[Critique] Castlevania Saison 1 : une introduction interminable et inintéressante

Caractéristiques

  • Créé par : Sam Deats
  • Avec : Richard Armitage, James Callis, Graham McTavish, Alejandra Reynoso, Tonu Amendola, Matt Frewer, Emily Swallow
  • Saison : Saison 1
  • Année(s) de diffusion : 2017
  • Chaîne originale : Netflix

Une première saison à oublier au plus vite

image trevor castlevania netflix

Alors que tout porte à croire que nous ne rejouerons pas à un Castlevania avant un bon moment, Konami étant plus occupé à sortir des softs de pachinko sur mobiles qu’a produire de bons softs, Netflix tente de réveiller la bête. Peu de licences vidéoludiques peuvent s’appuyer sur une aura comme celle de cette série, intitulée Akumajo Dracula au Japon, et dont la première itération remonte à 1986. Votre dévoué serviteur avait trois ans. Plus de trente ans après, et un grand nombre de hits inoubliables, voilà que l’univers est repris en mains par l’Occident. Après deux jeux produits en occident, dont un par Hideo Kojima, mais surtout développés en Espagne, chez MercurySteam, Castlevania passe à la moulinette animée, toujours loin du Japon, et avec une pointure de la culture comics aux commandes du scénario : Warren Ellis (Transmetropolitan, James Bond 007).

On ne peut nier que l’absence d’artistes japonais est un élément qui frappe, au premier abord. Castlevania est écrit par un nom, prestigieux, mais issu du comics, pas du jeu vidéo. Et tout le reste de l’équipe technique navigue à peu près dans les mêmes eaux, en tout cas dans la culture typiquement occidentale, et américaine plus particulièrement. Est-ce suffisant pour penser que le résultat, que nous allons décrire plus bas, est dû à cette délocalisation ? Non, certainement pas, nous n’entrerons surtout pas dans le jeu des extrêmes actuels, qui insultent notre intelligence avec le méprisable concept d’appropriation culturelle. Par contre, on ne peut que se demander ce qu’il serait advenu si Netflix avait pris la décision de confier la production à des techniciens japonais, et l’animation à des studio nippons, comme Sunrise ou Kyoto Animation. Ce qui est certain, c’est qu’ils n’auraient pas pu faire pire que le résultat obtenu.

Car cette première saison de Castlevania est un naufrage. Écrivons le clairement : il n’y avait pas trente-six solutions pour adapter la licence sur le petit écran. Il y en avait deux. Développer un scénario prégnant, à l’image de ce qu’ont pu proposer les jeux à partir de Symphony Of The Night. Ou se concentrer sur l’action, mais jamais au détriment d’un background attirant, comme ce fut le cas jusqu’à Vampire’s Kiss inclus. Et c’est à cet instant précis que notre article prend parti, sciemment, pour la seconde méthode, qui n’est pas celle retenue par cette production Netflix. Il faut bien comprendre que, pour avoir joué à un certain nombre des trente trois softs parus (!), notre préférence va vers les épisodes plus anciens. Si, par exemple, ce qui s’est produit sur Nintendo DS, comme Portrait Of Ruin, était de très haut niveau, toute la narration, de plus en plus présente au fil des itérations, gonflait fortement. Nous sommes plus de l’école Super Castlevania 4, et c’est un fait assumé, qu’il faut prendre en compte dans notre avis.

Des conflits lourds et assommants

image castlevania netflix

Pourtant, l’histoire de Castlevania par Netflix se veut comme une adaptation de la troisième itération vidéoludique : Dracula’s Curse, à laquelle quelques éléments d’autres softs ont été rajoutés. Rappelons ici que Warren Ellis, le scénariste, a d’abord travaillé sur un concept de Direct-To-Video issu de cet opus, et pour le coup en collaboration avec Koji Igarashi, qui fut producteur chez Konami. C’était en 2007, et le projet a connu quelques déboires, un véritable development-hell, avant de prendre la forme d’une série animée que l’on a sous les yeux. On peut décemment penser que l’auteur a gardé toute la structure de son travail originel : personnages issus du troisième jeu, boss au rendez-vous (le cyclope est de la partie). Tout cela est incontestablement fidèle à Dracula’s Curse. C’est le traitement qui est beaucoup plus contestable. En effet, cette première et courte saison prend la forme d’une introduction. Et l’action fait place à la narration d’événements dont on se fiche éperdument.

Revenir sur les origines de la colère de Dracula, et ses effets sur la population des villages alentours, n’est pas une mauvaise idée en soi. Le souci est que ça prend toute la place, et n’en laisse que très peu à ce que l’on était en droit d’attendre de ce Castlevania par Netflix : des combats acharnés contre les forces du mal. Las, on doit plutôt se fader un conflit interminable et bourré de clichés contre l’Église. Factuellement, on n’a rien contre le fait de taper sur les exactions d’une bande d’escrocs sanguinaires, capable de mettre l’Europe à feu et à sang afin de maintenir le peuple dans une peur propice à la domination d’une caste. Par contre, on a l’impression que Warren Ellis est plus intéressé par la description de ces religieux cinglés que par ce qui fait l’essence de Castlevania : l’action, le contact d’un fouet redoutable, le Vampire Killer, avec une tête de méduse, ou un batracien humanoïde, par exemple. Non, rien de tout ça, on doit supporter les séquences longues et à l’intérêt discutable, comme cet instant embarrassant passé dans une auberge, où il ne se passe absolument rien. Assommant, et surtout sans une once d’originalité, Trevor Belmont y étant dévoilé à la truelle, poussé à bout par deux ivrognes, évidemment consanguins sinon ce ne serait pas le Moyen-Âge. Grotesque, cliché, et sans intérêt pour un spectateur déjà lassé.

Le premier épisode est sans doute le meilleur. Rythmé, parfois un minimum tendu, on se sent à peu près dans un Castlevania, même si déjà les défauts pointent le bout de leur nez crochu. Donner une justification à la rage de Dracula, sa haine des humains, est un élément issu des jeux. Donc on l’accepte. Mais on ne peut nier que, au cinéma ou en série, expliquer est presque tout le temps contreproductif. Rappelons, par exemple, la catastrophe qu’était le remake de Halloween par Rob Zombie, et cette envie incompréhensible de démystifier un personnage qui n’a marqué que par le mystère (voire l’absence) de ses motivations. Dracula est, donc, un veuf. C’est moyen, mais acceptable : cela provient des jeux. Par contre, les trois autres épisodes sont des exemples d’oeuvres arythmiques, asthmatiques, totalement déséquilibrées. On a même réussi à s’assoupir, alors que les programmes ne durent qu’une vingtaine de minutes chacun ! La palme de la honte revient aux deux épisodes centraux, sorte de triangle des Bermudes de l’intérêt…

Une animation lamentable, une direction artistique plate

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Cette première saison de Castlevania est, donc, d’un intérêt plus que limité, et parfois d’un ennui inquiétant. Mais ce n’est pas le seul souci, loin de là. Rien n’est au niveau qu’on aurait aimé observé. L’animation, bon sang mais quelle horreur… On a l’impression d’assister à la rencontre de Far Cry et d’un Pentium 2. Comment les producteurs de ce show ont-ils pu laisser passer une telle calamité ? Le summum du ridicule est atteint lors du quatrième et dernier épisode, lors d’un combat au fouet (pas de spoils, on n’en écrira pas plus) qui perd tout impact du fait de ces à-coups incroyablement laids. Cela saccade tellement qu’on a presque envie de s’acheter de la RAM, par pur réflexe de gamer. On est tellement, mais tellement loin de la qualité d’animation qu’a pu atteindre un Vampire Hunter D, pour rester dans le suceur de sang. Les décors rattrapent un peu le cataclysme, même si la direction artistique se charge de faire oublier cet effort…

Car l’un des autres griefs contre cette première saison de Castlevania, c’est sa direction artistique. Certains des personnages de Dracula’s Curse sont présents : Trevor Belmont, Sypha et Alucard. Mais leur rendu a nettement été repensé pour plaire au public occidental. Aux oubliettes, le très charismatique travail gothico-rococo de la très douée Ayami Kojima. On a droit à un character-design passe-partout, plat, sobre et peu engageant. Trevor, par exemple, ressemble plus à un personnage de Game Of Thrones qu’à un héros issu de Castlevania. Alucard, lui, est sûrement la plus grosse insulte proférée contre les fans de la licence. Torse poil comme un vulgaire chanteur de J-Pop, ou habillé avec son « col en V » qui ferait fureur au Canal Saint-Martin, on a plus l’impression d’un personnage qui se serait échappé de chez Tetsuya Nomura. L’effroi.

Enfin, on regrette aussi la très grande prudence de Warren Ellis quant au bestiaire évoqué. Le cyclope est plutôt intéressant, et son ampleur rend hommage à sa condition de boss dans Dracula’s Curse. Mais le reste ne suit pas. D’ailleurs, il est résumé à une horde de goules ailées sans aucune originalité, et jamais réellement flippantes. Oui, leurs griffes acérées provoquent coupures et entailles bien gores, mais cela ressemble à un effet facile, pour faire oublier le manque de retentissement de ces monstres carrément oubliables. Enfin, il faut absolument coucher quelques mots concernant la musique. Exit les thèmes incandescents, notamment ceux signés par Michiru Yamane. On nous sert une soupe imbuvable, sorte de musique d’ascenseur sans aucune âme. Décevant, en-dessous de tout ce qui a été produit par la licence jusqu’alors (oui, l’épisode Game Boy compris). Il s’agit là d’un dernier regret, qui fait de cette expérience un échec retentissant. On attendra tout de même la seconde saison, afin de totalement tirer à boulets rouges sur le travail du pourtant talentueux Warren Ellis. Mais dans le monde assez impitoyable de l’animation, ce Castlevania est bien parti pour figurer parmi les échecs les plus retentissants.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
3/10

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