[Test] Dry Drowning : un visual novel parfois maladroit mais volontaire

Caractéristiques

    • Nintendo Switch
    • Xbox One
    • PC
  • Développeur : Studio V
  • Editeur : VLG Publishing
  • Date de sortie : 22 février 2021
  • Acheter : Cliquez ici

Avec Dry Drowning, l’Occident s’essaie au Visual novel

image test dry drowning

Le Visual novel, on connait bien chez Culturellement Vôtre. Cela fait maintenant quelques années que nous abordons ce genre venu du Japon, toujours de niche à l’heure actuelle malgré le succès de quelques uns de ses meilleurs représentants. Avec la percée opérée par d’excellentes séries comme Danganronpa, Ace Attorney, Le Sanglot des Cigales ou Steins;Gate, le genre s’est tout de même offert une certaine base de fans, ce qui justifie un certain intérêt de la part de studios occidentaux. Avec Dry Drowning, ce sont les italiens de Studio V (édité par VLG Publishing) qui tente leur chance. Et le résultat, s’il n’évite pas quelques maladresses, se révèle assez intéressant pour qu’on s’y attarde.

Pour réussir un bon Visual novel, il faut solidifier deux piliers : l’écriture (histoire, personnages, background), et l’impression d’agir sur les événements. Attardons-nous d’abord sur le premier, en précisant de suite que l’on va éviter tout risque de dévoiler trop d’éléments. Le contexte de Dry Drowning prend place dans un futur plus ou moins éloigné, et surtout hyper référentiel. On a du Seven par-ci, avec cette ville constamment en proie à la pluie battante, du Blade Runner pour le détective du futur. On incarne donc Mordred, un privé en pleine déchéance depuis qu’il a totalement foiré une enquête, envoyant à la sentence mortelle deux innocents. La population ne lui pardonne pas car, pendant ce temps, le tueur en série qu’il recherchait, l’ignoble Pandora, est toujours en liberté. Et il va refaire parler de lui.

Vous la sentez débarquer, l’histoire de rédemption par le biais d’une enquête salvatrice ? Oui, cela sonne très film noir, et ce n’est pas dans notre webzine qu’on va s’en plaindre : les codes fonctionnent bien, ajoutent beaucoup de piment à la narration. Jusqu’ici, tout va bien, mais c’est après qu’on va voir venir tout un tas de thèmes vus, revus, et re-revus ces derniers temps. Le détective partage son quotidien professionnelle avec Héra, une immigré grecque, alors que son nouveau client n’est autre que le chef d’un parti politique extrémiste. Ajoutons aussi un peu de féminisme convenu avec quelques répliques poussives autour de Freya, policière dure à cuire qui aurait pu s’éviter un caractère aussi lourd. On a vraiment envie d’apprécier le récit conté par Dry Drowning, d’ailleurs on y parvient bien plus d’une fois, quand le scénario arrête de vouloir nous jouer la corde de la leçon de morale.

Un univers séduisant, malgré des thématiques peu originales

image gameplay dry drowning

Et dans ces moments de grâce, Dry Drowning est vraiment plaisant. Car Studio V a bien retenu les leçons des meilleurs Visual novels, et plus particulièrement celles d’Ace Attorney. On a donc quelques vraies phases de gameplay, il n’est pas seulement question de lire et de choisir. Il est nécessaire d’enquêter, de compiler des informations, le tout dans votre application AquaOS. D’ailleurs, cette dernière est très bien traitée, a même son importance dans le récit. Une très bonne chose qui, ici, pose des questions intéressantes quant à notre rapport à la technologie, à nos données. Bref, ces moments d’enquête permettent ensuite de mener des interrogatoires, et les témoins ne sont pas toujours loquaces. Heureusement, Mordred est atteint d’une particularité : on ne la lui fait pas et il peut déceler le menteur. Auquel cas, le vil personnage est recouvert d’un masque mental, et nos questions visent à les faire retirer. Oui, on est très proche de ce qu’on trouve dans le tribunal de Phoenix Wright, et entre nous c’est une bonne chose.

L’ambiance très science fiction est idéalement développée par les capacités de l’AquaOS, laquelle va pouvoir vous sortir de bien des traquenards. Et tout aussi intéressant : ces derniers peuvent avoir d’énormes conséquences sur l’histoire. Voilà une autre qualité de Dry Drowning : le jeu peut être radicalement différent d’une partie à l’autre. Il propose trois fins, ce qui est bien mais pas de l’ordre de l’inédit, cependant beaucoup d’actions peuvent différer l’aventure elle-même. Par exemple, un personnage très important peut mourir, et auquel cas tout son développement passe à la trappe. Dès lors, on peut parler d’une vraie rejouabilité, et c’est tant mieux. En effet, le cheminement n’est pas spécialement long pour qui pratique le Visual novel : entre six à sept heures sont nécessaires pour boucler une partie. Il faudra donc multiplier ça, heureusement, et l’on arrive aisément à une bonne vingtaine d’heures, du moins si vous d=ne zappez pas les dialogues lors des autres runs.

On a donc éprouvé pas mal de plaisir à parcourir Dry Drowning, malgré quelques réticences sur un ou deux thèmes abordés. Par contre, attention, il faut prévenir que les sous-titres sont uniquement disponibles en anglais. Le niveau demandé n’est pas très élevé, mais un Visual novel se fait par essence très écrit, du coup il faut tout de même s’attendre à une certaine fatigue si vous ne maitrisez pas la langue se Shakespeare. La direction artistique, quant à elle, culmine à bon niveau. On apprécie ces écrans certes fixes, mais très pertinents avec la tonalité très sombre de l’histoire. On est dans du glauque, du lugubre. Techniquement, il faut signaler que nous avons eu quelques soucis avec notre sauvegarde, qui a rebooté deux fois au cours de notre premier run. Ensuite, plus trace de ce souci… Enfin, il faut signaler une très bonne OST, qui joue un grand rôle dans la bonne tenue artistique du jeu.

Note : 14/20

Dans le genre du Visual novel, pas facile que de se faire une place au soleil. Si Dry Drowning n’évite pas quelques pièges purement occidentaux à cause de thèmes sociétaux trop prégnants, on doit tout de même souligner que, dans l’ensemble, on a été assez séduit. C’est un peu court, encore que la rejouabilité est bonne, mais le scénario et surtout l’ambiance proposent des moments vraiment surprenants. Dès lors, on pourra tout de même conseiller aux amateurs de Visual novels de s’y pencher à l’occasion.

Auteur

  • Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015. Manque clairement de sommeil.

7/10

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *