Caractéristiques
- Titre : Hurlevent
- Titre original : Wuthering Heights
- Réalisateur(s) : Emerald Fennell
- Scénariste(s) : Emerald Fennell
- Avec : Margot Robbie, Jacob Elordi, Shazad Latif, Hong Chau et Alison Oliver.
- Distributeur : Warner Bros France
- Genre : Drame, Romance
- Pays : Grande-Bretagne, Etats-Unis
- Durée : 136 minutes
- Date de sortie : 11 février 2026
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- Note du critique : 3/10 par 1 critique
Nouveau long-métrage écrit et réalisé par Emerald Fennell (Saltburn, Promising Young Woman) et adaptation des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, Hurlevent est une histoire d’amour et de vengeance dans un paysage sauvage de l’Angleterre. Mr Earnshaw, père de Catherine, adopte Heathcliff qui tombe amoureux de Catherine tandis qu’une rivalité s’instaure entre lui et Edgar Linton.
Quand l’intensité se perd dans la superficialité
En choisissant de n’adapter que le premier volume du roman Les Hauts de Hurlevent, Emerald Fennell fait un pari risqué : réduire le roman d’Emily Brontë à la seule relation entre Catherine et Heathcliff, en amputant le récit de sa dimension cyclique, de sa violence générationnelle et de sa noirceur morale. Un choix qui, sur le papier, pouvait permettre un resserrement tragique et une immersion plus sensorielle dans cette passion destructrice. Mais, à l’écran, cette décision révèle surtout les limites d’une relecture qui confond intensité émotionnelle et superficialité, préférant l’effet immédiat à la profondeur tragique.
Le film adopte une structure classique en trois actes. La première partie, centrée sur l’arrivée d’Heathcliff chez les Earnshaw et sur l’enfance de Catherine et Heathcliff, est sans conteste la plus réussie. Le ton est juste, âpre, presque sauvage, et les jeunes interprètes — Charlotte Mellington et Owen Cooper — livrent des prestations remarquables de sincérité. Leur relation, faite de rudesse, de fusion instinctive et de cruauté latente, parvient enfin à faire ressentir quelque chose de la brutalité primitive du roman. C’est dans cette section que le film semble trouver une véritable identité, moins poseuse, plus organique.

La romance toxique vidée de son tragique
La seconde partie, consacrée à l’adolescence des personnages, marque une rupture nette. Là où la relation devrait gagner en complexité et en intensité tragique, elle s’effondre au contraire faute d’alchimie. Margot Robbie et Jacob Elordi ne fonctionnent jamais ensemble, et l’actrice livre ici la pire prestation de sa carrière, figée, monotone, incapable d’incarner les contradictions internes de Catherine — personnage pourtant central, tiraillé entre désir, orgueil et conformisme social. Jacob Elordi s’en sort légèrement mieux, mais reste enfermé dans un Heathcliff vidé de sa rage, de sa part monstrueuse et de son ambiguïté morale. Là où le roman dérange, le film lisse.
La troisième partie, axée sur le retour d’Heathcliff trois ans après le mariage de Catherine, devait être celle de la vengeance, de l’obsession et de la passion autodestructrice. Elle n’est finalement qu’une répétition de motifs creux, de scènes de sexe faussement sexy et de situations étirées. Le film se veut charnel, presque érotique, mais ne propose qu’une sensualité factice, constamment esthétisée, jamais dérangeante ni réellement incarnée. Cette approche finit par romantiser une relation toxique là où Brontë la présentait comme profondément malsaine et violente. Le tragique est évoqué, mais jamais ressenti.

Entre Classicisme et Modernité
Le problème central du film tient à cette indécision permanente. Emerald Fennell tente de conjuguer respect du récit classique et relecture contemporaine, sans jamais assumer pleinement l’un ou l’autre. Résultat : un film constamment coincé entre deux intentions, qui donne l’impression d’un geste d’autrice plus fasciné par l’esthétique et la provocation que par la cohérence dramatique. La thématique de la vengeance, pourtant essentielle dans le roman, est à peine esquissée. Le tragique passionnel est bien présent en surface, mais ne prend jamais corps émotionnellement.
Les choix d’adaptation interrogent également : la fusion des personnages de Mr Earnshaw et Hindley, censée simplifier le récit, appauvrit au contraire les rapports de domination et retire une dimension cruciale à la trajectoire de Heathcliff, en gommant une partie de la violence sociale et familiale qui le façonne. Plus problématique encore, si Fennell souhaitait réellement moderniser le récit, elle aurait dû assumer pleinement le caractère racisé de Heathcliff, élément fondamental du roman et moteur de la violence symbolique qu’il subit. Le choix d’un acteur blanc neutralise cette dimension et affaiblit considérablement la portée politique et sociale de l’histoire, réduite à une simple romance tragique décontextualisée.

Une mise en scène elle aussi indécise
Cette impression de “cul coincé entre deux chaises” se retrouve jusque dans la mise en scène. Les décors et costumes oscillent entre classicisme et modernité, dans un parti pris qui se veut audacieux mais s’avère souvent incohérent. Si certains tableaux fonctionnent, d’autres — comme la chambre de Catherine ou certaines tenues — apparaissent visuellement dissonants, renforçant l’impression d’un film qui ne sait jamais sur quel registre se poser. La direction de la photographie de Linus Sandgren constitue l’un des rares éléments réellement convaincants : les cadrages sont élégants, la lumière souvent superbe, et le film tient techniquement la route.
Mais le rythme, très irrégulier, finit par plomber l’ensemble, notamment dans une dernière partie trop longue et répétitive, où l’ennui s’installe durablement. Côté musique, le mélange entre la composition classique d’Anthony Willis et l’utilisation massive de chansons modernes de Charli XCX, écrites pour le film, illustre parfaitement les limites du projet. Loin d’enrichir l’expérience sensorielle, ce contraste empêche toute montée émotionnelle durable et renforce le sentiment d’un objet artificiel, plus soucieux de paraître moderne que de servir son récit.
En voulant faire de Hurlevent une expérience sensorielle et contemporaine, Emerald Fennell livre une adaptation tronquée, indécise et profondément creuse, qui trahit davantage l’esprit du roman qu’elle ne le réinvente. Malgré une première partie prometteuse et une tenue technique honorable, le film échoue à incarner la violence, la cruauté et la radicalité tragique de l’œuvre originale. Un objet parfois séduisant sur le plan formel, mais émotionnellement vide, qui réduit un monument littéraire à une romance faussement sulfureuse et dangereusement édulcorée.




