Caractéristiques
- Titre : Digger
- Réalisateur(s) : Alejandro G. Iñárritu
- Avec : Tom Cruise, Riz Ahmed, John Goodman, Sandra Hüller, Michael Stuhlbarg, Jesse Plemons, Robert John Burke, Emma D’Arcy, Burn Gorman et Sophie Wilde.
- Distributeur : Warner Bros. France
- Genre : Action, Comédie
- Pays : Etats-Unis, Mexique, Grande-Bretagne
- Durée : 129 minutes
- Date de sortie : 30 septembre 2026
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- Note du critique : 8/10 par 1 critique
Avec Digger, Alejandro G. Iñárritu (Birdman, The Revenant, Amours Chiennes) revient avec un film aussi ambitieux qu’inclassable, qui mélange satire sociale, comédie noire, drame et réflexion écologique avec une liberté de ton assez réjouissante. Derrière son récit en apparence démesuré, le réalisateur s’intéresse à des questions très contemporaines : notre rapport aux ressources naturelles, le poids des énergies fossiles, les dérives du capitalisme, mais aussi la place que peut encore occuper l’art. Un mélange qui aurait pu rapidement devenir lourd ou démonstratif, mais qui fonctionne ici grâce à un humour particulièrement efficace et à une mise en scène qui ne manque jamais d’ambition. L’histoire du film voit l’homme le plus puissant au monde se lancer dans une mission effrénée pour s’ériger en sauveur de l’humanité avant que la catastrophe, qu’il a lui-même déclenchée, n’anéantisse la planète.
Un scénario aussi ambitieux qu’irrévérencieux
Le scénario de Digger constitue sans doute l’une de ses principales forces. Iñárritu multiplie les niveaux de lecture et fait progressivement glisser son récit d’une situation relativement identifiable vers quelque chose de beaucoup plus étrange et imprévisible. Le film assume pleinement son côté démesuré, sans pour autant perdre de vue les enjeux humains qui traversent son histoire. La satire fonctionne particulièrement bien. Là où certains pourraient reprocher au film d’en faire trop, c’est justement cette démesure qui permet à Iñárritu de pousser ses situations jusqu’à l’absurde. L’humour noir s’intègre naturellement au récit et permet d’aborder des sujets sérieux sans transformer Digger en simple film à thèse. Le réalisateur n’hésite jamais à faire rire avec des situations qui pourraient, dans un traitement plus classique, devenir beaucoup plus pesantes.
Notre principale réserve concerne toutefois un choix narratif effectué à la fin du premier acte. Impossible d’en dire davantage sans gâcher une surprise qui n’est d’ailleurs pas révélée dans les différentes bandes-annonces. Le problème n’est pas tant le principe de ce choix que son utilisation : il vient légèrement casser la dynamique du premier acte, puis revient régulièrement par la suite. À plusieurs reprises, le récit donne alors l’impression de devoir se conformer à ce procédé afin de préparer un élément précis du dernier acte. De plus, après sa première occurrence, ce choix narratif devient attendu et finit par casser quelque peu le rythme du long-métrage. Cela n’empêche pas Digger de fonctionner, mais cette mécanique narrative finit par paraître un peu artificielle, même si nous comprenons parfaitement pourquoi le réalisateur l’a mise en place et où il veut en venir. Cela constitue finalement notre principal bémol.

Écologie, capitalisme et place de l’art
Derrière son apparente excentricité, Digger développe pourtant des thématiques particulièrement riches. L’écologie est évidemment au cœur du film, avec une réflexion sur l’exploitation des ressources naturelles et les conséquences de notre modèle de développement. Mais Iñárritu ne s’arrête pas à une opposition simpliste entre protection de l’environnement et intérêts économiques. La question des énergies fossiles permet notamment au film d’interroger notre dépendance à un système qui dépasse largement les individus. C’est ici que la critique du capitalisme rejoint celle de l’exploitation de la nature : les ressources deviennent des marchandises, les territoires des espaces à exploiter et les rapports humains sont eux-mêmes progressivement contaminés par les logiques économiques. Dans un monologue assez impressionnant que Tom Cruise délivre face à une foule hostile, il met notamment en avant l’hypocrisie d’un tel système.
Mais le film se montre encore plus intéressant lorsqu’il aborde la question de l’art. Peut-on raconter une histoire aussi horrible que la fin du monde et en rire ? Et surtout, peut-on rire de situations qui sont parfois tellement grossières, avec des personnages antipathiques et qui semblent presque irréels ? Digger ne donne pas nécessairement de réponse simple à ces questions, mais il a le mérite de les intégrer à son récit sans les transformer en discours théorique. C’est finalement cette richesse thématique qui permet au film de dépasser son simple statut de satire écologique. Iñárritu parle de notre rapport au monde, à l’argent, à la nature et à la création artistique, tout en conservant un ton suffisamment décalé pour que le propos ne devienne jamais pesant.

Tom Cruise impressionne
Le casting constitue une autre grande réussite du film. Mais Tom Cruise domine évidemment l’ensemble. L’acteur s’éloigne ici considérablement de l’image construite autour de ses rôles les plus populaires et montre une nouvelle fois qu’il possède une palette de jeu bien plus large que celle que ses blockbusters récents laissent parfois entrevoir. Son interprétation est à la fois drôle, touchante et profondément investie. Cruise accepte de se mettre au service du personnage et du ton du film, sans chercher à reproduire le héros spectaculaire auquel il est désormais largement associé. Cette performance pourrait très certainement lui permettre de figurer parmi les acteurs distingués lors de la prochaine saison des récompenses.
Le reste du casting, cinq étoiles avec Riz Ahmed, John Goodman, Sandra Hüller, Michael Stuhlbarg, Jesse Plemons, Robert John Burke, Emma D’Arcy, Burn Gorman et Sophie Wilde, est également très investi et confirme une nouvelle fois la capacité d’Iñárritu à réunir des comédiens de premier plan autour de son projet. Tous les acteurs sont convaincants et semblent parfaitement comprendre le ton très particulier recherché par Iñárritu. Le film peut ainsi passer d’une situation franchement drôle à quelque chose de beaucoup plus dramatique sans que les interprètes donnent l’impression de jouer dans des registres différents.

Une mise en scène spectaculaire et maîtrisée
C’est également sur le plan de la mise en scène que Digger impressionne. Alejandro G. Iñárritu ne se contente jamais d’illustrer son scénario. Il construit un véritable univers visuel, porté par une photographie d’Emmanuel Lubezki particulièrement travaillée. La caméra accompagne cette ambition avec une mise en scène très fluide, notamment lors des nombreuses scènes importantes construites autour de longs plans-séquences particulièrement travaillés. Une habitude chez Iñárritu qui trouve encore toute sa place et sa pertinence ici.
Les décors et les costumes sont exploités dans toute leur ampleur et participent pleinement à la narration. Le rythme du film est toutefois un peu cassé par le choix narratif évoqué plus haut. Un procédé qui revient et devient attendu tout au long du long-métrage. Cela casse toujours un peu le rythme et quelques longueurs se font sentir à partir du milieu du métrage. Enfin, la musique de Cosmo Sheldrake accompagne discrètement, mais toujours de façon juste, le récit.
Avec Digger, Alejandro G. Iñárritu livre un film ambitieux, drôle et riche thématiquement, porté par une satire efficace, une mise en scène spectaculaire et un excellent casting, avec un Tom Cruise particulièrement remarquable. Seul bémol, un choix narratif qui fragilise régulièrement la construction du récit. Cela n’empêche pas Digger d’être une œuvre singulière et stimulante, qui interroge avec intelligence l’écologie, le capitalisme et la place de l’art dans notre société.




