Caractéristiques
- Titre : Garance
- Réalisateur(s) : Jeanne Herry
- Scénariste(s) : Jeanne Herry
- Avec : Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau, Sarajeanne Drillaud et Anne Suarez.
- Distributeur : StudioCanal
- Genre : Drame
- Pays : France, Belgique
- Durée : 115 minutes
- Date de sortie : 23 septembre 2026
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- Note du critique : 8/10 par 1 critique
Nouveau long-métrage écrit et réalisé par Jeanne Herry (Pupille, Je verrais toujours vos visages), Garance raconte l’histoire de Garance, une jeune actrice alcoolique. Nous la suivons durant huit ans dans un parcours fait de déménagements, de travail, de rencontres, de fêtes et d’angoisses, de joies et de coups durs… Mais aussi une révolution intime, amicale et sexuelle, un chaos aux allures de « grande récré » où se mêlent autant d’amour que de destruction
Une descente sans gueule de bois
Avec Garance, Jeanne Herry s’intéresse à l’alcoolisme à travers un personnage que rien ne semble, au premier abord, distinguer de n’importe quelle jeune femme de son âge. Garance est comédienne, elle travaille, sort, aime, fait la fête et entretient des relations avec son entourage. L’alcool est pourtant déjà là dès les premières minutes, mais le film fait le choix particulièrement pertinent de ne pas nous présenter immédiatement son héroïne comme une alcoolique. Au contraire, son addiction se dévoile progressivement, au fil de ses habitudes et de comportements qui prennent peu à peu un autre sens.
Cette construction permet à Jeanne Herry d’éviter les représentations caricaturales de l’alcoolisme. Le spectateur découvre Garance avant de véritablement comprendre l’ampleur de sa dépendance. Et lorsque celle-ci devient de plus en plus évidente, ce n’est pas parce que le scénario cherche artificiellement à provoquer un électrochoc, mais parce que l’alcool finit naturellement par prendre une place toujours plus importante dans son existence. La seconde partie plonge alors beaucoup plus directement dans l’alcoolisme et ses conséquences. La consommation de Garance commence à affecter son travail d’actrice, ses relations avec les autres et progressivement l’ensemble de sa vie. Mais là encore, Jeanne Herry conserve une approche profondément réaliste. Il ne s’agit pas de transformer son héroïne en caricature de l’alcoolique en pleine déchéance : le film montre plutôt comment une addiction peut progressivement envahir une existence jusqu’à devenir impossible à dissimuler.

Un portrait réaliste de l’addiction
La scène chez le médecin constitue à ce titre un tournant majeur. Garance n’est plus seulement confrontée aux conséquences professionnelles ou relationnelles de son addiction : c’est désormais sa santé qui est directement menacée. Lorsque le médecin lui explique que son foie ne supporte plus l’alcool et qu’elle doit arrêter de boire, l’explication médicale apparaît parfaitement justifiée par la situation. Elle ne vient pas alourdir artificiellement le récit : elle permet de mesurer concrètement la gravité de ce qui est en train de se jouer. C’est précisément cette progression qui fait la force de Garance. Jeanne Herry ne cherche jamais à faire de son personnage un simple symbole de l’alcoolisme. Elle raconte avant tout une femme, avec ses contradictions, ses moments de joie, ses failles et ses relations avec les autres.
L’alcool n’est pas son identité, mais il finit progressivement par conditionner son quotidien. Le film montre également avec beaucoup de justesse les mécanismes du déni et la difficulté à reconnaître que l’on a dépassé le stade de la simple consommation. Garance peut continuer à travailler et à mener une existence en apparence normale alors même que son rapport à l’alcool est déjà profondément problématique. Cette banalisation rend son parcours d’autant plus crédible et évite le piège du film à thèse. Jeanne Herry prend également le temps de montrer les répercussions de l’addiction sur l’entourage. Car l’alcoolisme ne détruit pas uniquement celui ou celle qui boit : il modifie les rapports avec les proches, crée de l’incompréhension, de l’inquiétude, de la colère et parfois une forme d’impuissance. Le film aborde ces différentes dimensions sans chercher à désigner trop facilement des coupables.

Exarchopoulos, une interprétation qui ne manque pas de degré
Adèle Exarchopoulos porte évidemment une grande partie du film sur ses épaules. L’actrice livre une interprétation particulièrement engagée, capable de passer d’une Garance pleine de vie à une femme progressivement rattrapée par son addiction sans jamais donner l’impression de jouer « l’alcoolique ». C’est justement cette retenue qui rend certaines scènes particulièrement difficiles. Son interprétation fonctionne aussi parce qu’elle conserve au personnage toute sa complexité. Garance peut être attachante, drôle, agaçante, touchante ou profondément inquiétante, parfois en l’espace de quelques scènes. Exarchopoulos accompagne cette évolution sans jamais réduire son personnage à ses excès. Pour nous, elle aurait mérité le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 2026.
Le reste de la distribution s’intègre naturellement à ce portrait, avec une attention particulière portée aux relations qui entourent Garance. On retiendra, dans les seconds rôle, Sara Giraudeau qui incarne la petite amie de Garance, Pauline. Une prestation tout en douceur qui permet de contrebalancer la prestation d’Exarchopoulos. Jeanne Herry sait ainsi créer des personnages secondaires qui ne servent pas uniquement à faire avancer l’intrigue, mais permettent de montrer les différentes conséquences de son addiction.

Une mise en scène avec modération
Comme dans ses précédents films, Jeanne Herry privilégie une mise en scène qui laisse avant tout la place aux personnages. La réalisation ne cherche pas à esthétiser artificiellement l’alcoolisme ni à transformer la descente de Garance en spectacle. La caméra reste proche d’elle et accompagne son évolution avec une certaine sobriété. Le rythme épouse d’ailleurs intelligemment cette progression. Nous ne sentons pas les quasi deux heures de durée. Le film prend le temps de nous faire découvrir Garance avant de nous confronter plus directement à son addiction. Cette évolution donne davantage de poids aux moments où son comportement commence à avoir des conséquences visibles.
La bascule ne se fait donc pas en un instant : elle s’effectue progressivement, comme l’addiction elle-même. Cette approche permet surtout à Garance de rester profondément humain. Même lorsque le récit devient plus dur, Jeanne Herry ne cherche jamais à humilier son personnage ou à transformer ses difficultés en simple spectacle dramatique. La mise en scène accompagne plutôt une femme qui tente de continuer à vivre alors que son rapport à l’alcool lui échappe progressivement. Enfin, la musique de Pascal Sangla accompagne discrètement mais comme il faut le film.
Avec Garance, Jeanne Herry signe un film particulièrement juste sur l’alcoolisme et ses conséquences. En choisissant de nous faire découvrir progressivement l’addiction de son héroïne plutôt que de nous la présenter immédiatement comme une évidence, la réalisatrice construit un récit d’une grande crédibilité. Porté par une Adèle Exarchopoulos remarquable, Garance évite largement le misérabilisme et les clichés du film sur l’addiction. Jeanne Herry préfère observer, comprendre et accompagner son personnage, sans jamais oublier que derrière l’alcoolisme se trouve avant tout une personne. Un film sensible, réaliste et profondément humain, qui montre avec beaucoup de justesse comment une addiction peut progressivement prendre toute la place.

