Caractéristiques
- Titre : The Grandmaster
- Titre original : Yi dai zong shi
- Réalisateur(s) : Wong Kar-Wai
- Avec : Tony Leung Chiu-Wai, Ziyi Zhang, Chen Chang, Zhang Jin, Yuen Woo-ping
- Editeur : The Jokers
- Date de sortie Blu-Ray : 16 juin 2026
- Date de sortie originale en salles : 17 avril 2013
- Durée : 123 minutes pour la version cinéma, 130 minutes pour la version director's cut
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- Note : 8/10 par 1 critique
Avant Propos
Avant de commencer ce test, il nous paraît important de distinguer les deux Blu-ray qui composent cette édition. Le disque consacré à la version cinéma reprend le master déjà utilisé pour l’édition Wild Side de 2013. Celui-ci présente les mêmes limites techniques, notamment des problèmes de compression déjà documentés. De nombreux tests de cette précédente édition sont d’ailleurs facilement consultables en ligne. La version longue est, quant à elle, présentée sur un master distinct de celui utilisé pour le Blu-ray Wild Side de 2013. C’est pourquoi nous avons choisi de concentrer notre analyse de l’image sur cette version inédite.
Image : 4,5/5
The Grandmaster (version longue) a été tourné en pellicule 35 mm (Arricam LT, Arricam ST et Arriflex 435 Xtreme), avec l’utilisation de caméras numériques Phantom Flex pour certains plans au ralenti. Le Blu-ray est présenté dans son format d’origine respecté de 2.35:1 et repose sur un master 2K. Le grain argentique se montre bien présent, fin, homogène et jamais figé. Il s’intensifie ponctuellement sur certains plans mais, sur ce master, nous avons également l’impression que quelques séquences ont bénéficié d’un très léger lissage, réduisant quelque peu la texture argentique. Les plans tournés en numérique, principalement les superbes ralentis, conservent quant à eux une excellente clarté et une belle précision. Aucun problème d’instabilité, de scintillement ou de défaut de compression notable n’est à signaler.
Comparée au Blu-ray HD de 2013, cette nouvelle version propose un léger gain en matière de définition. L’amélioration reste discrète et parfois à la limite du perceptible, mais l’image bénéficie d’un très léger supplément de netteté, permettant de mieux distinguer les détails des visages, des costumes et des décors. Le piqué se montre légèrement plus solide tandis que la profondeur de champ demeure parfaitement maîtrisée.
La colorimétrie profite également de quelques ajustements. Les couleurs apparaissent légèrement plus saturées tout en conservant les dominantes jaunes, ocres et dorées caractéristiques de la photographie de Philippe Le Sourd, ponctuées de séquences aux teintes bleutées ou grisâtres. Le principal progrès concerne toutefois les contrastes. Plus fermes qu’en 2013, ils offrent des noirs plus profonds et plus stables, corrigeant en partie l’une des principales faiblesses du précédent master. Si quelques noirs demeurent encore ponctuellement bouchés, l’amélioration reste évidente. Les scènes nocturnes ou faiblement éclairées gagnent ainsi en lisibilité, tandis que les blancs et les teintes de peau conservent un équilibre naturel.
Cette version longue propose donc une amélioration sensible par rapport au master de 2013. Certes, tout n’est pas encore parfait, mais nous préférons sans hésitation cette présentation, plus homogène et plus agréable à l’œil. Le débit moyen de l’image s’établit à 29,2 Mbps.
Son : 4/5
The Jokers (A Bittersweet Life, The Grudge : Ju-On) propose deux pistes DTS-HD Master Audio 5.1. Là encore, il convient de distinguer les deux montages.
La version longue ne propose que la version originale, sans piste française. Celle-ci se montre particulièrement puissante, avec une excellente répartition sur l’ensemble des canaux, une dynamique solide et une belle ampleur. Dès la scène d’ouverture, les impacts des coups, la pluie battante et les nombreux effets d’ambiance enveloppent immédiatement le spectateur. La spatialisation se révèle très convaincante, chaque canal étant pleinement sollicité lors des scènes d’action comme durant les séquences plus calmes. Les ambiances (foule, conversations en arrière-plan, pluie, vent, etc.) s’intègrent parfaitement au mixage, tandis que la musique trouve naturellement sa place sans masquer les dialogues, toujours parfaitement intelligibles. Le canal LFE intervient avec efficacité pour renforcer les impacts et apporter davantage de poids aux combats. Cette piste apparaît plus aboutie que celles de la version cinéma et offre une expérience sonore particulièrement immersive. Le débit moyen de la piste VO de la version longue atteint 4,2 Mbps, avec des pointes à 5,8 Mbps.
La version cinéma reprend quant à elle les pistes VO et VF déjà présentes sur l’édition Wild Side de 2013. Si elles demeurent de bonne qualité, elles apparaissent aujourd’hui moins puissantes, moins précises et légèrement moins immersives que la nouvelle piste de la version longue. Le mixage reste néanmoins bien équilibré, avec une bonne répartition des effets, des impacts de combat convaincants et des ambiances correctement restituées, même si l’ensemble manque parfois d’un peu de dynamique. Le caisson de basses intervient toujours de manière pertinente, mais avec moins d’impact que sur la version longue. La musique s’intègre harmonieusement au mixage, tandis que les dialogues demeurent parfaitement clairs en version originale. En version française, le niveau de volume du doublage apparaît légèrement plus élevé sans pour autant déséquilibrer l’ensemble. Les pistes VO et VF affichent un débit moyen d’environ 2 Mbps, avec des pointes à 3 Mbps.
Bonus : 3,5/5
- Entretien avec Gilles Ciment (36′)
- Interview inédite de Wong Kar wai par Yves Montmayeur (7′)
- Documentaire « Sur la route des grands maitres » (32′)
- Making-of (27′)
Nous commençons par l’entretien avec Gilles Ciment, critique de cinéma et fin connaisseur de Wong Kar-wai. Pendant plus d’une demi-heure, il revient sur la carrière du réalisateur, la genèse de The Grandmaster, le Wing Chun, le mélange des genres, la dimension romantique du récit, les conditions de tournage, le travail de l’équipe, la musique ainsi que les différentes versions du film et la suite de la carrière du cinéaste.
L’interview inédite de Wong Kar-wai menée par Yves Montmayeur permet ensuite au réalisateur d’évoquer l’origine du projet, les thèmes qu’il souhaitait développer, les différents styles de kung-fu, sa collaboration avec Yuen Woo-ping ainsi que sa vision de l’esprit des arts martiaux.
Le documentaire Sur la route des grands maîtres constitue sans doute le supplément le plus passionnant de cette édition. Il met en lumière l’impressionnant travail de préparation mené par Wong Kar-wai, à travers un véritable parcours de recherche quasi documentaire. Le réalisateur s’est plongé dans l’histoire d’Ip Man et des arts martiaux chinois afin de donner à son film une assise historique crédible. Cette démarche l’a conduit à rencontrer de nombreux maîtres de kung-fu issus de différentes écoles, recueillant témoignages, anecdotes et enseignements qui nourriront directement le projet. Le documentaire insiste également sur la préparation particulièrement exigeante des comédiens, dont l’entraînement intensif s’est parfois révélé extrêmement éprouvant.
Enfin, le making-of regroupe huit featurettes promotionnelles revenant sur différents aspects de la production, alternant images de tournage et interviews de l’équipe. Si certains propos font parfois doublon avec le documentaire précédent, l’ensemble demeure intéressant et relativement complet.
Conditions du test
- TV 4K UHD Sony Bravia KD49XF7077SAEP
- Lecteur Blu-ray Samsung 4K UHD UBD-M8500
- Ampli Yamaha 4K UHD YHT-1840
Synopsis
Chine, 1936. Désigné par le Grand Maître Baosen pour lui succéder à la tête de l’Ordre des Arts Martiaux, Ip Man, maître légendaire de Wing Chun (kung-fu), doit affronter un à un les plus grands maîtres du kung-fu. Tiraillé entre un amour impossible avec Gong-er, la fille du Grand Maître et l’occupation japonaise qui plonge le pays dans le chaos, Ip Man va forger pendant 20 ans, combat après combat, sa propre légende.
Le film
Avec The Grandmaster, Wong Kar-Wai ne cherche pas à livrer un simple film d’arts martiaux ni une biographie classique d’Ip Man. Le cinéaste transforme le destin de cette figure légendaire en une fresque élégiaque où les combats deviennent le prolongement des émotions et des regrets de ses personnages. Visuellement, le film est une véritable démonstration de savoir-faire. Chaque plan semble minutieusement composé, entre ralentis hypnotiques, jeux de lumière somptueux et scènes de combat chorégraphiées avec une précision remarquable. Wong Kar-Wai filme les affrontements comme des ballets, privilégiant la grâce et la poésie à la simple efficacité spectaculaire.
Au-delà de son esthétique fascinante, le long-métrage séduit par sa mélancolie constante. Le récit évoque le passage du temps, les occasions manquées et les sacrifices imposés par l’Histoire. Cette dimension romantique trouve un écho particulier dans la relation complexe entre Ip Man et Gong Er, incarnés avec beaucoup de retenue et d’élégance par Tony Leung et Zhang Ziyi. Si sa narration fragmentée peut parfois dérouter et laisser certains aspects du récit dans l’ombre, cette approche contribue aussi à son caractère singulier et envoûtant.
Somptueux, mélancolique et porté par une mise en scène d’une rare virtuosité, The Grandmaster s’impose comme une œuvre aussi contemplative que spectaculaire, dans laquelle Wong Kar-Wai sublime le film d’arts martiaux pour en faire une réflexion poignante sur le destin et le temps qui passe.

