[Étrange Festival 2016] Transfiguration – Michael O’Shea

image affiche transfigurationCaractéristiques

  • Réalisateur : Michael O’Shea
  • Avec : Eric Ruffin, Chloe Levine, Aaron Moten
  • Durée : 97 minutes
  • Année de production : 2016
  • Genre : Drame, Horreur

Synopsis

Milo, un orphelin new-yorkais de 14 ans, est la tête de turc de son quartier et des petites frappes locales. Pour s’évader de son quotidien, il s’adonne à sa passion : le film de vampires. À mesure qu’il se rapproche de Sophie, sa nouvelle voisine, son existence va basculer dans l’horreur…

La critique

On le sait, les monstres du cinéma de genre ont toujours été une occasion pour mener une certaine analyse sociale, pour certains auteurs tout du moins. Le premier nom qui nous vient en tête, certainement le plus connu, reste George A. Romero, réalisateur culte d’une trilogie zombiesque au discours analytique d’une Amérique en perdition d’une justesse rarement égalée depuis. Sachez que vous pouvez dores et déjà ajouter un nom aux côtés de ce maître, certes encore très loin d’avoir gagné ce titre de gloire mais tout de même un bel espoir : Michael O’Shea. Car son Transfiguration nous a beaucoup plu…

Le vampire social, suceur d’un sang devenu symbolique et pouvant définir une multitude de thèmes, est une évidence pourtant peu utilisée. Transfiguration s’engouffre sur cette piste, et si vous êtes amateur du pur Nosferatu sachez que les codes établis sont ici balayés. Le vampire n’a pas les dents longues. Il mange de l’ail. Il vit le jour et dort la nuit. Bref, il ne s’agit non plus d’un monstre… mais d’un être humain. Un jeune afro-américain pour être précis, nommé Milo, habitant d’un quartier malfamé de New-York et dont le destin va être bouleversé par une multitude d’éléments forts bien captés par le réalisateur.

image transfiguration

Transfiguration opère une description intelligente et sensée de l’adolescence. Loin des clichetons horripilant que certains films nous balancent sans ménagement (Girl Asleep, par exemple), on est au plus près de ce que peut ressentir un garçon de cet âge, confronté au corps en mutation mais aussi à l’attirance et, élément déterminant pour le récit, un vécu social lourd. La cellule familiale de Milo s’est éparpillée façon puzzle depuis le suicide de sa mère, le laissant orphelin en compagnie de son grand frère, un ancien soldat de l’armée américaine devenu une sorte de loque humaine accro aux programmes télé. La mort de la mère a déclenché, chez l’enfant, une attirance morbide pour le sang, qu’il ne s’explique pas réellement mais qu’il décrit précisément dans un journal intime. Et qu’il cherche à mieux comprendre en devenant un véritable spécialiste des films de vampires. Ce personnage, Milo, fichtrement bien incarné par la révélation Marc Ruffin, porte Transfiguration sur ses frêles épaules. Le travail d’écriture le concernant nous offre une évolution toute en sensibilité, d’une maîtrise que l’on n’attendait absolument pas à ce niveau.

Alors qu’il devient peu à peu un suceur de sang d’un genre très humain, Milo va s’attirer de nombreux problèmes… et l’amour. Ce qui peut, d’ailleurs, être parfois considéré comme assez connexe par des esprits chafouins. Le personnage principal de Transfiguration s’acoquine tout en douceur avec Sophie, l’une des seules “blanches” du quartier, qui habite au neuvième étage chez son grand-père violent. Dès lors, le destin de Milo devient de plus en plus inéluctablement dramatique, ne laissant que peu de choix au jeune homme, lequel est forcé de tirer certaines conclusions que nous ne vous spoilerons pas. Écrivons simplement que l’adolescent va devoir jouer avec le feu, d’autant que les dangereux voyous qui traînent en bas de chez lui vont avoir un rôle à jouer déterminant. Toutes ces données forment une ligne droite vers un final en forme de réflexion pas spécialement ultra-intelligente mais tout de même importante. On sort du film assez remué de l’intérieur, une forte impression notamment concernant cette relecture du mythe vampirique, et avec l’envie de revoir Michael O’Shea au plus vite à la tête d’un projet, et qu’il gommera certains réflexes de mise en scène peu concluants, comme l’utilisation du son par exemple. Très Encourageant.

Article écrit par

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 et quitte la rédaction en 2021. Il lance Jeux Vidéo Plus. Manque clairement de sommeil.

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