[Critique] La femme silencieuse — Monique Esther Rotenberg

Caractéristiques

  • Auteur : Monique Esther Rotenberg
  • Editeur : Dacres
  • Date de sortie en librairies : 13 janvier 2014
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 120
  • Prix : 7,62€
  • Acheter : Cliquez ici

Stefan Zweig fut non seulement un auteur talentueux, mais également un témoin averti de son époque. Fuyant l’Autriche face à la montée du nazisme, il s’est réfugié à Londres quelques années avant de partir pour le Brésil, dernier pays où il vécut. C’est cette partie de son histoire que Monique Esther Rotenberg nous fait revivre à travers La femme silencieuse publié chez l’éditeur spécialisé Dacres (Camille contre Claudel). S’attaquer à un grand écrivain comme Zweig n’étant pas chose facile, comment se situe cette pièce  ?

Londres, 1934

Stefan Zweig a quitté l’Autriche. Spectateur des premières manœuvres nazies, il pressent une suite tragique pour son pays mais aussi l’Europe, en particulier pour les artistes et leurs œuvres. Considérée par ses proches et se femme comme un pessimiste, il poursuit son travail et tente de faire passer un message d’unité européenne et de paix. Il continue également d’écrire, et c’est pour l’aider que sa femme Friderike lui envoie une jeune femme pour être sa secrétaire. Au premier abord timide et discrète, Lotte va vite dévoiler un esprit vif et critique à l’égard de l’écrivain, n’hésitant pas à le mettre face à ses contradictions. De plus en plus éloigné de Friderike, Zweig va s’attacher, jusqu’à tomber amoureux de cette femme silencieuse, jusqu’à en faire sa deuxième épouse, celle qui l’accompagnera jusqu’au Brésil et dans le suicide.

Un talentueux narcissique

Cette pièce met en scène deux Stefan Zweig  : l’artiste génial que tout le monde reconnait aujourd’hui, mais également l’homme égocentrique imbu de sa personne. Monique Esther Rotenberg choisit pour cela de prendre le biais non pas de l’écrivain mais celui de sa deuxième épouse : en retraçant la façon dont elle est entrée dans sa vie et dont il a décidé de faire d’elle sa seule compagnie, on perçoit parfaitement les mécanismes de l’égoïsme. Eloigné de Friderike géographiquement (elle décide de rester en Autriche malgré l’exil de son mari), le lien intellectuel ne résiste pas, d’autant plus que Lotte est bel et bien présente et qu’elle ne ménage pas Zweig.

C’est à se demander si, dans le fond, ce n’est pas ce défi cérébral qui engendre des sentiments amoureux et non pas les divergences sur l’avenir ou l’éloignement physique. Une fois qu’il a accepté cet état de fait, Stefan Zweig ne s’embarrasse pas et laisse Friderike sortir de sa vie, sans passion ni tendresse, comme s’il n’y avait que lui dans cette relation. Monique Esther Rotenberg n’hésite pas à mettre en évidence ce trait de caractère peu flatteur.

Un grand travail de recherche

Déjà adaptée au théâtre il y a quelques années, La femme silencieuse est une pièce très bien documentée, et dont l’originalité est de s’articuler autour des deux facettes de Stefan Zweig : le grand écrivain, observateur de son temps qui refuse de se laisser dicter une idéologie, et également l’homme du quotidien, trop sûr de lui, incapable de voir les conséquences de ces actes. Cette dichotomie entre ce qu’il reproche aux populations se soumettant à une dictature et ce que lui-même fait dans sa vie privée est intéressante : il voit son intérêt personnel avant celui du groupe. Monique Esther Rotenberg réussit avec justesse car si elle montre une image moins policée de Zweig, ce n’est jamais à charge mais au contraire pour pousser à la réflexion sur le contraste entre les paroles et les actions dans les cadres collectif et privé.

Plus que jamais, La femme silencieuse donne envie de (re)lire quelques-uns des romans de Stefan Zweig.

8/10

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