article coup de coeur

[Test] God of War : au-delà de ce que vous pouvez imaginer

Caractéristiques

    • PlayStation 4
  • Développeur : SIE Santa Monica Studio
  • Editeur : Sony Interactive Entertainment
  • Date de sortie : 20 avril 2018
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Kratos plus en forme que jamais

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La relation du père et du fils est au centre de ce superbe nouveau départ (image PlayStation 4).

Il est difficile d’enchainer après un tel titre et, de surcroît, quand on vient de boucler ce qui restera très certainement comme l’une des œuvres les plus importantes de ce début de millénaire. Oui, carrément. Ce God of War, huitième opus de la série (si l’on compte les épisodes canoniques et autres) avait pourtant beaucoup à perdre. Peut-être même plus qu’à gagner. La prise de risque, de la part de SIE Santa Monica Studio était au moins aussi colossal que le résultat désormais à portée de manette : les joueurs allaient devoir s’habituer à une refonte presque globale du système de combat, mais aussi de leurs habitudes visuelles. En adoptant un point de vue à la troisième personne, plus serré que certains Third Person Shooters, le danger de se perdre s’avérait menaçant. Plus fou encore : c’est aussi l’occasion d’approfondir l’écriture du très énervé Kratos, qui désormais se voit accompagné d’un fils. Allait-on perdre de vue la colère jouissive du spartiate ? Une question de plus, à laquelle nous allons répondre.

Autant vous le signifier de suite : dans ce test, vous ne redouterez pas de spoiler, d’aucune sorte. Seulement, l’histoire de God of War mérite sans doute une analyse plus poussée, on prend donc rendez-vous avec vous pour un futur article plus explicatif (d’ici quelques mois, afin que tout le monde ait eu le temps de boucler le soft), notamment sur les rapports entre les dieux nordiques, les différences avec la mythologie, mais aussi ce qu’implique certains éléments. Car le récit de ce hit regorge d’instants passionnants, de personnages à l’écriture qui ferait rougir de honte les scénaristes hollywoodiens, et de rebondissement délicieusement préparés. Les premières heures nous présentent un Kratos de nouveau veuf, mais plus apte à faire son deuil que lors de la perte de sa précédente famille. Combien de temps s’est écoulé depuis la fin de sa vengeance ? Quelques années, ce qui suffit pour que le spartiate soit désormais barbu, et accompagné d’Atreus, son fils. On n’aura pas de réponse plus précise, ce qui participe d’une volonté maitrisée de laisser le joueur se trouver ses propres réponses.

Un récit initiatique dense et intelligent

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Des moments contemplatifs à couper le souffle (image PlayStation 4).

Ensemble, les deux personnages de God of War vont partir pour un long voyage, dans le but de réaliser les dernières volontés de la défunte femme de Kratos : éparpiller ses cendres depuis le plus haut des sommets. Une motivation certes plus douce que celle qui nous a fait croiser le chemin du spartiate pour la première fois, mais qui se justifie par l’envie de raconter une histoire précise. Le fait qu’Atreus nous accompagne ne signifie pas la volonté de purger la série de sa rage, rassurez-vous, mais un besoin d’aborder l’un des thèmes les plus délicats qui soient : la transmission. À travers ce parcours initiatique, c’est toute la problématique de la parentalité qui nous touche. Kratos se voit obligé de composer avec un passé pour le moins torturé, mais ne doit en aucun cas pousser son fils à embrasser le même destin. Et croyez-nous, bien des épreuves vont se dresser contre ce besoin. Le voyage sera l’occasion, aussi, de parcourir des endroits divins, qu’ils soient enneigés ou pas, parfois empreints d’un gigantisme qui répond au caractère bien trempé des personnages qui y vivent.

Car God of War, c’est aussi l’occasion de rencontrer des protagonistes inoubliables. On avait un peu peur d’une petite baisse de rythme à ce niveau, tant la mythologie grecque nous paraissait plus aptes à exploiter les capacités destructrices de Kratos. Là encore, on ne peut que vous rassurer : vous allez vous souvenir de chaque âme rencontrée durant ce périple. Des nains forgerons, la sorcière exilée, le très raccourci et drôlement sage Mimir, tous auront droit à leur petite place au fond de votre cœur. Très intéressant est le traitement des antagonistes. Alors que le principal, celui que l’on voit et combat, qui porte au début le surnom d’Étranger, nous submerge de par le côté tragique de sa condition (qu’on ne peut vous révéler ici), les scénaristes du jeu s’arrangent pour construire une aura très maléfique pour d’autres, qui ne manqueront pas d’être croisés dans les futures itérations. Oui, on nous prépare aussi au développement d’un récit plus vaste qu’on l’espérait, mais aucune frustration à redouter. Surtout que la toute fin est du genre à laisser sur les rotules…

Vous n’oublierez jamais les personnages croisés

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Certains monstres vous donneront du fil à retordre (image PlayStation 4).

Une histoire passionnante, mais aussi une narration exemplaire. God of War fait un pari fou : celui du plan séquence. Tout le jeu se déroule avec un seul et unique point de vue, et autant vous dire que ça nous file le grand frisson. Chaque cutscene respecte scrupuleusement cette volonté, ce qui construit une fluidité sidérante. C’est si impressionnant qu’on se surprend à penser être aux commandes des cinématiques ! Et ce n’est pas tout, car le monde qui vous entoure regorge de secrets, d’où la présence d’un codex assez développé. Atreus ne sera pas qu’utile lors des combats, comme nous le verrons plus bas, il pourra aussi nous venir en aide grâce à sa capacité de décoder des langages inconnus, par exemple. Les différents monstres ont droit à leurs entrées dans le carnet, et plus vous en combattez, plus les points faibles y seront inscrits. Aussi, le monde s’ouvre un peu, sans pour autant qu’on ne puisse le considérer comme un open world. Le lac des Neuf vous permettra une exploration jamais vécue dans la série auparavant, avec des quêtes annexes et une tonnes de trésors à dénicher. Nul doute que si vous vous prenez à ces activités, vous serez d’autant plus imprégnés de l’univers.

Vous l’aurez compris : God of War est une sacrée satisfaction, côté histoire. Mais ce ne serait qu’un demi-exploit, si le gameplay ne suivait pas. Et, bon sang, c’est le cas. On ne le répétera jamais assez : avant notre preview, on faisait partie des pessimistes concernant la bonne tenue de l’ensemble. Ces premières heures de jeu, voilà quelques semaines, étaient de nature à nous séduire, mais on pouvait encore se demander si l’ensemble allait suivre cette bonne impression. Oh, que oui ! L’évolution vers la vue rapprochée, à la troisième personne, provoque une modification de la prise en main, mais SIE Santa Monica Studio n’est pas du genre à risquer de se mettre les joueurs à dos. Ainsi, si les coups, positionnés de base sur les gâchettes R1 et R2, vous dérangent, d’autres options sont disponibles, comme un retour à une maniabilité classique. À notre humble avis, celle que propose le jeu dès le commencement nous paraît mieux pensé afin de rendre compte de la violence des coups. Car les impacts n’auront jamais autant foudroyé que dans cet opus. Et les enchainements devront être plus réfléchis qu’auparavant. Kratos est désormais armé de Leviathan, une hache reliée magiquement à son propriétaire, ce qui permet à ce dernier de la rappeler après l’avoir balancé sur un draugr et autres cauchemars. Aussi, cet instrument de combat pourra geler adversaires et éléments de décors, parfait pour se défaire d’énigmes toujours bien équilibrées. Les mains nues ne sont pas oubliées, d’ailleurs elles offrent la possibilité de faire plus de dégâts sur certaines bestioles. Et elles seront mises à rude épreuve quand notre avatar rentre en mode Rage.

Plus beau que le plus beau de tes jeux

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En intérieur ou en extérieur, les jeux de lumière sont sensationnels (image PlayStation 4).

Ce God of War est aussi l’occasion, pour la série, de gagner des éléments de RPG. Adieu les orbes, désormais on gagne de l’expérience, à dépenser afin de gagner des capacités, dans un arbre de compétence bien agencé. Ce sera un tout petit peu moins le cas des autres menus, comme la fiche de Kratos, et surtout la carte, qui aurait pu se faire plus claire. Aussi, Kratos aura l’occasion de changer d’armure, que ce soit en dénichant des parties sur le terrain ou en les faisant forger chez les nains Brok et Sindri. Là aussi, on accueille de nouveaux réflexes : vaincre des ennemis puissants, comme les Anciens, provoquera l’apparition d’un loot. Du craft donc, important afin de bien s’en sortir dans les niveaux de difficulté les plus élevés, lesquels ne vous accorderont aucun répit. Là aussi, on émet un petit regret : il aurait été bon de préciser, dans les fiches des monstres, le loot possiblement déclenché. Car, en l’état, on perd beaucoup de temps à espérer le matériau tant recherché. Enfin, toujours au rayon des nouveautés, on trouve évidemment Atreus, le fils du spartiate. On redoutait une intelligence artificielle aux fraises, et il n’en est rien. Certes, on le surprendra parfois au milieu d’un souffle de poison, mais c’est rare, et son pathfinding réjouira celles et ceux qui ont encore en mémoires quelques expériences traumatisantes. Resident Evil 5, elle est pour toit celle-là. En pressant Carré, il décochera une flèche, et c’est loin d’être un détail à sous-exploiter. Car ce coup pourra briser l’élan d’un monstre, le couper dans un enchainement, permettant à Kratos de reprendre la main en situation délicate. Et sachez que son fils peut aussi voir son arsenal évoluer.

Bon, vous avez déjà compris à quel point God of War est une sortie plus qu’importante. Seulement, on n’a pas encore abordé le volet technique. Quelle mandale, à la mode spartiate… On va faire simple, pour commencer : on se trouve là devant le plus beau des jeux jamais sortis sur consoles de salon, et d’assez loin. Le test fut effectué sur une PlayStation 4 standard, mais on ne peut qu’imaginer l’apport de la 4K. Cependant, n’ayez crainte, car SIE Santa Monica Studio a mis un point d’honneur à ne surtout pas trop différencier les deux résultats. Le modèle 3D de Kratos en est un bon exemple : il est tout aussi précis sur les deux hardwares. Aussi, aucune frayeur n’est à craindre du côté de la fluidité, et c’est d’ailleurs ce qui nous étonne au plus haut point, tant ce qui est affiché relève du rêve éveillé : ça balance des effets de lumière complexe. Voilà un véritable exploit, qui ne fait que souligner la magnificence des lieux découverts. Des grottes aux jardins resplendissants, en passant par des endroits enneigés qui resteront longtemps gravés sur les rétines, on en prend plein la tronche du début à la fin. Préparez-vous, aussi, à des cinématiques incroyablement mises en scène, et certaines parmi les plus furieuses de la saga. Quant à la bande originale, signée Bear McCreary, elle n’atteint pas les hauteurs épiques des précédents épisodes. Son travail sur le chant n’est pas anodin, mais ça manque de thèmes immédiatement associables à ce nouveau départ.

Note : 19/20

Impressionnant, gigantesque, mémorable, émouvant, subtil, épique, prodigieux, sensationnel : les adjectifs qualifiants God of War vont pleuvoir, aussi bien chez la critique qu’au sein des foyers gamers. Et c’est parfaitement mérité, tant Kratos fait l’objet d’une relance au-delà nos espérances. SIE Santa Monica Studio livre là un chef-d’œuvre, aussi puissant que profond. Se jouant des pièges tendus avec une assurance qui intime le respect, le soft construit sa propre légende, restera dans les mémoires comme le meilleur de sa série, et parmi les plus grands jeux de tous les temps. Un orgasme long de vingt-cinq heures, pour qui se contente de l’histoire principale, alors qu’il en faudra cinquante pour tout en voir. Vous êtes encore entrain de lire ce test ? Mais foncez y jouer, plutôt !

9/10

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