Caractéristiques
- Titre : Dreams
- Réalisateur(s) : Michel Franco
- Scénariste(s) : Michel Franco
- Avec : Jessica Chastain, Isaac Hernández, Rupert Friend et Marshall Bell.
- Distributeur : Metropolitan FilmExport
- Genre : Drame, Romance, Thriller
- Pays : Etats-Unis, Mexique
- Durée : 98 minutes
- Date de sortie : 28 janvier 2026
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- Note du critique : 5/10 par 1 critique
Deux ans après Memory, Michel Franco retrouve Jessica Chastain pour son nouveau long-métrage Dreams, présenté en sélection officielle à la Berlinale 2025. Dans ce mélodrame aux accents sociaux, la relation vénéneuse entre une Américaine riche et mondaine et un jeune artiste immigré permet au réalisateur mexicain d’explorer une nouvelle fois les rapports de domination, les fractures sociales et les illusions du sentiment amoureux, au risque, cette fois, de laisser son propos en suspens.
L’illusion d’un rêve partagé
Fernando (Isaac Hernández), jeune danseur de ballet mexicain, traverse clandestinement la frontière vers les États-Unis. Échappant de peu à la mort, il frappe à la porte de Jennifer McCarthy (Jessica Chastain), une Américaine riche, influente et engagée dans des actions philanthropiques. Porté par l’espoir d’une reconnaissance artistique et d’un avenir meilleur, Fernando est persuadé que cette femme, avec laquelle il entretient une relation dont les contours restent flous, l’aidera à accomplir ses ambitions. L’arrivée du jeune homme fait alors vaciller l’équilibre soigneusement entretenu par Jennifer. Si elle semble prête à tout pour préserver leur relation, elle refuse dans le même temps de l’assumer face à sa famille. Michel Franco installe ainsi un récit où le rêve américain se heurte frontalement à la réalité des compromis, et où l’élan amoureux se confronte à des intérêts profondément divergents.
La relation entre Fernando et Jennifer demeure volontairement énigmatique. Le film entretient un flou narratif assumé : on ignore comment ils se sont rencontrés, ce qui les lie réellement, et ce qui pousse Fernando à risquer sa vie pour cette femme. Ce manque de repères, loin d’être anodin, renforce le sentiment de déséquilibre qui traverse le couple dès les premières scènes. Michel Franco insiste sur la fracture intime et sociale qui les sépare, notamment par l’alternance constante entre l’anglais et l’espagnol. La langue devient un marqueur de frontière, révélant autant la distance culturelle que l’impossibilité d’une véritable égalité entre eux. Différences d’âge, de classe et de statut s’imposent immédiatement à l’écran. Jennifer évolue dans un univers feutré, luxueux et presque aseptisé, rythmé par les galas, les fondations et les intérieurs élégants, tandis que Fernando incarne la précarité, l’exil et la dépendance.

Amour vénéneux, domination sociale et hypocrisie morale
Plus qu’un mélodrame amoureux, Dreams se présente comme un film de rapports de force : rapports érotiques, rapports de classe, domination affective et sociale, mais aussi xénophobie policée. À travers Jennifer et son entourage, Michel Franco esquisse le portrait d’une bourgeoisie progressiste de façade, adepte des discours bien-pensants mais incapable d’assumer une solidarité réelle. La violence sociale affleure dans des phrases apparemment anodines, révélant une charité qui ne supporte pas de franchir le seuil du confort personnel. Le film met ainsi en scène une hypocrisie morale glaçante, où l’aide apportée aux immigrés reste abstraite, distante, jamais vécue au quotidien.
La relation entre Jennifer et Fernando s’inscrit pleinement dans cette logique de domination. Élégante et fortunée, Jennifer apparaît incapable d’assumer ses choix, utilisant son argent comme un moyen de contrôle. Paradoxalement, son personnage semble creux, presque interchangeable, réduit à une succession de rôles sociaux et de costumes. À l’inverse, Fernando n’existe qu’à travers son corps et son talent. Désiré, admiré, mais constamment menacé, il vit dans la peur, réduit au silence et à la fuite. La tension sexuelle, omniprésente et parfois crue, ne parvient jamais à masquer le caractère profondément toxique et déséquilibré de cette relation, dont l’opacité et l’absence de justification finissent par rendre le récit amoureux peu crédible.

Émotions absentes et thèmes survolés
Dreams est en effet marqué par une froideur qui empêche toute véritable identification. Les personnages sont observés à distance, sans que le spectateur puisse réellement les comprendre ou les ressentir. Cette absence d’épaisseur émotionnelle conduit le film à une bascule finale brutale et radicale, qui tient davantage de la provocation que de l’aboutissement dramatique. Faute d’avoir su construire un attachement ou une tension intérieure, Michel Franco semble opter pour la violence comme unique moyen de marquer les esprits. La mise en scène, pourtant fluide et soignée, se contente de beaux décors et d’intérieurs élégants, sans véritable audace ni point de vue incarné. Si Michel Franco aborde des thématiques contemporaines majeures, à commencer par celle de l’immigration, il ne les inscrit jamais dans une véritable continuité dramatique.
Le film s’ouvre sur une séquence saisissante de tension, montrant des migrants enfermés dans un camion, cognant contre les parois dans un espace étouffant. Si cette scène impressionne, elle demeure isolée et ne trouve pas de réel prolongement narratif, réduisant un enjeu brûlant d’actualité à un simple arrière-plan. De même, le ballet, pourtant au cœur de l’identité de Fernando, subit le même traitement : quelques scènes de danse, esthétiquement réussies, mais dépourvues de véritable enjeu dramatique ou symbolique. À force de vouloir embrasser le désir, l’exil, la domination sociale et les fractures de classe, Dreams finit par ne rien creuser en profondeur, laissant une impression persistante de vacuité et d’ennui, là où l’on attendait trouble et complexité.
En dépit de thèmes puissants et contemporains, Dreams peine donc à transformer son constat social en véritable expérience de cinéma. Michel Franco observe ses personnages avec une distance qui finit par étouffer toute émotion, laissant ses enjeux à l’état d’esquisses. Prisonnier d’une écriture volontairement opaque, le film ne parvient jamais à donner chair à son récit, enfermant un casting pourtant prometteur dans des figures creuses. Un rêve avorté, laissant le goût d’une promesse manquée.




