[Critique] Star Trek : Picard – Une première saison en demi teinte

Caractéristiques

  • Créé par : Alex Kurtzman, Michael Chabon, Akiva Goldsman et Kirsten Beyer
  • Avec : Patrick Stewart, Alison Pill, Isa Briones, Santiago Cabrera, Michelle Hurd, Harry Treadaway, Evan Evagora...
  • Saison : Saison 1
  • Année(s) de diffusion : 2020
  • Chaîne originale : CBS All Access
  • Diffusion françaisee : Amazon Prime Video

Une pure série Star Trek, mais avec des défauts

Dix-huit ans après la sortie de Star Trek : Nemesis au cinéma et surtout son échec, on ne pensait pas revoir les personnages de Star Trek : The Next Generation (qu’on abréviera en TNG) sur petit ou grand écran. Alors quand a été annoncé qu’une nouvelle série allait voir le jour centrée sur Jean-Luc Picard, la surprise fut totale. Il est clair que Patrick Stewart ne voulait pas rester sur un échec et souhaitait redorer le blason de son personnage culte.

En effet, en 2385, soit deux ans avant la destruction de Romulus par la supernova, l’amiral Jean-Luc Picard convainquit la Fédération d’aider les Romuliens. Picard prit la tête d’une flotte qui avait pour mission de reloger les Romuliens dans des mondes à l’abri de l’explosion de la supernova. Mais la Fédération cessa l’évacuation à la suite d’une attaque sur Mars par un groupe de synthétiques renégats. Picard donna aussitôt sa démission de Starfleet. L’attaque sur Mars eut pour autre conséquence la prohibition des synthétiques.

Lorsque Star Trek : Picard commence, quatorze ans plus tard, il reçoit une demande d’aide de la part d’une jeune femme, Dhaj, poursuivie par un groupe Romulien…

On retrouve donc un Jean-Luc Picard retiré dans son vignoble, en France, depuis des années. Il a perdu foi en Starfleet et la mort de Data le hante toujours. Evidemment, il faut le faire sortir de sa retraite et quoi de mieux pour cela qu’une jeune femme qui semble reliée à l’androïde qui s’est sacrifié pour lui sauver la vie ?

Disons-le tout de suite : cette série est faite pour les Trekkies, mais essaie tout de même de faire en sorte que les non- initiés à la saga puissent tout de même suivre l’intrigue. En plus de Picard, d’autres personnages de TNG, mais aussi de Star Trek: Voyager, font leur apparition. Et pourtant, pas besoin de connaitre leur histoire pour pouvoir suivre l’histoire. C’est assez intelligent et risqué d’avoir fait ce pari, mais c’est réussi.

Les fans seront contents de retrouver ces protagonistes quand les autres seront ravis d’apprendre à les connaitre. Mais tout n’est pas rose côté scénaristique. Le plus gros problème de la série est qu’elle lance certains arcs ou certaines sous-intrigues mais les balayent d’un épisode à l’autre. Ce qui est problématique car cela arrive quasiment à chaque épisode. D’ailleurs, on voit venir la plupart des retournements de situation, surtout le twist final, ce qui est très dommageable. L’intrigue finale aurait mérité d’être mise en avant beaucoup plus tôt durant ces dix épisodes. Voila les gros point noirs de cette série.

Sinon oui, ça reste du pur Star Trek dans l’âme. Certes, il y a de l’action, mais il y a surtout beaucoup de dialogues. Alors que l’ère du temps est plutôt à la vitesse, la série prend son temps. Si vous n’êtes pas fan d’un rythme lent alors oui, vous allez vous ennuyer. On retrouve aussi l’âme de la licence dans son optimisme naïf. Tout, ou presque, peut se résoudre par le dialogue. C’est quelque chose qui va à contre courant de ce qui se fait aujourd’hui, mais fonctionne toujours si vous prenez le temps de vous y faire.

Les séries Star Trek ont toujours été des séries qui étaient des métaphores du monde actuel. Picard ne fait pas exception à la règle. Que ce soit le traitement des Romuliens, les ex-Borgs ou des vies artificielles, chacun y verra des références à ce qu’il se passe dans le monde. En ce qui concerne le développement des personnages, il est malheureusement inégal.

Evidemment, Jean-Luc Picard se taille la part du lion. L’homme doit retrouver la foi. Cela passera par cette aventure et la création d’un équipage. En ce qui concerne ce dernier, il est dommage que certains personnages soient plus développés que d’autres – on pense surtout au capitaine Rios ou à Elnor, qui méritaient mieux. Espérons que le tir soit rectifié au cours de la seconde saison…

Une bonne réalisation et un casting solide

image patrick stewart star trek picard

Côté réalisation, on sent très clairement que les moyens ont été mis sur la table. Les épisodes sont bien réalisés, avec  d’excellents effets-spéciaux, à raison de huit à neuf millions de dollars par épisode. Les images flottes contre flottes dans le dernier épisodes sont grandioses. On sent que l’équipe et les différents réalisateurs ont voulu donner un côté cinématographique à l’ensemble, et ça marche.

Côté musique, Jeff Russo (Fargo, For All Mankind, The Umbrella Academy) ajoute sa composition à l’ensemble. Si le thème du générique est très beau, le travail sur l’ensemble de la série, malgré quelques petites références musicales aux thèmes bien connus de la saga, est très léger et ne marquera pas les esprits.

Concernant le casting, Patrick Stewart (Logan, Green Room) reprend son personnage culte, qu’il a incarné entre 1987 et 2002 durant sept saisons (soit 178 épisodes) et dans quatre films. Même si le personnage a évolué durant les dix-huit ans qu’on ne l’avait pas revu, il garde tout de même des traits distinctifs comme sa combativité, son intelligence et sa compassion. On sent que Stewart prend plaisir à revenir dans le rôle de Jean-Luc Picard, et ce plaisir est partagé.

Alison Pill est excellente dans le rôle d’Agnès. Certains éléments de son personnage nous surprennent. Un personnage plus complexe qu’il ne laisse paraître au premier abord. Isa Briones, qui incarne principalement Dahj, arrive à montrer les différentes facettes et évolutions de son personnage durant la saison suivant les révélations faites à son encontre. Un rôle difficile, mais l’actrice s’en sort plutôt bien. Le reste du casting est complété par Santiago Cabrera, Michelle Hurd, Harry Treadaway et Evan Evagora. Si les trois premiers tirent leur épingle du jeu, ayant plus d’expérience et de matière pour leurs personnages, le dernier, qui dispose de moins de matière, se retrouve un peu coincé et n’a pas nécessairement assez de place pour s’exprimer. Il faudra que cela soit rectifié en saison 2.

Au final, Star Trek : Picard est bel et bien une série Star Trek dans l’âme, et se fait la métaphore de ce qui ce passe dans le monde. Elle est bien réalisée et interprétée, mais possède trop de défauts scénaristiques pour être vraiment excellente. Les fans seront ravis de revoir les personnages de l’univers. Le spectateur novice s’y retrouvera s’il accepte une série au rythme lent et bavard. On attendait mieux, mais espérons que la seconde saison prévue pour début 2021 fasse mieux et gomme les faiblesses de cette première saison.

6/10

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