Caractéristiques
- Titre : Mon Grand Frère et Moi
- Titre original : Ani wo mochihakoberu saizu ni
- Réalisateur(s) : Ryota Nakano
- Scénariste(s) : Ryota Nakano
- Avec : Hikari Mitsushima, Joe Odagiri, Ko Shibasaki, Aoyama Himeno, Yota Mimoto...
- Distributeur : Art House
- Genre : Comédie dramatique
- Pays : Japon
- Durée : 127 minutes
- Date de sortie : 6 mai 2026
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- Note du critique : 8/10 par 1 critique
Nouveau long-métrage écrit et réalisé par Ryota Nakano (La Famille Asada), Mon Grand Frère et Moi raconte l’histoire de Riko et de son frère aîné, qui n’a jamais été simple. Même après sa mort, il continue de lui compliquer la vie : une pile de factures, des souvenirs embarrassants… et un fils ! Aux côtés de son ex-belle-sœur, elle traverse ce capharnaüm entre fous rires et confidences, et redécouvre peu à peu un frère plus proche qu’elle ne l’aurait cru.
La fabrique du souvenir
Avec Mon grand frère et moi, Ryōta Nakano, après La Famille Asada, continue d’explorer un territoire qui lui est désormais familier : celui des liens familiaux fragiles, des non-dits et des reconstructions intimes après une perte. Fidèle à son approche à la fois pudique et profondément humaine, il signe un film qui ne cherche jamais l’effet facile, mais plutôt une forme de vérité émotionnelle discrète. Le point de départ est simple : la disparition d’un frère et le travail de mémoire qui s’enclenche chez ceux qui restent, et plus particulièrement sa sœur, Riko.
À partir de là, Nakano construit un récit assez linéaire mais fragmenté, où les souvenirs, les récits contradictoires et les réinterprétations successives finissent par recomposer un personnage qui n’était pas totalement ce qu’il paraissait être au départ pour Riko (Ko Shibasaki dans une prestation brillante et sobre). Elle voyait son frère comme le chouchou de sa mère : un homme libre, qui faisait ce qu’il voulait, mais qui pouvait aussi être trouillard, lâche, menteur, et incapable de construire une vie professionnelle ou personnelle stable. Elle, au contraire, est une écrivaine à succès, mariée, mère de deux enfants.

Les fragments d’un homme
Son grand frère laisse derrière lui un fils, Ryoichi (le jeune Yota Mimoto, émouvant pour son âge), dont il avait la garde depuis son divorce. C’est donc en allant organiser les obsèques qu’elle retrouve l’ex-femme de son frère, Kanako (Hikari Mitsushima, qui fait ce qu’il faut), sa nièce Marina (Aoyama Himeno, qui, pour son âge, montre une belle maturité de jeu), ainsi que son neveu. Chacun porte un regard différent sur le disparu. Et Riko, au contact des autres et de ce qu’elle découvre, comprend peu à peu que son frère n’était pas uniquement celui qu’elle imaginait : il avait des défauts qu’elle connaissait déjà, mais aussi des qualités qu’elle découvre progressivement.
Un choix narratif essentiel, car le film ne cherche jamais à figer le frère (Joe Odagiri, qui apporte une touche d’humour bien dosée à l’ensemble) disparu dans une image définitive. Il reste une figure mouvante, parfois contradictoire, perçue différemment selon les membres de la famille. Cette approche permet d’éviter tout sentimentalisme appuyé, mais aussi toute idéalisation excessive. Le scénario avance ainsi par petites touches, presque par accumulation d’impressions, ce qui donne au récit une forme de douceur diffuse, mais aussi une certaine lenteur assumée.

Habiter l’absence
Le film interroge avant tout la manière dont on construit la mémoire des autres. Que reste-t-il réellement d’un proche lorsqu’il disparaît ? Et surtout, à quel point ce souvenir est-il fidèle à la réalité ou remodelé par les regrets, les frustrations et les angles morts du vécu ? Nakano s’intéresse également à la dynamique familiale dans ce qu’elle a de plus universel : les rôles implicites, les incompréhensions anciennes, et cette difficulté à vraiment connaître ceux avec qui l’on a grandi. La disparition agit ici comme un révélateur, mais aussi comme un miroir parfois inconfortable. C’est dans cette tension entre tendresse et lucidité que le film trouve sa principale force, en évitant de verser dans une émotion trop démonstrative.
Au-delà de cela, le film explore aussi le deuil à travers plusieurs trajectoires. Riko, écrivaine, éprouve le besoin de raconter les quelques jours passés avec la famille de son frère, entre ex-femme, nièce et neveu. Elle est également traversée par des visions de son frère, qui permettent une forme de dialogue posthume. Ces moments font remonter les non-dits et ouvrent la voie à une forme de libération émotionnelle. Le travail de deuil passe aussi par le tri de l’appartement du défunt, notamment une séquence marquante à la déchetterie. Chacun traverse cette étape à sa manière, jusqu’à une scène plus cathartique où les personnages sont confrontés, symboliquement, au fantôme du disparu.

L’art de la retenue
La mise en scène de Ryōta Nakano reste fidèle à sa ligne esthétique : discrète, épurée, presque invisible. Il privilégie des cadres simples, une lumière naturelle et une direction d’acteurs extrêmement sobre, laissant les situations, les dialogues et les silences porter l’essentiel du récit. Ce choix renforce l’aspect intimiste du film, mais peut aussi accentuer une impression de retenue, voire de distance émotionnelle par moments. Le film ne cherche jamais à forcer la réaction du spectateur, ce qui peut parfois donner une impression de légèreté narrative. Le rythme, volontairement posé, accompagne cette approche. Cependant, la seconde partie souffre de quelques répétitions et d’un certain étirement de certaines idées, sans que cela ne remette en cause la cohérence globale du film. Dix minutes en moins auraient sans doute donné un meilleur rythme à l’ensemble.
L’un des points les plus solides du film reste la manière dont il équilibre les tonalités. Nakano parvient à faire cohabiter des moments de légèreté, parfois même d’humour discret, avec une mélancolie plus diffuse. Cette circulation entre les émotions évite toute rigidité et donne au film une vraie respiration. Les personnages secondaires participent aussi à cet équilibre, chacun apportant un regard légèrement différent sur la figure du frère disparu, ce qui enrichit progressivement la perception globale. Enfin, la musique d’Hiroko Sebu est discrète comme il faut et appuie parfaitement quelques moments cruciaux.
Mon grand frère et moi est un récit volontairement modeste, parfois un peu étiré, mais traversé par une sincérité constante. Ryōta Nakano confirme ici sa capacité à travailler l’intime sans pathos, en s’intéressant moins aux événements qu’à ce qu’ils laissent derrière eux dans les esprits. Doux-amer et imparfait dans son rythme, le film s’impose surtout par son humanité et la justesse de son regard. Un cinéma du détail et de la mémoire, qui touche davantage par ce qu’il suggère que par ce qu’il affirme.




