[Critique] La Brigade des 800 : Le Blockbuster du Soleil Levant

Caractéristiques

  • Titre original : Ba bai
  • Réalisateur(s) : Hu Guan
  • Avec : Zhi-Zhong Huang, Wu Jiang, Chun Du...
  • Distributeur : Lonesome Bear/The Jokers
  • Genre : Guerre, Drame
  • Pays : Chine
  • Durée : 149 minutes
  • Date de sortie : 16 Juin 2021 en VOD/ Achat Numérique et le 23 Juin 2021 en DVD et Blu-ray
  • Note : 7/10

Hollywood Made in China

Plus gros succès à sa sortie en Chine, La Brigade des 800 est devenu par la suite le champion de 2020 tous pays confondus, loin devant Tenet et autres Bad Boys.

Ce succès inattendu s’explique entre autres par l’immense progression du marché chinois en salles et la réaction moins timorée des exploitants asiatiques durant la période Covid.

Reprenant les codes de son modèle américain, l’Empire du Milieu semble bien décidé à nous donner sa version locale d’El Alamo.

En 1937, Shanghai est encerclé par l’armée japonaise. 800 soldats chinois retranchés dans un entrepôt vont mener le combat de leur vie pour bloquer l’avancée de l’envahisseur.

Batailles épiques, émotions et patriotisme au menu, la recette est bien connue.

Des nouvelles du front asiatique

image 1 la brigade des 800

La Brigade des 800 est un film chinois qui utilise toutes les ficelles du cinéma à grand spectacle américain. Le scénario ne recèle par conséquent pas de grande surprise, mais s’avère néanmoins bien rythmé et propose une narration qui tient en haleine durant les 2h20 de métrage.

En outre, cette “standardisation” du film lui permet de toucher un public au-delà des frontières chinoises, la lutte de ces soldats pour leur pays et leur honneur devenant ainsi universel et compréhensible par tous.

Cette volonté de s’ouvrir à l’histoire du monde se retrouve également dans le parallèle entre le Shangaï en guerre et la partie de la ville sous protectorat britannique où les gens continuent à vivre (presque) comme si de rien n’était.

Cette ambivalence entre les classes dirigeantes (chinoises et anglaises) observant à la lorgnette ceux qui meurent pour les protéger, résonne comme un sujet brûlant et toujours d’actualité

Un casting de 800 acteurs

image 2 la brigade des 800

Si, bien entendu, une bonne partie de la fameuse Brigade des 8OO n’a que peu voire pas de présence à l’écran et est réduite à de la simple chair à canon, il n’en reste pas moins vrai que le métrage propose de nombreux personnages, que ce soit du côté des soldats chinois ou des civils retranchés sur l’autre rive du fleuve.

Certains se démarquent bien évidemment plus que d’autres, mais tous possèdent une identité, même superficielle, renforçant ainsi le sentiment d’unité qui, si elle n’est pas toujours militaire, demeure pour le moins patriote. Finalement, seul le camp japonais est délaissé et n’existe à l’écran que par la présence du colonel adverse – heureusement plutôt honorable, ce qui évite le manichéisme.

Un univers d’ombres et de lumières

image 3 la brigade des 800

Le réalisateur Hu Guan parvient à proposer une mise en scène plutôt lisible et efficace à sa Brigade des 800 même si, là encore, nous restons davantage dans le classique plutôt que l’épique. Bien qu’essayant de constamment titiller nos émotions par des scènes fortes, il faut avouer que tout cela est souvent bien trop convenu pour faire mouche.

C’est davantage du côté de l’ambiance visuelle que Hu Guan tire son épingle du jeu. D’abord en proposant principalement des scènes de nuit pendant les deux premiers tiers du métrage, afin de montrer la différence entre le très éclairé protectorat britannique qui ressemble à un parc d’attraction, voire à un lupanar géant, et l’autre côté de la rive où se trouve le champ de bataille, véritable antichambre de l’enfer plongée dans les flammes et les ténèbres.

Les soldats contemplent les lumières et rêvent de les rejoindre car ce ne sont pas des machines sans peur, mais de simples mortels souvent faillibles. La ténacité et le courage dont ils feront preuve pour finalement affronter la mort agira comme un catalyseur sur leurs homologues civils.

Cette prise de conscience conduira le réalisateur à de plus en plus filmer de jour, afin de montrer que chacun est désormais uni et se soutient jusqu’à l’issue finale.

Déjà vu, mais à voir 

image 4 la brigade des 800

En conclusion, nous dirions que La Brigade des 800 est un métrage beaucoup trop consensuel mais dont le rythme et la réalisation permettent de le regarder sans déplaisir.

Cependant si vous connaissez la plupart des classiques de guerre américains, vous serez partagé entre l’hommage et le plagiat. Ce qui n’est sans doute pas totalement innocent, dans un contexte où la Chine, puissance montante, va plus ou moins volontairement tomber dans la propagande et l’impérialisme à l’écran dont le cinéma américain nous a lui-même jadis abreuvé.

Sans parti pris disons que c’est de bonne guerre et que cela n’a jamais empêché le cinéma de produire de bons films. La Brigade des 800 s’en tire pour l’instant plutôt bien.

Cet article a été écrit par , qui a publié 71 articles sur le site.

Depuis toujours, je perçois le cinéma, certes comme un art et un divertissement, mais aussi et surtout comme une porte vers l'imaginaire et la création. On pourrait dire en ce sens que je partage la vision qu'en avait Georges Méliès. Avec le temps, de nombreux genres ont émergé, souvent représentatifs de leurs époques respectives et les bons films comme les mauvais deviennent ainsi les témoins de nos rêves, nos craintes ou nos désirs. J'ai fait des études de lettres et occupé divers emplois qui jamais ne m'ont éloigné de ma passion. Actuellement, sous le pseudonyme de Mark Wayne (en hommage à l'acteur John Wayne et au personnage de fiction Bruce Wayne alias Batman), je rédige des critiques pour le site "Culturellement Vôtre" par pur plaisir de cinéphile. Très exigeant dans ma notation des films, en particulier concernant le scénario car c'est la base sur lequel aucun bon film ne peut émerger s'il est bancal ou pour le moins en contradiction avec son sujet. Je conserve une certaine nostalgie d'une époque qui me semble (pour l'instant) révolue où le cinéma ne se faisait pas à base de remakes, intrigues photocopiées et bien-pensance. Néanmoins, rien n'entame mon amour du cinéma, et chaque film que je regarde me le rappelle, car bons ou mauvais, ils restent le reflet de notre époque.

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