[Critique] Sur un air de blues : Quelque chose de Tennessee

Caractéristiques

  • Titre : Sur un air de blues
  • Titre original : Song Sung Blue
  • Réalisateur(s) : Craig Brewer
  • Scénariste(s) : Craig Brewer, d'après le documentaire de Greg Kohs
  • Avec : Hugh Jackman, Kate Hudson, King Princess, Ella Anderson, Hudson Hensley, Michael Imperioli, Jim Belushi...
  • Distributeur : Universal Pictures International France
  • Genre : Biopic, Musique
  • Pays : Etats-Unis
  • Durée : 2h13
  • Date de sortie : 31 décembre 2025
  • Acheter ou réserver des places : Cliquez ici
  • Note du critique : 7/10

Septième long-métrage du réalisateur américain Craig Brewer (Un prince à New York 2, Footloose), Sur un air de blues raconte (avec quelques libertés) l’histoire vraie de Mike et Claire Sardina, un couple de chanteurs connus pour leurs reprises vibrantes et incarnées des légendes du blues et de la country Neil Diamond et Patsy Cline. Et offre de très beaux rôles à Hugh Jackman et Kate Hudson.

Les deux artistes, qui possédaient tous deux leurs difficultés, se rencontrent dans les années 90 et commencent à se produire ensemble sur la scène locale de Milwaukee dans le Wisconsin sous le nom de Thunder & Lightning (le tonnerre et la foudre). Malgré les galères et difficultés du quotidien, ils persévèrent et deviennent de véritables figures locales. Leur premier moment de gloire interviendra en 1995, lorsque le groupe de rock Pearl Jam les invite à assurer la première partie de leur concert lors d’un festival. Ancien vétéran du Vietnam et alcoolique, Mike Sardina décède en 2006 d’une hémorragie cérébrale après s’être blessé à la tête. Bref, une histoire de passion, courage et persévérance, avec son lot de joies et de tragédie, qui avait tous les attributs d’un bon film musical comme le cinéma américain les aime.

Craig Brewer, qui avait découvert leur histoire dans un documentaire indépendant en 2008 (également intitulé Song Sung Blue), a fait appel à Hugh Jackman et Kate Hudson pour incarner le couple, et à la chanteuse de hip hop King Princess pour incarner la fille de Mike. Le résultat ? Un film classique, mais aussi touchant que sincère, qui donne à ses deux stars l’un de leurs plus beaux rôles de mémoire récente.

Lightning & Thunder : l’amour de la musique envers et contre tout

Sur un air de blues montre comment ses héros parviennent à dépasser le fossé séparant leurs rêves d’une réalité peu reluisante grâce à leur passion et leur capacité à puiser en elle pour surmonter les obstacles. Ce qu’illustrent parfaitement les premiers plans du film. Pendant plusieurs minutes, nous assistons à un discours de Mike Sardina face caméra en très gros plan. Celui-ci confie se produire modestement dans des bars avec son groupe avec la même force de conviction (et le même charisme) que s’il s’agissait d’un célèbre crooner, à tel point que nous nous demandons à qui il s’adresse : au public de l’un de ses spectacles ? A un journaliste venu l’interviewer ? Le plan moyen qui suit immédiatement après nous détrompe : Mike Sardina se tient face à son groupe de parole des Alcooliques Anonymes et il raconte à ses compagnons d’infortune comment la musique l’a soutenu dans son combat contre l’alcool et permit de rester sobre ces 20 dernières années avant d’enchaîner sur une performance voix-guitare qui donne lieu à un montage alterné où nous assistons à différentes tranches de vie de son quotidien, toutes solitaires. Cette présentation, à la fois simple et efficace, fait mouche et permet de poser tout de suite le personnage.

Le film nous plonge ensuite dans le milieu particulier des imitateurs professionnels locaux de stars du rock et de la country dans les années 90. Ces artistes se produisent principalement dans des bars ou lors de croisières, grimés et costumés, pour reprendre les plus grands tubes des légendes telles que Elvis Presley, Tina Turner… et bien d’autres artistes de légende, parfois peu connus en France. Mike et Claire font partie de ces artistes qui travaillent beaucoup et galèrent pour trouver des cachets, qui en ont parfois marre de devoir interpréter pour la centième fois le même tube que tout le monde connaît plutôt que des morceaux moins connus du répertoire des artistes qu’ils reprennent. Mu par la passion, Mike a du mal à se couler dans le moule du milieu et à faire ce qu’on lui demande. Il trouvera dans Claire, spécialiste des reprises de Patsy Cline – chanteuse country légendaire en Amérique, interprète du tube « I Fall to Pieces » notamment, qui connut un destin tragique – à la fois l’acolyte idéale pour réaliser son projet de tribute band, mais aussi un véritable alter ego et âme sœur.

kate hudson hugh jackman king princess et ella anderson dans le film sur un air de blues de craig brewer

Kate Hudson et Hugh Jackman : une alchimie qui crève l’écran

Dès les premières minutes, l’alchimie entre Hugh Jackman et Kate Hudson est évidente, de sorte qu’on croit immédiatement, non seulement à leurs personnages, mais à leur histoire d’amour, touchante d’un bout à l’autre. Les acteurs font leur âge (et l’âge de leurs personnages, bien sûr) et cela fait du bien de voir des corps et des visages normaux dans un film hollywoodien. Ici, cela participe clairement à la véracité du récit, Mike et Claire n’évoluant pas dans un milieu protégé et étant chacun confronté à des situations, matérielles et psychologiques, parfois très difficiles. Lorsqu’ils se rencontrent, tous deux sont parents célibataires avec des problèmes d’argent. Mike est alcoolique, tandis que Claire, qui prend parfois des médicaments et vivra de rudes événements au cours du film, soigne une dépression sous-jacente (et un probable trouble bipolaire) en mettant toute son énergie et une joie solaire dans la musique. Tous deux sont beaux et charismatiques, mais ils n’apparaissent pas pour autant comme des figures idéalisées, ce qui contribue à les rendre touchants.

Il faut voir Hugh Jackman, peu de temps après sa rencontre avec le personnage incarné par Kate Hudson, répéter une chanson de Neil Diamond dans sa chambre, en slip, face à un vinyle de l’artiste et à une photo de celle qui deviendra Thunder. L’acteur ne se prend pas au sérieux et cela fonctionne très bien car le personnage apparaît à la fois pleinement investi, drôle et touchant jusque dans la maladresse de ce corps plus vraiment jeune qui n’est pas au mieux de sa forme à ce moment-là.

Les deux savent également donner joliment de la voix, ce qui contribue là aussi à rendre leurs performances crédibles. Jackman l’avait déjà prouvé dans la comédie musicale The Greatest Showman en 2018, tandis que Kate Hudson, qui s’est fait connaître avec son rôle de groupie dans le film Presque célèbre de Cameron Crowe et chanté dans Nine de Rob Marshall, a sorti en 2024 son premier album studio, hommage nostalgique vibrant et inspiré au pop-rock des années 80-90, Glorious.

Une structure classique et balisée, mais qui fonctionne

Du point de vue de la structure du récit, Sur un air de blues suit un schéma classique, typique des films du genre qui se déroulent dans le milieu de la musique (qu’il s’agisse de biopics ou non). En gros, il s’agit du classique découpage en trois actes montrant les héros passer de la misère à la gloire avant la chute inévitable, puis la résurrection (retour gagnant) menant à la victoire finale, que le film débouche sur un happy end ou une mort tragique mais vue comme glorieuse à sa manière.

Le métrage de Craig Brewer reprend également différents tropes typiques du genre, que nous vous laisserons le soin de découvrir par vous-mêmes. Nous dirons seulement ici qu’ils sont assez bien employés et fonctionnent car les personnages sont bien développés, très bien incarnés et que l’écriture est globalement qualitative, ce qui permet de faire passer les plus grosses ficelles du récit – l’histoire du couple ayant été remaniée à certains égards pour gagner en efficacité. Clairement, une vingtaine de minutes avant la fin, on sait où le film va nous mener et comment il va s’achever. Cela en devient programmatique mais est clairement assumé par le scénario, qui ne cherche en aucun cas à nous prendre par surprise ou à jouer sur un faux suspense à partir de ce moment-là. Donc on reste sur une note positive au final et on peut se laisser toucher par le film sans se sentir « piégés » ou « manipulés ».

Par ailleurs, Sur un air de blues s’adresse clairement aux amateurs de films du genre, qui savent ce qu’ils viennent chercher… Ceux-là y trouveront leur compte et même davantage que les exemples tout juste « moyens » en la matière car le tout a été fait avec beaucoup de cœur et de conviction, et de l’humilité. Ceux qui ne sont pas familiers de la country, du blues (et plus particulièrement du répertoire de Neil Diamond) ou de ce genre de film particulier qui compte Une étoile est née ou Walk the Line parmi les exemples les plus célèbres, pourront quant à eux se laisser facilement conquérir car l’histoire que raconte le film est universelle.

Craig Brewer opte pour une réalisation intimiste, somme toute assez classique, mais qui a plus de caractère que bien des productions du genre, sans jamais jouer sur l’esbrouffe. La simplicité, l’authenticité et la justesse sont toujours de mise. Il s’agit de représenter à la fois le quotidien des personnages, mais aussi leurs rêves, leur sensibilité alors qu’ils luttent pour atteindre leurs objectifs. Le réalisateur s’offre quelques touches de fantaisie de-ci de-là, mais privilégie avant tout l’émotion, sans jamais aller trop loin, visuellement parlant. A l’image, on ressent une tension constante entre un environnement quotidien peu glamour et les rêves des personnages. Leur amour, quant à lui, apporte de la chaleur à l’ensemble. Autant de choses qui transparaissent dans les choix de mise en scène et de direction artistique, apportant une certaine élégance à l’œuvre.

Le film s’achève sur un message positif autour du fait de faire chaque jour de son mieux malgré les épreuves de la vie, mais aussi de faire preuve de bienveillance et de volonté pour rendre le monde meilleur. Un message qui est au cœur de la musique country comme du blues, et qui permet d’aller au-delà des clivages politiques souvent rattachés au genre. En ce sens, cette fin apporte aussi une certaine couleur actuelle au film, comme un message adressé à notre époque depuis les années 90, une invitation à ne pas se décourager ni à se retourner les uns contre les autres. Ce que confirme d’ailleurs Craig Brewer dans sa note d’intention : « On a besoin de voir de vraies gens triompher de l’adversité, pas seulement des super-héros affublés de capes. J’ai besoin de croire que malgré tous les problèmes qui accablent l’Amérique, un rêve américain est toujours possible. » Une approche à laquelle on pourra adhérer ou non, mais qui est assumée sans la moindre ambiguïté. Sur un air de blues représente en tout cas un bel hommage, non seulement à la musique de Neil Diamond, mais aussi à cette Amérique populaire (principalement blanche ici) qui ne saurait être réduite à « l’Amérique de Trump » et sera toujours plus grande que les clichés auxquels on l’a souvent rattachée.

Article écrit par

Cécile Desbrun est une auteure spécialisée dans la culture et plus particulièrement le cinéma, la musique, la littérature et les figures féminines au sein des œuvres de fiction. Elle crée Culturellement Vôtre en 2009 et participe à plusieurs publications en ligne au fil des ans. Spécialiste de la femme fatale dans l'œuvre de David Lynch, elle effectue également un travail de recherche approfondi sur les artistes américaines Tori Amos et Taylor Swift. Directrice de publication du site, elle en corrige également les articles, au-delà de leur validation.

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