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[Critique] La Tour : un film de genre français original mais inégal

Caractéristiques

  • Titre : La Tour
  • Réalisateur(s) : Guillaume Nicloux
  • Scénariste(s) : Guillaume Nicloux
  • Avec : Angèle Mac, Hatik, Lina-Camélia Lumbroso, Ahmed Abdel Laoui, Kylian Larmonie et Marie Rémond.
  • Distributeur : Wild Bunch Distribution
  • Genre : Drame, Fantastique, Epouvante-horreur
  • Pays : France
  • Durée : 89 minutes
  • Date de sortie : 8 février 2023
  • Acheter ou réserver des places : Cliquez ici
  • Note du critique : 6/10

Un thriller horrifique angoissant…

Si le cinéma français met régulièrement à l’honneur le drame social et utilise souvent la banlieue comme cadre de son action, il est beaucoup moins fréquent d’y voir représentée une intrigue fantastique et horrifique. C’est pourtant ce que propose Guillaume Nicloux (Une affaire privée) avec son film La Tour, présenté au festival de Deauville et en compétition au Festival international du film fantastique de Gérardmer 2023. En s’inspirant du traumatisme collectif qu’a représenté le confinement lors de l’épidémie de Covid-19 et avec une dimension apocalyptique assumée, le réalisateur nous propose de traiter de la peur infantile du noir et de l’enfermement. Dans son long-métrage, les habitants d’une tour se réveillent un matin pour découvrir qu’une étrange matière opaque, proche du brouillard, obstrue la totalité des portes et des fenêtres et dévore tout objet tentant de la traverser. Enfermés dans cet espace restreint et sans aucune information venant de l’extérieur, les résidents vont tenter de s’organiser pour survivre…

Dès les premières minutes, très efficaces, le long-métrage annonce clairement ses intentions : nous faire suivre, à la manière d’un film choral, les péripéties vécues par plusieurs groupes de personnages habitant à différents étages de la tour, avec un crescendo de violence continu. L’élément fantastique est rapidement mis de côté et ne sera jamais expliqué, le réalisateur ne s’embarrassant pas d’effets spéciaux impressionnants. Les quelques plans horrifiques du film prêtent d’ailleurs à sourire tant ils semblent factices. Seules subsistent la tension et l’angoisse générées par le trou noir dévoreur de vie.

Dans ce huis clos où aucune échappatoire n’est possible, Guillaume Nicloux joue avec la perte de repères, le déclin progressif des lumières et l’atmosphère lugubre et poisseuse. On saluera à ce propos le travail du directeur de la photographie, Christophe Offenstein, du chef décorateur Olivier Radot et de la cheffe costumière Anaïs Roman. La bande-son convaincante du compositeur canadien Tim Hecker, auteur d’une dizaine d’albums solos et d’autant de collaborations avec différents artistes, achève de donner au long-métrage une dimension mystérieuse et hypnotique.

…mais un rythme inégal et un scénario pas toujours crédible

image hatik la tour
Copyright Wild Bunch

Si le concept de départ est alléchant et les acteurs (Angèle Mac, Hatik, Ahmed Abdel Laoui) plutôt investis, La Tour souffre cependant d’un certain manque de crédibilité. En effet, l’on peine à croire que l’électricité et l’eau potable puissent subsister aussi longtemps dans cet espace coupé du monde. Le temps s’étire de manière maladroite et l’usage récurrent de l’ellipse, avec un fondu au noir brutal et peu harmonieux, entraîne des raccourcis scénaristiques préjudiciables à l’intrigue et à sa vraisemblance.

Le rythme du film est également assez inégal. La première demi-heure, très percutante, joue habilement avec un paradoxe pertinent : bien que prisonniers de cette tour sans issue, les personnages sont toujours en mouvement, donnant lieu à quelques plans séquences dans les cages d’escalier particulièrement réussis. Cependant, le concept s’essouffle rapidement dans la deuxième moitié du long-métrage, et l’on peine à suivre ce qui arrive aux différents personnages et à s’y intéresser jusqu’au bout. Même s’il est compréhensible que le pessimisme croissant se prête à un ralentissement du tempo, le film en pâtit grandement et semble trop long et décousu, alors qu’il ne dure qu’1h30.

Enfin, la volonté de Guillaume Nicloux d’ancrer fortement son film dans le réel est à la fois ce qui fait la force et la faiblesse du projet. Ainsi, en plaçant l’action dans une cité cosmopolite, il choisit une réalité sociale et un décor très spécifiques. La tour qu’il a totalement réinvestie pour le tournage est, en effet, un bâtiment en attente de réaménagement à Aubervilliers, et ses couloirs délabrés et résonnants sont le lieu parfait pour la réalisation de sa dystopie. Toutefois, ils rendent d’autant plus grotesques, en contraste, les effets spéciaux liés aux événements fantastiques du film, et entraînent une incrédulité d’autant plus forte face à certaines faiblesses d’écriture.

Une intéressante étude comportementale de l’être humain

image jules houplain la tour
Copyright Wild Bunch

A travers son long-métrage, c’est une véritable expérimentation sociale que le réalisateur nous propose. Tels des cobayes dans une cage, il enferme ses personnages et les oblige à trouver des solutions de survie, parfois de manière extrêmement brutale et sauvage. Les résidents sont contraints de recourir au troc, aux transactions plus ou moins légales et parfois au crime pour assurer l’autonomie de leur micro-société. Cette nécessité vitale entraîne un questionnement intéressant sur la solidarité, l’entraide et le partage, alors que l’on assiste à une déshumanisation progressive des protagonistes. Guillaume Nicloux livre une vision particulièrement pessimiste de l’individu, qui devient violent par lâcheté et impuissance et se départit de toute morale.

Dans cette cité où tout le monde se connaît, la menace extérieure ravive le repli sur soi. Les résidents se livrent une guerre de territoires inédite dans cette tour au cadre initialement fixe, mais qui devient de plus en plus mouvant pour s’adapter aux besoins de chacun. Des clans se forment par classe sociale, par affinités, mais surtout par couleur de peau, et l’on assiste à un repli communautaire immédiat et effrayant. Le propos aurait d’ailleurs gagné à être légèrement nuancé, tant il peut par instants sonner trop radical ou réducteur.

Alors que la tour se transforme en un véritable laboratoire de l’âme humaine, la finalité de cette survie à tout prix pose question. A quoi bon continuer de lutter si le monde extérieur a inéluctablement disparu, si les ressources ne peuvent que se tarir et si les liens humains se délitent toujours plus ? Bien que Guillaume Nicloux propose quelques pistes à travers la quête de certains personnages, on pourra lui reprocher de ne pas cibler suffisamment le véritable enjeu de sa dystopie : pourquoi continuer de se battre quand il n’y a plus le moindre espoir ?

La Tour est donc un film intéressant mais inégal, qui choisit un thème passionnant et un cadre original, mais piétine un peu dans la concrétisation de son propos. S’il manque parfois de rythme et de nuances, le long-métrage de Guillaume Nicloux n’en est pas moins un divertissement intriguant, oppressant et pessimiste sur la nature humaine et les dangers du repli communautaire.

Article écrit par

Lorsqu’elle n’enseigne pas l’italien, Lucia Piciullina aime discuter de sa passion pour le cinéma, le théâtre et les comédies musicales. Spécialisée en littérature young adult et grande amatrice de polars et thrillers, elle rejoint Culturellement Vôtre en février 2020 pour y partager ses avis lecture et sorties culturelles.

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