[Danse] L’hypothèse de la chute : Les uns contre les autres

image plongeoir l'hypothèse de la chute le grand jeté

Un spectacle mêlant danse et acrobaties

En tournée depuis début novembre, le spectacle de danse L’hypothèse de la chute de la compagnie Le grand jeté a été représenté dans plusieurs villes du Centre-Val-de-Loire et de Bourgogne-Franche-Comté depuis sa création dans Le Creusot : Bourges, Dijon… C’est pour notre part au Théâtre de la Scène Nationale de Mâcon que nous avons pu admirer la petite troupe de 5 danseurs emmenée par le chorégraphe Frédéric Cellé, lors de sa dernière représentation devant des scolaires, même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’une oeuvre destinée aux enfants. Cependant, on y retrouve toute l’énergie de la jeunesse et quelque chose de très prisé des plus jeunes : des acrobaties autour de la chute.

Car L‘hypothèse de la chute est tout entier tourné vers ce risque, cette possibilité et ses conséquences. De manière formelle, cela donne une scène tout de blanc vêtue, où trône un immense plongeoir au fond, bien centré, et où les danseurs-acrobates (tous ont une formation en cirque) se relaient à de multiples moments : hésitants tout d’abord à l’idée d’effectuer le grand plongeon, prudents, puis enthousiastes — et ce même si l’une d’entre eux résistera jusqu’au bout. Sur la piste de danse à proprement parler, là encore, c’est ce motif de la chut qui domine : les danseurs parcourent la scène, vacillent, sont retenus par leurs camarades qui les empêchent de tomber…

Une jeunesse qui cherche sa place au sein du monde

image danse l'hypothèse de la chute le grand jeté
© Laurent Philippe

Le spectacle est organisé en cinq temps, avec une progression logique très claire, qui nous parle, de manière implicite, de ce que signifie investir le monde aujourd’hui lorsqu’on est “jeune”, se lancer et prendre des risques… Au tout début du spectacle, c’est la peur qui domine : on apprend à avoir confiance l’un en l’autre, à s’écouter — les danseurs doivent se laisser tomber volontairement en arrière ou en avant pour qu’on les rattrape — on fait face à ses propres réticences, on fait ses premiers pas. Puis, dans un second temps, la chute tant redoutée devient jeu, affirmation de soi : c’est le plaisir de la découverte du lâcher-prise. A ce moment-là, les artistes s’en donnent à coeur joie et, à l’exception d’une jeune femme, sautent de plus en plus loin, en effectuant différentes figures. Cette partie, plaisante pour les adultes, rencontre un franc succès auprès des enfants, qui s’esclaffent devant ces amusantes pirouettes.

image matelas l'hypothèse de la chute le grand jeté
© Laurent Philippe

Le troisième temps est celui de la cohabitation dans l’espace restreint d’un matelas placé au sol : on lutte pour ne pas chuter. Puis vient la maîtrise de l’équilibre, seul et avec les autres, avec ce qui s’avère être les plus belles figures du spectacle. Celles effectuées, seule et en duo, par Justine Berthillot, sont certainement les plus poétiques : c’est toute la magie du cirque qui apparaît ici et il y a quelque chose d’émouvant à voir ces artistes, au départ faussement vacillants, faire corps à ce point. La synergie de la troupe, du début à la fin, est pour beaucoup dans la réussite du spectacle, qui alterne moments de groupe et numéros solo ayant pour but de distinguer chacun. Car la vie, c’est ça aussi : on se réunit en groupe, on appartient à une ou plusieurs troupes, mais on fait aussi bande à part à des moments, on ne suit pas toujours les autres, comme Aurélie Moulhade qui, tout en faisant définitivement partie de la bande, refusera de sauter.

image plongeon justine berthillot l'hypothèse de la chute le grand jeté
© Laurent Philippe

Chercher, trouver et suivre son chemin fait partie intégrante du processus de devenir adulte et permet d’atteindre le dernier stade, où l’on a face à nous des personnes affirmées, qui investissent l’espace en toute confiance, le transformant en terrain de jeu, de célébration. Les jeunes que nous avons suivis ont ainsi trouvé, symboliquement, leur place dans le monde. Cette ultime partie semble certes un peu longue et plus répétitive comparée aux autres, mais elle a avant tout pour but de célébrer chacun et chacune, tout autant que la réussite de cet effort de groupe. Un message positif à l’attention de la jeunesse, au-delà du très bon niveau de l’ensemble en tant que spectacle de danse et de cirque.

Un état de grâce fondé sur une belle synergie

image danse groupe l'hypothèse de la chute le grand jeté
© Laurent Philippe

L’hypothèse de la chute est ainsi un joli spectacle à découvrir, d’autant plus intéressant qu’il fusionne danse contemporaine, théâtre et cirque de manière à ce que les gestes les plus quotidiens deviennent des pas de danse et à ce que chaque acrobatie se mue également en danse et inversement. Cette grâce, reposant sur un équilibre fragile, est d’autant plus touchante qu’elle est placée au service d’un joli message sur la synergie de groupe et le caractère unique de chacun, où l’on s’entraide mutuellement, tout en devant affronter ce risque de la chute seul, en prenant des décisions personnelles.

Nous reviennent alors en tête le refrain de la chanson de Michel Berger et Luc Plamondon pour Starmania : “On dort les uns contre les autres/On vit les uns contre les autres/On se caresse, on se cajole/On se comprend, on se console”. Cependant, dans le spectacle du Grand Jeté, malgré la solitude au bout du plongeoir, où l’on se demande si l’on va sauter ou pas, le groupe demeure une force positive, malgré les inévitables moments d’antagonisme. Car grandir, ne serait-ce pas aussi, au final, choisir sa famille ?

L’hypothèse de la chute, un spectacle de la compagnie Le Grand Jeté, chorégraphié par Frédéric Cellé, création sonore Camille Rocailleux. Avec : Justine Berthillot, Tatanka Gombaud, Maxime Herviou, Clément Le Disquay, Aurélie Moulhade. Le spectacle repartira en tournée dès le 22 janvier 2018. Pour consulter les dates, consultez l’agenda sur le site de la compagnie Le grand jeté.

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