[Test] Haven : un trip aussi lyrique que charmant

Caractéristiques

    • PlayStation 5
    • Xbox One
    • Nintendo Switch
    • PlayStation 4
    • PC
    • Xbox Series X/S
  • Développeur : The Game Bakers
  • Editeur : The Game Bakers
  • Date de sortie : 3 décembre 2020
  • Acheter : Cliquez ici

Haven propose une belle science fiction intimiste

image test haven

Pour bien comprendre l’attente qui régnait autour de la sortie de Haven, il faut se propulser quatre années en arrière. Nous étions donc en 2016, et l’on découvrait l’un des jeux les plus marquants de 2016 : Furi. Boss Rush mettant à (très) rude épreuve le skill du joueur, sa capacité d’apprentissage par l’échec et l’expérience, le soft fut aussi une belle claque visuelle. Derrière ce titre mémorable, on découvrait The Game Bakers, entité fondée à Montpellier par Emeric Thoa et Audrey Leprince. Après cette entrée en matière pour le moins redoutable, le studio avait prévenu : leur prochaine œuvre prendrait les attentes à revers, avec cette fois-ci un concept axé sur l’exploration. Parole tenue ? Oui, et à cela s’ajoute une myriade d’éléments intéressants.

Furi pouvait déjà s’appuyer sur un univers soigné. Haven va encore plus loin, avec un récit qui prend prend place parmi les piliers centraux de l’expérience. Comme tout scénario, il est question d’équilibre entre l’importance de l’action et des personnages. Ainsi, on fait connaissance, tout d’abord par le biais d’une sublime cinématique d’ouverture, puis au cours des différents dialogues et cutscenes, un couple. C’est autour des amoureux Yu et Kay que va se construire une situation que l’on prend grand plaisir à découvrir. Par souci du zéro spoil, on va s’en tenir au superficiel : il est question d’une fuite des deux tourtereaux vers la planète Source, apparemment vide de tout voisinage. Au fur et à mesure, le joueur va comprendre la cause de la fugue, puis il sera question d’une montée en puissance dramatique assez forte pour que l’on s’en souvienne longtemps.

Le scénario fait partie des piliers de cette expérience

image screenshot haven

Se dégage de Haven un charme indéniable, une ambiance intimiste irrésistible. Le tout sous-titré en français, heureusement tant il faut s’attendre à une bonne dose de dialogues. Lesquels, d’ailleurs, peuvent parfois proposer de participer par le biais de différentes possibilités de rétorques. Attention à bien prendre soin de les lire et de choisir en toute connaissance de cause, car certaines vous accordent des petits bonus de caractérisation. Globalement, on est donc assez touché par l’écriture, même si certains sous-thèmes restent un poil trop intrusifs. Nous sommes en 2020, et l’on ne peut malheureusement pas se défaire du veganisme et d’autres courants philosophico-politiques un peu trop présents en ce moment. Rien de bien offensif, on ne sent pas une envie de nous convertir à quoi que ce soit, mais c’était à signaler.

The Game Bakers avait prévenu : une grosse partie de l’expérience Haven allait être centrée sur l’exploration. Et c’est effectivement le cas. Vous contrôlez donc l’un des deux personnages, on peut passer de l’un à l’autre d’une simple pression sur la croix multidirectionnelle. Et pour se balader, vous glissez au-dessus du sol, ou virevoltez dans les airs. Les avatars sont équipés de matériels très avancés, des boots du turfu, qui leurs permettent ce genre d’exploit, mais il faut parfois les recharger grâce à de mystérieux courant d’énergie à suivre. On pourra aussi déclencher une petite explosion, notamment pour écarter un animal s’étant installé sur un point d’intérêt important. Tout cela, c’est la base, et elle s’applique sur un monde fragmenté.

Gros travail sur le système de combat, parfois confus mais original

image jeu haven

Source se divise en plusieurs îlots qu’il vous faut parcourir de long en large afin de trouver notamment de quoi réparer le Nid, votre vaisseau qui a pris cher suite à une inquiétante source sismique. Haven est ici un peu plus insuffisant : si l’on prend effectivement plaisir à parcourir les différents endroits, à en observer les spécificités, il faut tout de même souligner qu’on en vient parfois à une certaine routine des mécaniques. On pense surtout à celle autour de la rouille, qu’il vous faudra éliminer en glissant sur les points les plus atteints. À la base, c’est une bonne idée et l’on ne peut s’empêcher de penser à Mario Sunshine. Mais cela devient peut-être un peu trop systématique avec le temps. Toujours est-il que la chose fonctionne, non seulement par son intérêt en terme de gain de matière, laquelle participe à la réparation du Nid, mais aussi pour les jusqu’au-boutistes qui ne pourront pas supporter l’idée d’en laisser derrière eux.

Cette rouille va aussi provoquer des dégâts sur le comportement des animaux de Source, ces derniers devenant donc agressifs. C’est ici que Haven introduit son système de combat, très RPG dans l’esprit. Dans sa forme, on fait face à une sorte de tour par tour, mais très dynamique. Dans le fond, les différentes actions nous sortent de notre zone de confort de manière assez intelligente. Les boutons, situés à droite du pad, représentent les commandes de l’un des avatars, et tout ce qui se trouve à gauche est associé à l’autre. Les attaques (d’énergie ou de corps à corps) et défenses se déclenchent indépendamment, vous pouvez donc lancer Yu sur une tâche, puis Kay sur une autre. Les premières heures ne sont pas des plus simples en terme de prise en mains, il faut réellement travailler le rythme, la connaissance des points faibles de chacun des ennemis, et agir en fonction. Ajoutons des subtilités, comme l’attaque en duo (qui peut elle aussi se charger), ou encore la consommation d’objet notamment pour se soigner, et l’on obtient un système certes parfois difficile à maitriser mais très original.

Un trip poétique, artistiquement soigné, et sans game over

image gameplay haven

Si vous sortez d’une énième crise de nerfs provoquée par le remake de Demon’s Souls, alors Haven vous proposera un véritable havre de paix. Ici, le challenge n’est pas punitif, du tout : perdre en combat vous téléporte vers le nid, il n’existe pas de game over. Tout l’intérêt du voyage ne se trouve absolument pas dans le challenge qui s’en dégage, mais dans le cheminement. Cela ne signifie as que vous n’aurez pas l’occasion de souffler devant certains éléments, comme la redondance (recherchée) des voyages vers les îlots les plus éloignés. Rassurez-vous d’ailleurs, il existe un moyen d’y couper court grâce à une sorte de raie manta de l’espace, mais uniquement contre un plat préparé. D’ailleurs, le couple doit évidemment se substanter en cuisinant à l’aide des différents ingrédients dénichés sur le terrain. La cuisine est importante, et elle permet aussi d’animer les phases dans le nid, où le joueur gagne le statut de voyeur : on y suit la vie de couple jusque sous la douche, et c’est particulièrement réussit. Surtout que ces instants (ainsi que les combats, mais à moindre niveau) nous accordent des points qui remplissent une jauge d’expérience, laquelle débloque des récompenses comme de nouvelles capacités.

Si vous avez peur pour la durée de vie, rassurez-vous : elle se fait tout de même assez costaude avec une bonne dizaine d’heures de jeu. Haven est une expérience généreuse (entièrement jouable en coopération), et on la termine avec le sentiment du devoir accompli. Formellement, le soft de The Game Bakers nous divise : on est tout autant tombé raide dingue devant la direction artistique, que gêné par une technique pas toujours au point. La PlayStation 5 et son SSD n’aura donc pas suffit à la disparition totale des temps de chargement, présents à chaque changement d’îlot. Aussi, on a remarqué quelques bugs de collision, et un framerate un chouïa défaillant dans la dernière ligne droite. Ajoutons que le retour haptique de la Dual Sense n’est pas spécialement exploité, dommage car on aurait apprécié sentir l’herbe ou l’eau sous les boots. La direction artistique, elle, se fait impressionnante. La très colorée Source réserve bien des panoramas subjuguants, et l’ensemble se fait lyrique au possible. Quant aux musiques, toutes composées par Danger, elles s’inscrivent dans un électro soulignant le rythme de l’aventure. Enfin, impossible de terminer ce test sans adresser nos félicitations aux acteurs qui ont doublé Kay et Yu : leur justesse participe grandement au bon résultat.

Note : 15/20

Haven vous propose un voyage à l’autre bout de la galaxie, dans une science fiction intimiste du plus bel effet. Vous qui vous apprêtez à découvrir cet univers attachant, lyrique à l’occasion, apprêtez-vous à mettre de côté la notion de challenge. Il faudra aussi digérer quelques imperfections techniques, et une certaine répétition dans certains aspects de l’exploration. Mais le destin de ce couple, l’univers qui les entoure, les bonnes idées comme le système de combat, ou encore les bonnes sensations dans les déplacements, font que l’on ne peut que conseiller de vous intéresser à cette expérience.

Auteur

  • Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015. Manque clairement de sommeil.

7/10

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