-de-poule. Après quelques années à jouer pour les autres, notamment en élargissant ses domaines d’expertise avec le très sérieux Made In France, et le thriller Enragés (remake du Rabid Dogs de Mario Bava), Gastambide revient à la direction avec Pattaya. Et pas avec n’importe quel pitch…

Pattaya, c’est l’histoire d’un duo de banlieusards rêveurs : Franky (Franck Gastambide) et Krimo (Malik Bentalha), et tous deux connaissent des moments difficiles. Franky vient de se faire larguer par l’odieuse Lilia (Sabrina Ouazani), et Krimo n’en peut plus de devoir aller aux catins pour assouvir ses besoins sexuels. Alors, il est temps pour eux d’envisager le voyage de leur vie : direction la sulfureuse Pattaya, station balnéaire thaïlandaise célèbre pour être un point de ralliement pour la banlieue française. Seul problème, la thune manque cruellement. Mais Krimo a la solution, que Franky s’empresse de valider : il va falloir inscrire, contre son grès, Karim le nain (Anouar Toubali) dans un combat de boxe thaï organisée par un bouddhiste extrémiste : Le Marocain (Gad Elmaleh). Évidemment, le plan ne se passe pas vraiment comme prévu. Heureusement, sur place ils peuvent compter sur Reaz (Ramzy Bedia), cousin de Krimo et grand amateur de transsexuels, qui possède une sandwicherie ultra-côtée sur place. Ils vont devoir se démerder pour revenir en France…

Thaïlande, paradis des mecs de quartier

image franck gastambide pattaya

Pitcher un film comme Pattaya est une véritable difficulté. Le film, pure comédie bien grasse, enchaîne dès le début des gags d’un niveau grandiose pour qui est amateur de ce genre d’approche. Ici, nous ne sommes pas dans la comédie new-yorkaise et guindée (ndlr : qu’on est en droit d’aimer, hein), mais plutôt dans le gras assumé, celui qui tâche, qui vous provoque ce rire délicieusement honteux. On ne vous le cache pas plus longtemps, certaines vannes sont aussi faciles qu’efficaces, et il suffit de voir cet avion rempli de mecs de cité, direction la Thaïlande, pour être plié en quatre. Les situations s’enchaînent très bien, dans un rythme peut-être un peu élevé sur la longueur mais, et c’est une vraie et agréable surprise, tout en faisant attention à soigner son scénario. Et même ses thématiques.

Car Pattaya n’est pas qu’un concept, une belle idée sur un bout de nappe. Si, évidemment, on ne va pas parler d’un chef-d’œuvre d’écriture, le tout forme un ensemble cohérent et c’est déjà pas mal. Les gags restent au service de l’histoire, et ce n’est jamais l’inverse, même quand il faut mettre en avant l’un des nombreux caméos de qualité. Fred Testo trouve une place toute naturelle, par exemple, mais aussi Mister V, Seth Gueko et même Cyril Hanouna. Contrairement à certaines débilités signées Michaël Youn, Pattaya se veut avant tout un film, et non l’étirement d’un sketch ou d’un personnage, au mépris du récit. Même si tout n’est pas toujours drôle, chaque vanne a le mérite de garnir les personnages, favoriser notre empathie pour eux, et ce même s’il est compliqué de se retrouver en eux.

Un rire aussi gras qu’un kébab complet sauce biggy burger

image gad elmaleh pattaya

L’humour de Pattaya est, donc, une réussite qui, même si très loin de l’être parfaitement, fait vraiment plaisir à découvrir. L’autre élément qui nous surprend avec bonheur, c’est la capacité de Franck Gastambide à développer des thèmes sérieux au sein d’une comédie pourtant parmi les plus grasses de ces dernières années. Attention, l’on ne vous dit pas non plus que le réalisateur est la réincarnation d’Akira Kurosawa, mais il y a clairement des sujets, présents dans Les Kaïra, qui reviennent dans Pattaya. Notamment, la misère sexuelle en banlieue, thème fort et jamais réellement abordé dans le cinéma populaire, certainement pour ne pas froisser le politiquement correct. Tout le film n’est pas empreint d’une analyse sociologique poussée, entendons-nous bien, mais tout de même : le point de départ, ce qui provoque l’aventure, n’est nulle autre chose que l’incapacité de ces (plus vraiment) jeunes « de quartier » à savoir (pouvoir ?) construire des relations sérieuses. Un pays étranger comme vue sur un Paradis qui se résume ici à ne pas se faire refouler de boîte, l’imbécilité et l’impact des programmes télé-réalité, Pattaya dit tout de même pas mal de choses sous sa machinerie comique bien huilée.

Au final, Pattaya est le cauchemar de ce public qui pense que le cinéma français est incapable de donner, actuellement, une comédie de qualité. On se bidonne comme des fous, pas tout le temps mais assez pour que les ratés soient en sous-nombre, avec une certaine dose de transgression bienvenue. Nains, travestis, femmes, hommes, jeunes, vieux, singes, tout le monde s’en prend plein la tronche, sans que l’on ne sente une seule seconde la grosse paluche du politiquement correct moderne. Ajoutez à cela une volonté réelle de s’exprimer via la comédie, secouez, et vous obtenez la bonne surprise Pattaya. Du coup, on attend avec impatience de voir ce que donnera la carrière de Franck Gastambide, derrière une caméra, sur un film d’un autre genre…

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
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