Caractéristiques
- Titre : The Social Reckoning
- Réalisateur(s) : Aaron Sorkin
- Scénariste(s) : Aaron Sorkin
- Avec : Mikey Madison, Jeremy Allen White, Jeremy Strong, Bill Burr et Billy Magnussen.
- Distributeur : Sony Pictures Releasing France
- Genre : Drame
- Pays : Etats-Unis
- Durée : 113 minutes
- Date de sortie : 7 octobre 2026
- Acheter ou réserver des places : Cliquez ici
- Note du critique : 8/10 par 1 critique
Avec The Social Reckoning, Aaron Sorkin (Les Sept de Chicago) revient sur Facebook, mais pas là où on l’attendait forcément. Là où le film de David Fincher racontait la naissance du réseau social et l’ascension de Mark Zuckerberg, Sorkin s’intéresse cette fois à ce que Facebook est devenu et, surtout, aux conséquences de ses choix sur notre société. Inspiré de l’enquête du Wall Street Journal et des révélations de la lanceuse d’alerte Frances Haugen, le film plonge dans les coulisses de Meta, de ses algorithmes et de leurs conséquences sur la désinformation, la radicalisation, le harcèlement et la démocratie. Et si Aaron Sorkin n’a évidemment pas le talent de David Fincher derrière la caméra, il signe surtout un film d’enquête passionnant. Plus qu’un nouveau Social Network, The Social Reckoning est ainsi un film sur le pouvoir de l’information, celui des réseaux sociaux et, peut-être surtout, sur la place du journalisme à l’ère des fake news.
Une enquête au cœur de la machine Facebook
Le premier mérite de The Social Reckoning est de ne pas chercher à reproduire la formule de The Social Network. Le film est beaucoup moins intéressé par Mark Zuckerberg, même s’il est présent, que par le fonctionnement interne d’une entreprise devenue incontournable dans notre quotidien. Aaron Sorkin transforme ainsi son récit en véritable enquête journalistique, avec Frances Haugen au centre de l’histoire. Son parcours de lanceuse d’alerte permet au réalisateur de pénétrer progressivement dans les coulisses de Facebook et de découvrir, avec elle, l’ampleur des problèmes auxquels l’entreprise était confrontée.
Le film adopte alors les codes du thriller journalistique, et les références aux Hommes du président ou à Pentagon Papers ne sont absolument pas gratuites. Il est question de documents internes, de vérifications, de témoignages, de recoupements et de journalistes qui tentent de comprendre ce que ces informations signifient réellement. Le suspense ne repose donc pas uniquement sur ce qui va arriver, mais sur la découverte progressive d’un système dont les conséquences vont largement dépasser les murs de l’entreprise. Et c’est justement ce qui rend le film aussi passionnant. Sorkin ne présente pas simplement Facebook comme une gigantesque entreprise technologique ayant commis quelques erreurs. Il montre comment certains choix concernant le fonctionnement de la plateforme peuvent avoir des conséquences extrêmement concrètes sur la manière dont les utilisateurs s’informent et interagissent.

Quand l’algorithme devient un problème de société
L’un des éléments les plus importants du film concerne notamment le changement du système algorithmique mis en place autour de 2018. En donnant davantage de poids aux contenus provoquant des réactions et de l’engagement, Facebook aurait favorisé mécaniquement les publications suscitant la colère, la peur ou l’indignation. Le problème devient alors beaucoup plus vaste que celui des simples fake news : un système conçu pour retenir l’utilisateur le plus longtemps possible peut contribuer à amplifier les contenus les plus polarisants. The Social Reckoning montre ainsi comment certains utilisateurs peuvent progressivement être orientés vers des groupes extrémistes ou haineux.
Et c’est là que le film devient particulièrement inquiétant, car il ne s’agit plus seulement de personnes recherchant volontairement ce type de contenu. Le fonctionnement même de l’algorithme peut contribuer à les y conduire. Le film élargit également son propos à Instagram, propriété de Meta, et notamment aux conséquences des réseaux sociaux sur la santé mentale des plus jeunes. Harcèlement, comparaison permanente avec les autres, pression sociale et exposition à des contenus potentiellement toxiques : Sorkin montre que les problèmes ne concernent pas uniquement la politique ou la désinformation. Ils touchent également directement notre vie quotidienne.

De la désinformation au 6 janvier
Tout ce mécanisme trouve son point d’orgue dans les événements du 6 janvier 2021. Nous avons aussi une première montée avec l’arrivée du COVID et toute la désinformation qu’il y a eu à son sujet. L’invasion du Capitole devient alors bien plus qu’une scène spectaculaire, elle constitue l’aboutissement d’une réflexion que le film développe progressivement : lorsque la désinformation est amplifiée par les réseaux sociaux, que les utilisateurs sont enfermés dans des communautés de plus en plus polarisées et que les contenus les plus virulents sont ceux qui génèrent le plus d’engagement, les conséquences peuvent finir par sortir du monde virtuel.
Mais Sorkin ne réduit pas pour autant le problème à une idéologie. Ce qui l’intéresse est précisément le système qui permet à ce type de discours de circuler, de se développer et de toucher des millions de personnes. C’est ce qui donne à The Social Reckoning une portée beaucoup plus large qu’un simple film sur Facebook. Le 6 janvier devient la démonstration, terriblement concrète, de ce qui peut arriver lorsque les frontières entre information, propagande, manipulation et désinformation deviennent de plus en plus difficiles à distinguer.

Mais alors, quelle place pour le journalisme ?
Et c’est peut-être là que le film trouve son thème le plus intéressant : le journalisme lui-même. Dans une époque où une part considérable de la population s’informe désormais par les réseaux sociaux, avec notamment les 43 % évoqués dans le film, quelle place reste-t-il au journalisme traditionnel ? Lorsque chacun peut publier une information instantanément et que les fake news circulent parfois beaucoup plus rapidement que les informations vérifiées, pourquoi continuer à payer des journalistes pour enquêter ? Parce que précisément, The Social Reckoning rappelle que s’informer et être informé sont deux choses différentes. Le travail du Wall Street Journal présenté dans le film repose sur ce que les réseaux sociaux ne peuvent pas remplacer : vérifier, recouper, contextualiser, enquêter et confronter les informations. Il ne suffit pas de publier les milliers de documents internes récupérés par Frances Haugen. Il faut les comprendre, les vérifier et déterminer ce qu’ils révèlent réellement.
Sorkin défend ainsi, sans jamais avoir besoin de transformer son film en manifeste, une certaine conception du journalisme. Dans un monde où l’information est devenue instantanée et où les algorithmes décident en partie de ce que nous voyons, le journaliste reste celui qui prend le temps de chercher ce qui se trouve derrière l’information. C’est aussi ce qui rend le film particulièrement pertinent aujourd’hui. The Social Reckoning ne demande pas seulement si Facebook a trop de pouvoir. Il s’interroge sur qui contrôle notre accès à l’information et comment une démocratie peut fonctionner lorsque ses citoyens ne voient plus nécessairement les mêmes faits.

Un trio d’acteurs particulièrement solide
Mikey Madison constitue le véritable cœur du film. Après Anora, l’actrice démontre une nouvelle fois sa capacité à porter un personnage complexe sans jamais chercher à le surjouer. Frances Haugen n’est pas transformée en héroïne parfaite : c’est avant tout une femme confrontée à un système qui la dépasse et qui doit progressivement décider jusqu’où elle est prête à aller pour révéler ce qu’elle sait. Madison apporte ainsi une vraie dimension humaine à une histoire qui aurait facilement pu devenir trop didactique.
Jeremy Allen White apporte également beaucoup au film, notamment dans son travail journalistique et dans les nombreuses scènes d’enquête. Son personnage permet de donner une dimension plus collective à cette histoire et de rappeler que les révélations de Haugen ne deviennent réellement publiques qu’à travers le travail de journalistes capables de les analyser. La relation entre les deux personnages et les deux acteurs est essentielle au film. D’ailleurs, l’humour du film passe par ces échanges. Horwitz ne comprend pas la technologie et c’est au travers d’une relation amicale mais teintée d’humour avec Haugens que le personnage (et le spectateur en même temps) accède à la vulgarisation technologique grâce aux explications de la jeune femme.
Jeremy Strong, enfin, propose une interprétation de Mark Zuckerberg plus secondaire que ce que le titre pourrait laisser penser. Là encore, c’est un choix intéressant : Zuckerberg n’est pas véritablement le personnage principal de cette histoire. Il représente davantage le pouvoir considérable acquis par une entreprise devenue l’une des principales plateformes d’information au monde. Il ne remet pas en question ses choix, sauf au moment où tout s’écroule devant ses yeux. D’ailleurs, Strong propose aussi un interprétation physique, gestuelle et verbale assez robotique.
Une réalisation classique, mais efficace
Sur le plan de la réalisation, Aaron Sorkin ne possède évidemment pas la virtuosité de David Fincher. La comparaison avec The Social Network est inévitable, mais elle doit surtout être relativisée car les deux films ne poursuivent pas exactement le même objectif. Là où Fincher transformait le scénario de Sorkin en véritable démonstration de mise en scène, ce dernier privilégie ici une approche beaucoup plus classique. La réalisation est parfois très, voire trop, sage. Sorkin filme avant tout ses personnages, leurs conversations, leurs confrontations et le déroulement de l’enquête. Mais cette approche fonctionne malgré tout parce qu’elle correspond au genre choisi. The Social Reckoning est avant tout un film d’enquête et, comme dans les grands thrillers journalistiques auxquels il rend hommage, ce sont les informations découvertes progressivement qui doivent faire monter la tension.
La mise en scène devient donc un outil au service du récit plutôt qu’une démonstration de style. On pourra regretter son classicisme, mais difficile de lui reprocher de nuire véritablement à l’efficacité du film. Le rythme reste par ailleurs assez efficace, avec des allers-retours entre différentes années, notamment entre 2018 et 2021, qui restent suffisamment clairs pour ne jamais perdre le spectateur. Malgré la densité des informations abordées, on ne s’ennuie quasiment jamais pendant les deux heures du film. La partition d’Alexandre Desplat accompagne efficacement le récit pendant la majeure partie de son déroulement et sait se faire relativement discrète. Lors de l’attaque du Capitole, elle devient cependant un peu trop présente et parfois même légèrement mielleuse. Or, les images et surtout ce que le spectateur vient de comprendre suffisent déjà à créer cette tension.
Avec The Social Reckoning, Aaron Sorkin signe un film moins virtuose que The Social Network, mais particulièrement important par ce qu’il raconte. Sa réalisation très classique pourra frustrer, mais son approche de thriller journalistique fonctionne parfaitement. En s’intéressant aux algorithmes, à la désinformation, au rôle du journalisme et aux dérives des réseaux sociaux, le film pose des questions essentielles sur notre rapport à l’information. Malgré une musique parfois trop appuyée dans son dernier acte, The Social Reckoning est une enquête passionnante, inquiétante et terriblement actuelle, portée par une excellente Mikey Madison. Sûrement l’un des films les plus importants de l’année.




