[Test] Concrete Genie : la surprise arty de cette fin d’année

Un univers mémorable est au cœur de Concrete Genie

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De la magie sur les murs d’une ville en crise.

Et si Concrete Genie était l’une des belles petites surprises de 2019 ? La rentrée scolaire, puis la fin d’année, sont à chaque fois synonymes de très grosses sorties, nombreuses et attendues par des millions de joueurs. Dans notre webzine, le regard est constamment porté sur l’ensemble de l’actualité, qu’elle soit liée aux gros blockbusters vidéoludiques, ou aux softs plus confidentiels. Entre nous, ce sont ces derniers que l’on préfère gérer, recommander quand ils en sont dignes. Par exemple, chez Sony Interactive Entertainment, ces prochaines seront rythmées par le futur hit (oui, on s’avance) Death Stranding. Mais dans l’ombre, Concrete Genie a aussi son mot à dire, à un autre niveau. Ce titre est exclusif à la PlayStation 4, et issu d’un studio entouré d’une bonne réputation : Pixeloplus, les développeurs d’un Entwined que vous avez peut-être découvert grâce au PlayStation Plus voilà quelques mois.

Entwined était une expérience au gameplay fluide et et artistiquement de haut niveau, mais on pouvait lui reprocher quelques limites sur la longueur. Concrete Genie emprunte le même chemin. Cependant, il l’arpente un peu plus loin. Tout d’abord, on a droit à un véritable scénario, et un univers développé. Le joueur incarne Ash, un adolescent qui exerce ses dons pour le dessin en imaginant des compagnons aptes à lui faire oublier son quotidien. Celui-ci s’avère aussi morne que la ville dans laquelle il évolue : Denska, ville portuaire à l’abandon depuis une grave crise dont on découvrira les causes par le biais de notes à collecter. Délabrement, pollution, et une jeunesse livrée à elle-même, qui s’adapte à la laideur de son environnement. Ainsi, Ash se fait harceler par un groupe de sagouins, et son carnet de croquis est victime de la méchanceté de ces zouaves. Ses travaux égrainées au grès du vent, le moral dans les chaussettes, notre avatar va en plus être viré des lieux, direction le vieux phare. C’est ici que l’étrange aventure commence réellement : l’endroit est habité par une créature dont la particularité est de vivre sur les murs.

C’est cette rencontre qui fait renaitre l’espoir, mais aussi tout le principe même de Concrete Genie. La créature d’un blanc immaculé est dessinée, et fait comprendre à Ash que sa faculté au dessin va enfin lui servir. Ses compagnons imaginaires peuvent prendre vie sur les murs de la ville, et ce grâce à un pinceau magique. Celui-ci sera aussi utile pour redonner vie à la lugubre Denska : si l’électricité est en berne, l’avatar va faire jaillir la lumière, et redonner de l’allant à cet endroit autrefois animé et agréable. Voilà l’exemple typique d’un bon récit de jeu vidéo : il fait office à la fois de motivation par l’émotion (on a vraiment envie d’aider Ash), et de justification aux différentes mécaniques. Celles-ci sont assez originales, mais simples à comprendre. Alors que vous évoluez dans une ville modélisée en 3D, à l’aide d’une caméra à la troisième personne, vous allez peindre sur les murs. Contrairement à un Jet Set Radio, il ne s’agit pas de simples graffitis mais de personnages à part entière. Et, ici, il est aussi un minimum question de la créativité du joueur : les outils vous sont donnés afin de concrétiser ces génies (d’où le titre, merci Captain Obvious) de plusieurs manières. Il faudra ensuite leur donner de la joie de vivre en suivant leurs instructions : un arbre ici, un soleil par là, des papillons pour encore embellir.

C’est bon mais c’est court

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Concrete Genie propose aussi un mode photo.

Plus on avance, et plus la ville s’ouvre au joueur. Et plus on peut la farfouiller, plus on récupère des pages afin de détailler les génie (un chapeau, une queue, des oreilles de lapin etc). Heureux, ils vous fileront de l’énergie spéciale qu’il faudra utiliser pour détruire de bien vilaines traces sur les murs. Et tout cela en faisant attention à ne pas vous faire choper par la bande de harceleurs, qui rôde méchamment dans les parages. Il faudra apprendre à vous jouer d’eux, notamment en les attirants vers votre position, histoire de vous ouvrir la voie. Tout cela forme une belle impression d’évolution du personnage, mais aussi un rythme bien cadencé. On progresse vite dans cette histoire, et peut-être même un peu trop. C’est ici le souci le plus notable qui accompagne Concrete Genie : la durée de vie est courte. Trop. Comptez un chouïa plus que cinq heures, une à deux de plus si vous désirez tout trouver. Ce jeu fait partie de ceux qu’on regrette de quitter, ce qui est aussi bon signe quant au caractère marquant de cet univers. Heureusement, le titre est vendu à prix doux, ce qui permet de relativiser.

On pourra aussi se poser une question quant à une absence : celle du pavé tactile. Pour dessiner, Concrete Genie propose deux solutions. La première, celle qui est appliquée de base, est la détection de mouvement. Pas désagréable, mais un peu fatigant à long terme. Si vous vivez l’aventure sur de petites sessions ça fera l’affaire. Par contre, en cas de partie prolongée, on vous conseille d’opter pour le pinceau au stick droit. C’est moins précis, le trait se fait un peu plus raide, mais on parvient à s’adapter. Au fait, n’oubliez pas de dessiner votre génie de haut en bas, et pas le contraire. Venons-en à l’absence : mais pourquoi ne pas avoir exploité le pavé tactile de la Dual Shock 4 ? C’est incompréhensible, et dommage car cette spécificité tombe sous le sens. Côté contenu, signalons aussi un mode exclusif pour le PlayStation VR. Il s’avère plutôt agréable dans le principe : dans des environnements spéciaux, il va falloir répondre aux attentes d’un génie. L’impression d’y être est au cœur de cette expérience qui, si elle trouve ses limites assez rapidement, nous aura quand même diverti.

Terminons par ce qui est sans aucun doute le point fort de Concrete Genie : son ambiance visuelle. Elle est splendide. Tout d’abord, techniquement le jeu s’avère assez solide. On a constaté une poignée de ralentissements, mais très faibles et absolument pas gênants. Denska est une ville au level design plutôt sage, mais efficace, avec ce qu’il faut de verticalité. Et son apparence marque durablement. Là, on en vient  la direction artistique : elle est divine, rien de moins. Ça regorge d’effets de lumière saisissants, les textures se révèlent assez détaillées pour construire des décors qui retiennent d’autant plus l’attention qu’on devra agir sur eux. Le character design n’est pas en reste, avec ce petit rendu à la limite du stop-motion, surtout quand on regarde de plus près les mouvements de lèvres lors des dialogues. Enfin, la musique signée Sam Marshall est en cohérence totale avec les situations vécues. Il manque un thème que l’on pourrait de suite associer à ce soft, fédérateur, et peut-être pourra-t-on relever une certaine facilité (surtout dans les toutes premières minutes du récit). Mais on sent une progression agréable, en parallèle de celle de notre avatar.

Note : 15/20

Concrete Genie est ce genre de surprise arty que l’on aime découvrir de temps en temps. Si tout n’est pas parfait, notamment au niveau de la durée de vie, l’expérience s’avère assez novatrice et efficace pour nous embarquer dans cette courte aventure. On apprécie le concept, c’est aussi parce qu’il fonctionne : c’est enchanteur que de voir ces mornes murs reprendre de la couleur, de la vie. Voilà un titre dont le charme nous a convaincu.

7/10

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