Caractéristiques
- Titre : Her private hell
- Réalisateur(s) : Nicolas Winding Refn
- Scénariste(s) : Nicolas Winding Refn et Esti Giordani
- Avec : Sophie Thatcher, Charles Melton, Kristine Frøseth et Havana Rose Liu.
- Distributeur : The Jokers Films
- Genre : Thriller
- Pays : Danemark, Etats-Unis
- Durée : 110 minutes
- Date de sortie : 23 septembre 2026
- Acheter ou réserver des places : Cliquez ici
- Note du critique : 3/10 par 1 critique
Après Drive, qui lui a valu le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 2011, Only God Forgives et The Neon Demon, Nicolas Winding Refn revient au cinéma avec Her Private Hell, présenté hors compétition au Festival de Cannes 2026. Il aura fallu dix ans au cinéaste pour concrétiser ce nouveau projet, porté notamment par Sophie Thatcher et Charles Melton.
Un univers visuel futuriste et fascinant
Dans une métropole futuriste noyée sous une étrange brume, trois jeunes femmes attendent le début du tournage d’un film de science-fiction lorsqu’un événement inquiétant vient bouleverser leur séjour. Depuis leur chambre d’hôtel, elles assistent à un meurtre dans l’immeuble voisin, commis par un mystérieux homme vêtu de cuir. L’une d’elles entreprend alors de retrouver son père, tandis qu’un soldat américain parcourt les bas-fonds de la ville à la recherche de sa fille disparue…
Visuellement, Nicolas Winding Refn livre avec Her Private Hell un univers particulièrement travaillé. La métropole plongée dans la pénombre et le brouillard, son architecture cyberpunk et ses néons roses et bleus composent un décor futuriste aux couleurs saturées et aux contrastes marqués. Le réalisateur multiplie les gros plans et les compositions symétriques, donnant à ses images l’allure de véritables tableaux. Cette recherche visuelle donne lieu à quelques très beaux moments, notamment une scène qui pourrait presque fonctionner comme un clip à elle seule grâce à l’utilisation des lumières et de la musique. Mais à force de soigner chaque image, Nicolas Winding Refn finit par donner une impression d’esthétisation à outrance. Tout est froid, lisse et minutieusement composé, au point que la forme semble progressivement prendre le pas sur le reste.

Une expérience sensorielle qui tourne à vide
Dès les premières minutes, Her Private Hell impose un rythme lent et énigmatique qui ne tarde pas à poser problème. Les dialogues sont récités avec une étrange lourdeur et les scènes semblent régulièrement étirées, tandis que le récit peine à véritablement avancer. Cette impression est renforcée par une construction particulièrement décousue : les différentes parties et temporalités ne s’enchaînent pas clairement et les nombreux renvois d’une histoire à l’autre rendent l’ensemble difficile à suivre. Plusieurs personnages ont notamment perdu leur fille, créant des échos entre les différents récits sans que ceux-ci permettent réellement d’y voir plus clair. Quant au mystère entourant l’Homme de cuir et les éléments fantastiques, ils entretiennent certes une certaine énigme, mais sans donner lieu à une véritable progression. À force de multiplier ainsi les détours, le long-métrage finit par susciter davantage l’ennui que la curiosité.
La bande originale de Pino Donaggio demeure l’un des éléments les plus marquants du film. Très présente, souvent grandiloquente, elle accompagne presque constamment les images et les émotions, au risque, cependant, de tout surligner. Ce choix est d’autant plus étonnant que la musique semble souvent en décalage avec les scènes qu’elle tente d’illustrer. Les quelques rares moments où les images et la bande sonore s’accordent montrent que Her Private Hell aurait pu tirer pleinement parti de son univers visuel et musical ; malheureusement, ils restent isolés au sein d’un récit qui peine à leur donner une véritable raison d’être.

Des personnages sacrifiés à l’esthétique
Avec Sophie Thatcher, Charles Melton, Kristine Frøseth, Havana Rose Liu et Dougray Scott, le long-métrage peut compter sur un casting particulièrement séduisant. Les actrices parviennent d’ailleurs à livrer des prestations plutôt convaincantes malgré la caractérisation particulièrement pauvre de leurs personnages. Charles Melton, quant à lui, est filmé comme une sorte d’Arnold Schwarzenegger, véritable armoire à glace, imposante et inexpressive. Aucun protagoniste n’est véritablement creusé et les dialogues, souvent creux et dépourvus de sens, ne permettent jamais de s’attacher à eux. L’arrivée de Johnny Thunders pousse d’ailleurs le décalage encore plus loin : son apparition, particulièrement grotesque, provoque un effet comique dont il est difficile de déterminer s’il était réellement recherché.
L’écriture est particulièrement problématique concernant les personnages féminins, constamment sexualisés et objectifiés. La tension sexuelle entre les femmes, leur rivalité ou encore la relation fantasmée aux accents quasi incestueux entre une fille et sa belle-mère renforcent ce regard voyeur. Les protagonistes sont ainsi régulièrement réduites à de simples objets de fantasme, certaines allant jusqu’à pousser des cris d’animaux dans une séquence particulièrement inconfortable. Lors de notre séance, bon nombre de scènes ont d’ailleurs suscité des rires dans la salle, tandis que quelques spectateurs ont préféré quitter la projection avant la fin.
Her Private Hell possède donc de superbes images, une photographie travaillée et une bande originale envoûtante, quoi que parfois hors sujet. Mais derrière cette enveloppe visuelle sophistiquée, le film peine à proposer un récit compréhensible et des personnages suffisamment consistants pour susciter la moindre empathie. À force d’étirer ses scènes, de multiplier les temporalités et de surligner chaque émotion par la musique, Nicolas Winding Refn transforme une proposition potentiellement hypnotique en une expérience ronflante et creuse.
