[Comédie Musicale] Les Producteurs : Une adaptation joyeuse du musical de Mel Brooks

image affiche les producteurs Première représentation : 21 Novembre 2021

Mise en scène : Alexis Michalik

Lieu : Théâtre de Paris, 15 rue Blanche, Paris

Société de production : Stage Entertainment France

Comédiens : Serge Postigo, Benoit Cauder, David Eguren, Andy Cocq, Regis Vallée, Roxane Le Texier…

Durée : 2 heures

Une comédie musicale divertissante et irrévérencieuse

On n’arrête plus Alexis Michalik. Après avoir conquis les salles de théâtre avec ses pièces qui se jouent toujours à guichets fermés (Edmond aux 5 Molières, Le Cercle des Illusionnistes, Le Porteur d’histoire…), réalisé un film (Edmond) et écrit un roman (Loin), le voici aux commandes de la première adaptation française des Producteurs, comédie musicale aux 12 Tony Awards de Mel Brooks et Thomas Meehan, elle-même adaptée du film culte Les Producteurs (1968), ayant reçu l’Oscar du meilleur scénario original.

Sur les planches du Théâtre de Paris, le dramaturge nous présente Max Bialystock, producteur sans scrupules, autrefois célèbre et adulé, et sombrant aujourd’hui dans l’oubli et la faillite. Max fait la connaissance de Leo Bloom, expert comptable névrosé et malheureux dans son travail, dont le rêve est de devenir producteur à Broadway. Ces deux êtres que tout oppose vont décider de s’associer pour monter une arnaque : mettre en scène un spectacle conçu pour faire un flop et détourner une belle somme d’argent. Ils jettent leur dévolu sur une pièce totalement inconnue et résolument nazie : Des fleurs pour Hitler.

Durant les deux heures du spectacle, on suivra alors les deux acolytes, à la manière d’un buddy movie, depuis les péripéties du recrutement jusqu’à la mise en scène finale de cette comédie musicale à la gloire du Führer.
Avec le choix de ce sujet très polémique, le ton est donné : la pièce ne sera pas politiquement correcte et elle proposera un humour souvent irrévérencieux.

Mel Brooks n’hésite pas à choquer en montrant un producteur prêt à tout pour parvenir à ses fins, même à accorder ses faveurs à de nombreuses mécènes très âgées et lubriques. On croise dans ce vaudeville une galerie de personnages fantaisistes et hauts en couleurs : un auteur faisant l’apologie du Troisième Reich, un metteur en scène gay fan de travestissement, une actrice suédoise prête à tout pour percer…

Malgré un côté très outrancier, le spectacle fait beaucoup rire et assume totalement son parti pris caricatural, notamment dans une scène mémorable de claquettes exécutées par un Hitler en costume à paillettes !

Une musique entraînante, jazzy et joyeuse

Michalik accorde une place importante aux musiciens de son spectacle : ce sont eux qui ouvrent le bal, alors même que les lumières de la salle ne sont pas éteintes et que les spectateurs s’installent encore, en s’échauffant sur du Gershwin. Sur scène, un piano, bientôt rejoint par une clarinette, un saxophone et un trombone.
Ces musiciens quittent ensuite les planches, mais restent bien visibles dans les loges de part et d’autre du plateau, ainsi que dans quelques écrans, placés stratégiquement sur les balcons de la salle, qui diffusent des images du pianiste chef d’orchestre.

La musique est donc interprétée en direct, ce qui participe à la spontanéité et au dynamisme du spectacle.
Elle nous plonge dans l’ambiance des cabarets New-Yorkais des années 50, avec ses sonorités jazzy et ses rythmes entêtants. Pour l’accompagner, des artistes très investis qui exécutent des chorégraphies survoltées et dansent les claquettes à la perfection. Seul bémol peut-être : le manque de mélodies vraiment mémorables, à l’exception de la chanson « On peut le faire », interprétée à plusieurs reprises par Max et Leo.

Un spectacle à la mise en scène virtuose

image article alexis michalik les producteurs
On pouvait se demander, avant de voir le spectacle, s’il serait possible de reconnaître le style de Michalik à travers cette comédie musicale qu’il n’a pas lui-même écrite. La réponse est sans conteste oui. Le maître mot du dramaturge est « le rythme avant tout », et il faut reconnaître qu’il maîtrise à la perfection l’art de la transition : chaque élément de décor est réutilisable, escamotable et déplacé par les comédiens eux-mêmes. Les changements de scènes sont donc menés à un rythme effréné, ce qui confère au spectacle un dynamisme et une fluidité remarquables.

Les comédiens interprètent plusieurs rôles, comme dans la plupart des spectacles de Michalik, et ils sont ici doublement mis à contribution puisqu’ils changent de costumes, chantent et dansent avec talent sans le moindre temps mort.

Le spectacle est joyeux, énergique et virevoltant, et permet au metteur en scène de s’amuser avec l’un de ses thèmes de prédilection : la mise en abyme du théâtre. En suivant les péripéties de Max et Leo, il nous montre l’envers du décor de la création d’une pièce : l’achat des droits d’auteur, la recherche du metteur en scène, du chorégraphe, des comédiens, les répétitions, et pour finir la grande première, dont nous devenons le véritable public.

La comédie musicale Les Producteurs confirme donc encore une fois le talent d’Alexis Michalik, même lorsqu’il s’agit de monter un spectacle dont il n’est pas l’auteur. Sa mise en scène virtuose et joyeuse parvient à compenser un texte parfois un peu trop caricatural et délivre un show de qualité dont on sortira des paillettes plein les yeux et avec une folle envie de se mettre aux claquettes !


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7/10

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