Caractéristiques
- Titre : Rental Family - Dans la vie des autres
- Titre original : Rental Family
- Réalisateur(s) : Hikari
- Avec : Brendan Fraser, Mari Yamamoto, Takehiro Hira...
- Distributeur : The Walt Disney Company France
- Genre : Comédie, Drame
- Pays : Etats-Unis, Japon
- Durée : 110 minutes
- Date de sortie : 4 février 2026
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- Note du critique : 8/10 par 1 critique
Nouveau long-métrage co-écrit et réalisé par Hikari (37 Seconds), Rental Family – Dans la vie des autres ce déroule à Tokyo, de nos jours. Un acteur américain qui peine à trouver un sens à sa vie décroche un contrat pour le moins insolite : jouer le rôle de proches de substitution pour de parfaits inconnus, en travaillant pour une agence japonaise de « familles à louer ». En s’immisçant dans l’intimité de ses clients, il commence à tisser d’authentiques relations qui brouillent peu à peu les frontières entre son travail et la réalité. Confronté aux complexités morales de sa mission, il redécouvre progressivement un but, un sentiment d’appartenance et la beauté sereine des relations humaines…
Quand la location devient intime
Avec Rental Family, Hikari signe un film d’une grande délicatesse, qui aborde frontalement la solitude contemporaine tout en choisissant une voie étonnamment apaisée. Le point de départ — une société japonaise proposant de « louer » des acteurs pour jouer le rôle de proches absents ou simplement pour passer un moment avec quelqu’un afin de briser la solitude — aurait pu donner lieu à une réflexion sociologique appuyée, voire à une critique frontale d’un système révélateur d’un malaise collectif. Mais la réalisatrice opte au contraire pour une approche plus intime, presque feutrée, en recentrant son récit sur le parcours de Phillip (Brendan Fraser, aussi drôle qu’émouvant), un Américain installé à Tokyo depuis sept ans, qui reste toujours un étranger aux codes de cette société.
La structure du film repose sur une succession de rencontres, construites comme autant de vignettes indépendantes. Ce choix narratif a peut-être été perçu comme une limite, notamment dans l’exploration du concept lui-même, qui reste volontairement en arrière-plan. Pourtant, cette fragmentation trouve une véritable cohérence lorsqu’on la regarde à travers le prisme du personnage principal. Chaque rôle endossé par Phillip agit comme un révélateur de son passé ou de ses manques : sa relation avec un acteur connu (le génial Akira Emoto) en figure paternelle évoque celle, inachevée, avec son propre père, la relation avec une enfant (la jeune et émouvante Shannon Mahina Gorman) fait écho à l’absence de descendance, tandis que d’autres situations traduisent son besoin d’être utile, reconnu, simplement présent pour quelqu’un.

La solitude au cœur de Tokyo
En ce sens, le long-métrage raconte autant les histoires de ceux qui louent ces acteurs que ce que ces rôles disent de Phillip. Les personnages secondaires restent souvent esquissés, surtout ses collègues, parfois frustrants par leur brièveté, mais cette retenue participe aussi d’un point de vue assumé : le film épouse le regard d’un homme seul, qui traverse ces vies sans jamais totalement s’y ancrer. Le concept de la « famille louée » devient alors moins un sujet en soi qu’un dispositif narratif permettant d’explorer l’intime.
Ce cheminement personnel s’inscrit également dans une dimension culturelle forte. Phillip est un étranger au Japon, et le film adopte cette position intermédiaire, entre fascination et incompréhension. Le film parvient ainsi à montrer Tokyo sous deux visages complémentaires : celui, presque contemplatif, d’une ville lumineuse et accueillante, et celui, plus concret, d’un espace urbain parfois impersonnel, où l’isolement peut se faire plus pesant encore. Quand Phillip rentre chez lui, il n’a pas de télé : son écran est sa fenêtre et sa vision sur les autres. Cette double approche permet au spectateur occidental de mieux appréhender le contexte japonais sans jamais tomber dans l’exotisme facile.

Une mise en scène discrète au service de l’émotion
Sur le plan technique, le film se distingue par une grande sobriété. La mise en scène d’Hikari reste volontairement classique, refusant toute démonstration formelle excessive. Les cadres sont simples mais précis, les mouvements de caméra mesurés, et le montage privilégie la continuité émotionnelle, même lorsque certaines séquences montrent la rapidité d’une journée, sa répétition ou l’avancement du travail de Phillip. Cette approche pourra sembler trop sage à certains, mais elle s’inscrit pleinement dans le projet du film : laisser respirer les personnages.
La photographie participe à cette impression de douceur constante, alternant entre un Tokyo presque carte postale et des espaces plus ordinaires, plus réalistes. Rien ne cherche à impressionner, mais l’ensemble reste soigné et cohérent, offrant un écrin discret à cette chronique intime. Là encore, le film préfère l’émotion contenue à l’impact visuel. Le rythme est bon et on ne s’ennuie pas durant presque deux heures. Enfin, la musique de Jónsi et Alex Somers est aussi douce que le film : toujours discrète, elle accompagne parfaitement les moments d’émotion
Rental Family est avant tout un récit profondément humain, qui trouve sa force dans la simplicité de son regard et la sincérité de son émotion. Si le film peut laisser un léger goût d’inachevé dans l’exploration de son idée centrale ou dans le développement de ses personnages secondaires, il compense largement par la cohérence de son point de vue et la richesse de son personnage principal. Porté par une interprétation magnifique de Brendan Fraser et du reste du casting, et par une approche sensible de la solitude et du besoin d’appartenance, le long-métrage s’impose comme une parenthèse douce et réconfortante. Un film modeste mais touchant, qui agit comme un petit bol d’air émotionnel, et rappelle avec beaucoup de tendresse que, même provisoires, les liens que l’on tisse peuvent parfois suffire à nous réparer.




