[Critique] The Order : Van Damme dans les abysses

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Sheldon Lettich
  • Avec : Jean-Claude Van Damme, Sofia Milos, Brian Thompson, Ben Cross, Vernon Dobtcheff, Charlton Heston
  • Distributeur : TriStar Pictures
  • Genre : Action
  • Nationalité : USA, Aruba
  • Durée : 89 minutes
  • Date de sortie : 9 avril 2003 (DTV)

Quand rien ne va…

image jean claude van damme the order
Mééééditaiwan, méééédiiiitaaaaiiiwaaaan !

Bon, là on atteint le seuil réellement critique de la carrière de notre Jean-Claude Van Damme presque national. Après le four de Légionnaire, en 1998, l’acteur hyper souple voit sa carrière connaître un nouveau creux, et ce même si l’excellent Ringo Lam (RIP à cette légende du cinéma hongkongais) lui concocte un rôle intéressant pour Replicant. Mais clairement, on ne peut que remarquer des performances relâchées, comme si le belge savait que son futur se dessinerait dans des Direct to video aussi obscurs que faisandés. Une crainte devenue réalité avec ce The Order, un navet sauce nanar aussi grotesque que passablement rigolo.

Pourtant, l’histoire de The Order peut tenir la route, du moins pour un DTV. JVCD incarne Rudy Cafmeyer, une sorte d’Indiana Jones encore plus filou que l’original, puisque lui ne rechigne pas à carrément revendre, au marché noir, les antiquités qu’il assume avoir volé. On est loin de « sa place est dans un musée », donc. Après avoir subtilisé un œuf Fabergé d’une grande valeur, et s’être dépêtré d’une situation tendue après avoir été repéré, notre fripouille retourne auprès de son père, Oscar, qui exerce le métier de conservateur. Seulement, ce dernier va se faire enlever. Et sa découverte, à propos d’une secte basée en Israël, n’est pas étrangère à ce méfait. Ni une, ni deux, Rudy fonce à Jérusalem, où bien des aventures plus ou moins passionnantes l’attend.

Quand on vous disait que, sur le papier, The Order ne vend peut-être pas du rêve mais peut promettre un divertissement efficace ! Seulement voilà, rien ne va dans cette réalisation signée Sheldon Lettich, pourtant un véritable compère de Van Damme (ils ont tourné ensemble Full Contact et Double Impact). La tonalité du scénario est sans doute la première responsable. Le film ne prend jamais son sujet au sérieux, du moins avant son dernier quart. Vous rétorquerez, avec raison, qu’il est difficile de garder un point de vue appliqué, quand on enchaine une course de Simca 1000, et une poursuite surréaliste avec un JVCD déguisé en Juif hassidique. Vous n’avez pas tort, mais ceci découle de l’envie de Lettich de nous embarquer dans une quasi-comédie.

Où est passé le budget ?

Rien, dans The Order, ne tient la route. L’intrigue est téléphonée au possible : on voit chaque rebondissement venir à des kilomètres. Les antagonistes, menés par un Brian Thompson (X-Files) qui cachetone comme jamais, forment une secte peut-être encore plus mal fagotée que celle de Richenous. On s’attend à voir Skippy surgir à n’importe quel moment. Hélas, ce ne sera jamais le cas. Par contre, le film a encore plus surprenant dans sa manche : la présence de Charlton Heston, malheureusement complètement rincé, et dont le (court) traitement ne lui réserve aucun moment digne de son rang. Tout comme le scénario, le spectateur passe en mode roue libre et, au mieux, reste en attente d’un plan encore plus farfelu que celui qu’on vient de découvrir.

Le casting est certes totalement perdu, mais on ne peut décemment pas en vouloir à ces aventuriers du cinéma. Ou à ces gens qui ont des impôts à payer, c’est selon. The Order peut être découvert pour deux raisons. La première est sa saveur nanardisante, qui parvient à parfois prendre le dessus sur le goût du navet. La seconde mène à un cas d’école : il est toujours bon de comprendre pourquoi un film peut être plus mauvais qu’un autre. Si vous ne captez pas l’erreur de tonalité, dans un autre long métrage, ici elle se fait si voyante qu’on ne peut la louper. Des éléments comiques convergent vers un final beaucoup plus sérieux, mais lui aussi totalement foiré. Van Damme lève la patte autant qu’il le peut encore, assure la grimace qui va bien avec la tatane, mais tout nous paraît irréel, hors sujet, à cause des trois premiers quarts beaucoup plus rigolards. Et l’œuvre se boucle honteusement, avec un happy end mal dégrossi, qui nous plonge dans un embarras tristounet.

Le plus terrible, pour The Order, c’est peut-être son budget. À la lecture de cet article, vous vous direz qu’on se trouve là face à une sorte de production Nu Image, un DTV tourné dans un hangar hongrois du genre de ceux avec Steven Seagal. Eh bien non ! Cette chose a coûté la bagatelle de douze millions de dollars. Douze. Millions. De. Dollars. Où sont-ils passés ? Pas dans les costumes, en tout cas. Ni dans les mouvements de caméra gracieux. Encore moins dans les effets spéciaux, comme cette explosion qui fait penser à ce qu’on pouvait voir dans une cinématique de jeu vidéo datant de 1998. Alors où ? Le cachet, « à-côtés » compris, de Jean-Claude Van Damme ? Peut-être, mais il ne faut pas pousser. Les autorisations de tourner en Israël ? Non, on ne voit aucune raison à une telle dépense pour ce long métrage qui, au mieux, aurait dû couter l’équivalent de deux mauvais épisodes de Sydney Fox. Ajoutons à tout cela un doublage français stratosphériquement nullissime, un compositeur (Pino Donaggio, pourtant un grand nom que vous connaissez notamment pour Blow Out) qui tente de refaire The Mission mais sans grande envie, et l’on obtient un sacré bousin. Quand rien ne va…

1/10

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