article coup de coeur

[Critique] Prison n°5 – Zehra Doğan, L’art malgré tout

Caractéristiques

  • Auteur : Zehra Doğan
  • Editeur : Editions Delcourt
  • Date de sortie en librairies : 17 mars 2021
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 120
  • Prix : 19,99 €
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Publiée en mars par les Éditions Delcourt, la bande-dessinée Prison n°5  raconte l’incarcération de l’autrice Zehra Doğan dans les prisons de Diyarbakır et de Tarsus en Turquie. Journaliste et artiste exposée notamment en Europe, au Japon et aux États-Unis, elle est libérée en février 2019 après plus de deux ans et neuf mois de détention, s’ajoutant à 141 jours de détention provisoire d’une précédente accusation. « J’ai été condamnée à deux ans et dix mois de prison parce que j’avais peint des drapeaux turcs sur des bâtiments détruits, déclare-t-elle sur Twitter à sa libération. Pourtant c’est le gouvernement turc qui en est à l’origine : moi, je n’ai fait que les dépeindre. »

À travers son expérience, l’autrice raconte l’histoire des quartiers de prisonnières politiques, organisés collectivement par ses détenu-e-s, et la lutte qui les a menées en prison. Disons-le tout de suite : le livre est bouleversant, sombre mais lumineux par la solidarité qui y est mise en images. Il est né du sang et des larmes dans les prisons où les détenues Kurdes organisaient leur vie en collectivité, il est né des groupes de discussions et de lecture des militantes emprisonnées, Zehra Doğan utilisant tout ce qu’elle pouvait trouver pour dessiner… En guise de fusain ou de peinture, des grains de café à son sang menstruel ; à la place des toiles et du papier, « des serviettes, des draps, ou même sur les habits que ma mère m’apportait et que nous avons pu faire sortir en “linge sale” » raconte-t-elle à Chloé Dubois[1]. Sans oublier, bien sûr, les lettres que son amie Naz Öke prenait soin de lui envoyer tous les jours, aux dos vierges afin qu’elle puisse y poursuivre son témoignage en bande-dessinée, sorti de prison feuille après feuille, lambeau après lambeau.

« Avant d’arriver en prison, je n’aurais jamais imaginé que ces murs solides, froids et forts puissent vaciller sous le coup des pinceaux des femmes, raconte Zehra Doğan. Chacun d’entre eux était un moyen de se rendre libre.[2] » Comme nous le verrons dans cette critique, Prison n°5 est une œuvre politique sous la forme d’un témoignage et c’est en tant que manifestation de la poursuite de la lutte en prison et par l’art que nous allons aborder cette bande-dessinée. Elle nous a inspiré cette question : comment peut-on écrire la critique d’une œuvre de témoignage aussi déchirante ? Nous avons donc écrit deux articles, cette tentative de critique de Prison n°5 et une analyse des enjeux d’une telle critique et, à travers cette œuvre, des récits artistiques de témoignage.

Zehra Doğan : la poursuite de l’art et du journalisme en prison

La journaliste et artiste Kurde avait d’abord été condamnée par la justice de Turquie à deux ans et 9 mois de prison pour un dessin et un témoignage publiés sur les réseaux sociaux. L’agence de presse JINHA qu’elle avait cofondée, agence d’information kurde dont l’équipe était exclusivement féminine, avait auparavant été contrainte de fermer fin octobre 2016 par décret du président Recep Tayyip Erdoğan. Au sein de JINHA, Zehra Doğan avait notamment été l’une des premières journalistes à recueillir les témoignages des femmes yézidies ayant échappé à Daesh, au nord de la Syrie. A partir de juillet 2015, après l’abandon du processus de paix engagé entre la Turquie et le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK, qualifié de terroriste par l’État turc), Zehra Doğan avait couvert en tant que journaliste la reprise du conflit armé qui se déroule à Cizre, à Nusaybin, ou à Derik.

Double-page de la bande-dessinée de témoignage Prison n°5 de Zehra Doğan.
La douleur des mères dans les ruines : double-page de la bande-dessinée de témoignage Prison n°5. © Éditions Delcourt 2021 – Zehra Doğan

En 2017, la justice turque acquittait l’artiste et journaliste de l’accusation d’appartenance à une organisation terroriste (le PKK), mais la condamnait à deux ans, neuf mois et 22 jours de prison. Le prétexte est la diffusion d’un enregistrement d’un enfant de dix ans, Elif Akboğa qui témoignait de la guerre menée en Turquie contre les indépendantistes Kurdes à Nusaybin : « En ce moment, il y a des bruits de tirs. Quand ils deviennent plus intenses, nous nous cachons dans les maisons. Quand les chars partent, nous allons à nouveau dans la rue pour faire du bruit. Je pense que nous avons raison. Je sais qu’un jour notre voix sera entendue…[3] » Faire entendre cette voix est l’objectif de la bande-dessinée de témoignage Prison n°5 à partir des dessins réalisés en détention par Zehra Doğan. D’abord incarcérée à la Prison n°5 de Diyarbakır (le 12 juin 2017), elle avait ensuite été transférée en octobre 2018 à celle de Tarse.

« Même libre, j’ai toujours été très curieuse de la vie en prison, raconte-t-elle. Les lectures ou les films que j’ai pu regarder ne m’ont jamais totalement permis de me figurer ce que ça pouvait être. Je n’arrivais pas à l’imaginer.[4] » Elle se confrontait peut-être, déjà, à l’idée de représenter ce qui relève de l’impensable, ce blocage contre lequel Georges Didi-Huberman a proposé de lutter dans son essai Images malgré tout (2003) :

N’invoquons pas l’inimaginable. Ne nous protégeons pas en disant qu’imaginer cela, de toutes les façons ― car c’est vrai ―, nous ne le pouvons, nous ne le pourrons pas jusqu’au bout. Mais nous le devons, ce très lourd imaginable. Comme une réponse à offrir, une dette contractée envers les paroles et les images que certains déportés ont arrachées pour nous au réel effroyable de leur expérience. Donc, n’invoquons pas l’inimaginable.[5]

Prison n°5 est la tentative de montrer au monde ce qui est « offusqué » par l’État turc, ce qui ne devait pas être montré, réduisant les détenues à un monde « sans mots et sans images », pour reprendre les mots de Didi-Huberman.

Double-page de la bande-dessinée de témoignage Prison n°5 de Zehra Doğan.
Zehra Doğan reconduite en prison : double-page de Prison n°5. © Éditions Delcourt 2021 – Zehra Doğan

Un œuvre pour toucher et convaincre

Les faits qui sont exposés dans Prison n°5 sont particulièrement choquants, notamment les sévices subis par des prisonnier-ères Kurdes dans les prisons de Diyarbakır et de Tarsus dans les décennies 80 et 90. Dessinées avec les moyens du bord sur du papier craft, avec certaines maladresses qui leur confèrent une naïveté qui contraste avec l’atrocité de ce qui est montré, les dessins de Zehra Doğan rappellent à la lectrice ou au lecteur d’Europe les pires temps du passé, de la Seconde Guerre Mondiale ou de la guerre d’Algérie. Nous n’y pouvons rien : notre mémoire nous pousse à faire des rapprochements, bien que les situations soient différentes (nous insistons sur ce point). Les dessins sont terribles autant par ce qu’ils montrent que par ce qu’ils évoquent de fantômes du passé, qu’on préférerait oublier.

Détail d'une page de la bande-dessinée de témoignage Prison n°5 de Zehra Doğan.
Sévices commis en prison dans les décennies 80 et 90, racontés par Zehra Doğan dans Prison n°5. © Éditions Delcourt 2021 – Zehra Doğan

Georges Bataille écrivait que, tout comme « les Pyramides ou l’Acropole, Auschwitz est le fait, est le signe de l’homme. L’image de l’homme est inséparable, désormais, d’une chambre à gaz…[6]» C’est ce signe-là que Prison n°5 nous renvoie à la figure et forcément c’est choquant. Attention : nous ne disons pas que la situations des Kurdes en Turquie est la même que celle des Juifs ou des résistants dans les pays occupés par les nazis ! Ne nous lisez pas trop rapidement… Nous disons juste que Prison n°5 nous fait penser à certaines images terrifiantes du passé, en d’autres temps, d’autres lieux et pour d’autres raisons. Que l’on soutienne ou non l’autonomie ou l’indépendance des Kurdes de Turquie, cette bande-dessinée rappelle qu’il n’est pas besoin d’être nazi pour commettre des sévices atroces au nom de l’État : elle nous invite aussi à nous demander jusqu’à quel point il est possible pour les autres peuples de ne pas intervenir. Car l’Europe a longtemps fermé les yeux sur la situation des Kurdes en Turquie, Syrie et Irak. Après la nécessité de continuer à être artiste et journaliste en prison pour « maintenir l’image du monde » comme l’écrit Georges Didi-Huberman, le but de Prison n°5 est de peser dans l’opinion publique en faveur de l’autonomie Kurde.

[NdR : Comme le précise Daniel Fleury en commentaire de cet article, Zehra Doğan et ses camarades ne luttent pas pour la création d’un Etat pour tous les Kurdes de Turquie, d’Irak et de Syrie, mais pour l’établissement d’une région Kurde autonome au sein de la Turquie.]
Détail d'une page de la bande-dessinée de témoignage Prison n°5 de Zehra Doğan.
Détail d’une page de la bande-dessinée Prison n°5 de Zehra Doğan, qui évoque la vie des combattantes Kurdes pour l’indépendance. © Éditions Delcourt 2021 – Zehra Doğan

Certes, il est possible de critiquer certains aspects du récit et du discours de Zehra Doğan, qui défend les droits des Kurdes à disposer d’eux-mêmes, ce qui la conduit de fait à être accusée de partialité. Pour cette raison, ses efforts pour exposer les racines et le développement du conflit qui oppose les indépendantistes ou autonomistes Kurdes et l’État turc ne convaincra que les convaincu-e-s ou (mieux) les personnes qui n’avaient pas d’opinion à ce sujet. Nous n’entrerons pas ici dans le débat houleux sur les raisons, les moyens et les dommages collatéraux de la lutte pour l’indépendance Kurde et contre celle-ci par l’État turc… Nous ne débattrons pas non plus de la qualification du groupe pro-indépendantiste PKK comme terroriste par la Turquie. N’étant pas experts en la matière, le récit de Zehra Doğan nous a semblé clair et édifiant, avec des mises en contexte permettant au public européen de mieux comprendre la situation. C’est avant tout ce public qui est en effet visé : il s’agit de toucher le cœur et l’esprit par-delà les frontières turques, particulièrement en Europe où se trouve la possibilité de tenter de faire pression sur Erdoğan et son gouvernement.

Détail d'une page de la bande-dessinée de témoignage Prison n°5 de Zehra Doğan.
Atrocités commises en prison par le passé : détail d’une page de Prison n°5. © Éditions Delcourt 2021 – Zehra Doğan

Prison n°5 est particulièrement intéressante par son exposé des différentes manière de défendre les droits des Kurdes, notamment en prison : après une âpre lutte, les prisonnières et prisonniers politiques Kurdes ont acquis le droit d’organiser une partie de leur détention en auto-gestion. C’est au cours de ces planches que la dimension politique de la bande-dessinée est la plus puissante, car elle met l’accès sur le rôle de l’organisation sociale, des groupes de discussion et de la lecture militante. Mais si Zehra Doğan a réalisé une œuvre politique de journaliste, c’est aussi une œuvre d’artiste et c’est en tant que bande-dessinée que nous allons maintenant aborder Prison n°5. Nous expliquons dans l’analyse qui accompagne cette critique à quel point il nous semble nécessaire de persister à aborder ce livre comme une œuvre d’art graphique, avec ses spécificités.

Tentative de critique de Prison n°5 en tant qu’œuvre graphique

Bien sûr, on ne peut pas fermer les yeux sur les conditions de réalisations de Prison n°5 : critiquer cette bande-dessinée en tant qu’œuvre d’art graphique, c’est affronter la question de l’esthétique contrainte par les moyens qui sont à la disposition de l’artiste. Critiquer la technique et son utilisation, c’est forcément se confronter à la réalité vécue par l’artiste à ce moment-là en prison, donc à imaginer tout ce qui a pu permettre ou empêcher Zehra Doğan de réaliser une planche comme elle l’imaginait.

Détail d'une page de la bande-dessinée de témoignage Prison n°5 de Zehra Doğan.
Lecture en cellule : détail d’une page de Prison n°5 de Zehra Doğan. On peut remarquer les prénoms des détenues. © Éditions Delcourt 2021 – Zehra Doğan

L’esthétique de Prison n°5 informe autant sur son auteur que sur les conditions d’incarcération, d’où la pertinence de garder son aspect brut (papier kraft). À ce titre, il aurait été intéressant que les Éditions Delcourt expliquent plus en détail les conditions d’édition du livre et d’insister aussi sur les techniques utilisées en prison, ainsi que sur les stratégie pour les obtenir. [NdR : Daniel Fleury, qui a soutenu l’artiste en prison et participé à la constitution du livre, revient dans son commentaire sur ses conditions de création. Nous le remercions pour ses précisions.]

L’humilité de l’autrice est sensible dans ce refus de mettre l’emphase sur sa propre lutte pour dessiner ; pourtant, le récit de ses difficultés pour créer cette bande dessinée aurait pu contribuer à sa dénonciation des privation de liberté.

Double-page de la bande-dessinée de témoignage Prison n°5 de Zehra Doğan.
Double-page ouvrant la bande-dessinée de témoignage Prison n°5 de Zehra Doğan, avec à gauche les lettres reçues en prison par son amie, aux dos vierges pour lui permettre de dessiner. © Éditions Delcourt 2021 – Zehra Doğan

En tant que bande-dessinée, Prison n°5 organise ses planches en fonction du texte, présenté dans des cartouches, ce qui peut donner l’impression que le dessin est l’illustration du texte, alors qu’il comprend de nombreux détails qui enrichissent la connaissance du lecteur. Nous avons été touché par ce dessin, certes maladroit pour représenter les espaces et les scènes complexes, mais qui s’attache à rendre ses traits aux visages, comme pour ne jamais les oublier. La tension est constante entre cette volonté de rendre compte du réel, jusque dans ses moments les plus insoutenables de tortures ou d’exécutions, et la volonté de produire des écarts d’avec la réalité où le dessin devient plutôt métaphorique (en témoigne la couverture et la dernière planche). C’est dans cet écart avec le réel que réside aussi l’émotion de Prison n°5. En effet, comme l’écrit Georges Didi-Huberman, « chaque production testimoniale, en chaque acte de mémoire les deux langage et images sont absolument solidaires, ne cessant pas d’échanger leurs lacunes réciproques : une image vient souvent là où semble faillir le mot, un mot vient souvent là où semble faillir l’imagination.[7] »

Détail d'une page de la bande-dessinée de témoignage Prison n°5 de Zehra Doğan.
Dormir dans une cellule trop petite : détail d’une page de Prison n°5. © Éditions Delcourt 2021 – Zehra Doğan

Pour les raisons énoncées plus haut, Prison n°5 ne possède pas la maîtrise et la cohérence parfaite d’un chef-d’œuvre tel que Maus (Art Spiegelman, 1991), mais n’oublions pas que cette œuvre avait mûri pendant de longues années et que son dessinateur avait mis onze années pour l’achever… De plus, Art Spiegelman n’a pas été témoin de ce qu’il raconte ; Zehra Doğan a vécu la prison et a écrit le passé des luttes et détentions qui lui sont connus. Prison n°5 est une œuvre réalisée dans l’instant, en situation d’urgence, ancrée dans le passé mais réalisée pour un avenir proche. Peut-être sa créatrice est-elle parfois trop contrainte par son discours, par la nécessité de raconter les faits d’une manière claire, alors que son dessin est traversé par l’émotion, une émotion qui semble vouloir éclater les cases en larges coups. En même temps, Prison n°5 frappe par son humilité, touche par sa simplicité, bouleverse par le sentiment de toucher du cœur le courage de ces femmes et de ces hommes en prison ou au dehors.

Détail d'une page de la bande-dessinée de témoignage Prison n°5 de Zehra Doğan.
La lecture collective des détenues Kurdes dans Prison n°5. © Éditions Delcourt 2021 – Zehra Doğan

Preuve que l’artiste en prison y apporte sa culture, nous ne pouvons pas manquer de relever des figures et des formes récurrents de ce genre de témoignage, en particulier les dessins d’oiseaux renvoyant à la paix ou à la liberté, la présence du fil barbelé, le jaillissement visuel du sang dessiné et l’éternelle liste de noms de victimes. Prison n°5 s’inscrit ainsi avec humilité et force dans un genre artistique à part entière : celui de la nécessité la plus absolue.

 

Notre analyse des difficultés pour écrire une critique de Prison n°5, publiée le 6 juin 2021 : « Prison n°5 et la critique des œuvres de témoignage« .

Nous vous invitons à lire l’entretien avec Zehra Doğan sur le site de TV5 Monde, réalisé par Chloé Dubois (membre de collectif Focus, collectif de journalistes et de documentaristes indépendant·es).

Notes

[1][2][4] Entretien avec Zehra Doğan réalisé par Chloé Dubois, « « Prison n°5″ : comment Zehra Doğan, journaliste kurde, a dessiné sa détention pour mieux s’en libérer », TV5 Monde, 16 mars 2021.

[3] Les faits relatés ici sont tirés de l’article de Liliane Charrier, « L’artiste et journaliste kurde Zehra Dogan en prison pour un dessin », TV5 Monde, 25 septembre 2017.

[5][7] Georges Didi-Huberman, Images malgré tout, Paris, Éditions de Minuit, Collection « Paradoxe », 2003, p. 11, p. 39.

[6] Georges Bataille, « Sartre » (1947) in Œuvres complètes, tome XI, cité par Georges Didi-Huberman in ibid, p. 42.

Auteur

  • Né en 1986, Jérémy Zucchi écrit et réalise des films documentaires tout en poursuivant l'écriture d'articles et d'essais. Il publie des analyses portant sur le cinéma, les arts visuels et sur la science-fiction.

8/10

Réactions (3)

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  2. Vous mentionnez que les textes des bulles ont été écrits après coup. Cela n’est pas tout à fait exact. Le texte d’origine est en langue kurde. Les planches originales sont actuellement exposées à Berlin. Avec Delcourt, nous avons effectivement (j’en suis un des auteurs avec Naz Öke)) d’abord traduit les textes que Zehra elle-même après sa libération avait ré-écrit à part vers le turc, puis nous avons adapté la traduction en langue française… Mais chaque planche sortie clandestinement comportait déjà le texte kurde, sauf la dernière page, elle, passée par la censure. Le papier est celui du dos des lettres laissé vierge, toujours envoyée sur le même papier, en connivence. En parallèle, l’évasion des planches était organisée, comme celles d’autres oeuvres d’ailleurs, qui furent déjà exposées en Europe durant sa détention. Le matériel, très sommaire, elle en parle plus longuement dans « ses lettres de prison », publiées aux Editions des Femmes en novembre 2019 sous le titre « Nous aurons aussi de beaux jours ».
    Concernant l’aspect « politique », deux choses à préciser. Deux périodes dans le livre graphique : l’histoire de la prison dans les décennies 80 et 90 (sous les gouvernements militaires kémalistes) et celle d’aujourd’hui, qu’elle a vécue. De la même manière, elle décrit l’historique politique du mouvement kurde, mais effectivement ne mentionne pas que ce mouvement ne revendique plus un Etat, mais une « autonomie » dans l’ensemble de Turquie. Zehra dénonce suffisamment par ailleurs le rôle des états dans les guerres de la région pour ne pas en vouloir un supplémentaire. Merci encore pour cet article, que Zehra vient de partager.

    1. Cher Daniel Fleury, nous vous remercions vivement pour les précisions que vous apportez. Nous allons renvoyer les lectrices et lecteurs vers votre commentaire par des notes dans l’article et nous allons supprimer l’information incorrecte selon laquelle les textes ont été écrits après coup. Merci à vous.

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