[Critique] Tender Flesh : le début de la fin pour Jess Franco

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Jess Franco
  • Avec : Amber Newman, Lina Romay, Alain Petit, Monique Parent, Aldo Sambrell
  • Distributeur : Artus Films
  • Genre : Horreur, Érotique
  • Nationalité : Espagne, USA
  • Durée : 91 minutes
  • Date de sortie : 1997 (vidéo)

La fin d’une époque

image film tender flesh

Année de grâce 1997. Jess Franco est désormais un réalisateur culte, auteur de dizaines et de dizaines d’efforts, admiré par toute une petite tripotée de fidèles, fans de cinéma bis. Malheureusement, ce n’est pas suffisant pour que la porte des producteurs s’ouvre, et le metteur en scène se doit, encore et toujours, de sauter sur chaque occasion d’ajouter un métrage à son tableau de chasse. Alors qu’il enchaîne, avec moins d’entrain que dans les années 1970, les projets de commande, voilà que de l’argent venu des États-Unis permet à Jess Franco de se lancer dans Tender Flesh, une sorte de remake de La Comtesse Perverse, l’une de ses œuvres les plus abouties.

Tender Flesh s’intéresse à Paula, strip-teaseuse dans une boîte de nuit privée. La belle et jeune femme est remarquée par un couple aussi riche que libertin, les Radeck, qui lui propose de venir passer quelques jours avec eux dans leur immense demeure, sur une île. Imprudemment, elle accepte leur proposition et s’y rend avec son petit ami. Les hôtes leur proposent une chasse au trésor, mais ce n’est qu’un prétexte pour organiser leur jeu favori : une chasse humaine. Dès lors, dans la jungle des environs, les Radeck, munis d’arcs et de flèches, les traquent dans la forêt pour les tuer puis… les dévorer.

Son dernier film sur pellicule

Au-delà de son genre, et de ce qui y est montré, Tender Flesh est un film émouvant. Tout d’abord, car son énergie créatrice dépasse sa condition de budget rikiki. Il y a de l’idée dans le nœud dramatique et, même si l’on a déjà vu le même film en bien meilleures dispositions (La Comtesse Perverse nous paraît au-dessus, et d’assez loin), on doit bien avouer que les ficelles fonctionnent encore. Autre élément important : il s’agit du dernier film tourné à la pellicule par Jess Franco. Si le seize millimètres est parfois un peu cracra, on doit bien écrire que la matière reste tout à fait savoureuse, tant le réalisateur sait en tirer une certaine force. On voit bien que, niveau lumière, c’est moins éclatant que ce qu’il a pu imaginer, en accord avec ses chefs opérateurs successifs, durant les précédentes décennies. Mais tout de même, le film ici traité se vit comme un véritable long métrage d’époque, un peu comme le Mulholland Drive de David Lynch. Toute proportion gardée, bien entendu.

Malheureusement, Tender Flesh n’est pas qu’émouvant, il est aussi parfois assez gonflant. On y retrouve pas mal de tares de la seconde partie de la filmographie de Jess Franco. Tout d’abord, l’érotisme omniprésent. Pas que les corps dénudés nous embarrassent, bien au contraire, mais ils prennent bien trop de place dans le récit. Celui-ci est parfois relégué au stade de lointaine silhouette, ce qui n’est jamais bon signe. On sent bien que le réalisateur tente de retarder le moment fatidique de la chasse, laquelle se met en place seulement à la toute fin. Décevant, et quelque peu mensonger, quant au travail sur le nœud dramatique. Aussi, l’on devine un travail difficile avec les comédiens, confirmé dans les bonus du DVD par Alain Petit, qui campe aussi un cuisinier français. Surtout, on sent bien quelques difficultés à faire sortir les répliques, ce qui ne peut qu’avoir un impact sur l’ensemble de la prestation. Même Lina Romay, éternelle muse du metteur en scène, paraît quelque peu empruntée. Au final, Tender Flesh est typique de ces longs métrages qui signent la fin d’une époque. Et si l’artiste ibérique continuera bel et bien de tourner, encore de nombreuses années mais à un rythme moindre, il ne retrouvera plus jamais le succès artistique.

Retrouvez aussi le test DVD de Tender Flesh, édité par Artus Films.

6/10

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