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[Critique] Silent Voice : poignant et nécessaire

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Naoko Yamada
  • Avec : Miyu Irino, Saori Hayami, Aoi Yūki, Kensho Ono, Mayu Matsuoka
  • Distributeur : Art House
  • Genre : Drame
  • Nationalité : Japon
  • Durée : 132 minutes
  • Date de sortie : 22 août 2018

Un long métrage important pour la lutte contre le harcèlement scolaire

image film silent voice
Le harcèlement scolaire et le handicap au centre du film.

On ne reviendra pas, dans ces lignes, sur l’incroyable paradoxe que peut s’avérer la société japonaise. Ce grand écart entre certains penchants plus ou moins sombres, et les œuvres délicates issues d’esprits puissants. C’est aussi ce qui fait de l’Archipel l’un des pays les plus passionnants au monde, dans son Histoire, ses arts, et son rapport au monde. Parmi les soucis que connait la nation nipponne (au passage, loin de nous l’idée d’oublier que ces problèmes peuvent être universels : nous autres occidentaux n’avons pas à sourire de la situation), celui du harcèlement scolaire a fait grand bruit, voilà quelques années. Cette pratique, ijime dans la langue locale, a produit, et continue de produire bien des dégâts. Comme souvent, le secteur du cinéma, ici animé, s’empare du thème, avec Silent Voice, que l’on peut découvrir en salles grâce au méritant distributeur Art House.

Découverte phare du Festival d’Annecy 2017, selon les journalistes qui se trouvaient sur place, Silent Voice ne sort pas de nulle part. Il est l’adaptation d’un manga au titre identique, écrit et illustrée par Yoshitoki Oima, qui a remporté une petite tripotée de récompenses, comme le Prix des lecteurs du Bessatsu Shonen Magazine. De quoi attirer le regard d’auteurs spécialisés dans le cinéma, et c’est la réalisatrice Naoko Yamada qui décroche le gros lot. Sorti au Japon, en 2016, l’adaptation a cartonné, se positionnant à la seconde place des charts (derrière l’excellent Your Name). Et, autant le signifier de suite : ce succès est amplement mérité.

Des émotions puissantes mais subtiles

image art house
Un long métrage bouleversant.

Silent Voice s’attaque, donc, au sujet du harcèlement scolaire, mais pas seulement. Le premier tiers du film est d’une puissance émotionnelle assez vertigineuse, tant elle parvient à placer bien des éléments forts, au sein d’un scénario clair comme de l’eau de roche. L’histoire prend place à Ogaki, et l’on s’intéresse à Shoya Ishida, jeune garçon turbulent, entouré d’une bande d’enfants qui ne le sont pas moins. Ceux-ci font partie d’une même classe d’école qui, un jour, accueille une nouvelle élève : Shoko Nishimiya, une jeune fille atteinte de surdité. Son handicap sera l’occasion, pour Shoya, de tomber dans le harcèlement le plus insupportable. En effet, chaque jour est l’occasion d’un acte cruel. Jusqu’au jour où ses agissements iront trop loin, et lui attireront non seulement des problèmes scolaires, mais aussi le discrédit auprès de ses camarades.

Silent Voice a le don de vous balancer dans le tambour d’une machine à laver, et de vous faire partir dans de multiples tonneaux émotionnels. Ce début de film, qui pose déjà une ambiance certes dramatique mais, surtout, réaliste au possible dans la descriptions des sentiments, est une réussite exemplaire. Et la suite ne déçoit pas. Shoya, désormais ostracisé, rentre au lycée, alors que ses agissements sur Shoko ont provoqué le départ de celle-ci pour une autre école. Rongé par le remord, l’adolescent décide de retrouver son ancienne victime, avant de se suicider. Mais sa quête de rédemption va lui redonner l’envie de vivre, et même de débuter une véritable amitié avec la jeune fille. Cette dernière, d’ailleurs, ressent de véritables sentiments pour ce Shoya, revenu à l’équilibre.

Foncez le découvrir en salles !

Le travail de la réalisatrice, Naoko Yamada, est idéal. Ses choix, qui mènent Silent Voice vers un rythme apte à faire sentir le poids du temps qui passe, facilite la suspension consentie de l’incrédulité. Le grand danger, qui guettait dès les premières images, était un penchant trop marqué vers le malheur de Shoko. Piège évité ! En effet, toute la subtilité du long métrage se situe dans le traitement de l’après harcèlement. Quand la mauvaise personne encaisse les embûches de la vie, permettant parfois un retour vers le droit chemin. C’est le cas, pour Shoya. Et sa mise à l’écart, voire même le harcèlement des autres élèves (la vie est décidément une boucle sans fin), va permettre au spectateur de rester concentré sur l’acte violent. En évitant de le personnifier, la réalisatrice fait de ses thèmes les véritables personnages principaux. Bien évidemment, on assistera à une évolution des caractères, des problématiques parfois plus légères, liées à l’amitié ou l’amour naissant. Mais impossible de donner plus d’importance à l’une ou l’autre des intrigues.

On apprécie aussi les personnages secondaires, même s’ils sont un peu plus archétypaux que les principaux. On pense à l’ami à la vie, à la mort, ressort comique parfois indispensable, mais tout de même un peu emprunté. Aussi, on a eu un peu plus de mal avec le dernier quart, qui étire un peu trop le récit. Rien de bien alarmant cependant, puisqu’on ressort de ce long métrage avec l’impression, durable et agréable, d’avoir assisté à une œuvre nécessaire pour son époque. A Silent Voice est la preuve ultime que le cinéma peut aborder des sujets très sensibles, sans tomber dans un traitement misérabiliste, comme le produit trop souvent l’Occident. Un immanquable de cet été !

8/10

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