image dvd belle starr storyCaractéristiques

  • Réalisateur : Lina Wertmüller
  • Avec : Elsa Martinelli, Robert Wood, George Eastman
  • Éditeur : Artus Film
  • Date de sortie DVD : 5 Avril 2016
  • Durée : 93 minutes

Image : 4/5

Quelques plans n’ont pas pu être tout a fait restaurés, surtout au début du film. Mais, du reste, cette édition Artus Films est propre dans tous les domaines et propose une bonne résolution.

Son : 3/5

Belle Starr Story est proposé en Français et en version originale sous-titrée, toutes les deux en Dolby Digital 2.0. La première bobine de la version Française est atteinte d’un problème au niveau des voix, étouffées. Tout revient à la normale par la suite, et tant mieux tant le doublage d’époque est bon.

Bonus : 4/5

Un entretien avec l’éminent Alain Petit, appelé « Mon corps pour un poker », long d’une trentaine de minutes et au cours duquel le spectateur apprend beaucoup, même si l’on n’est pas tout à fait d’accord avec la grille de lecture féministe. Viennent compléter ce très bon programme : un diaporama et différentes bandes annonces d’autres films de la collection Western Européen.

Synopsis

Dans un saloon, Belle Starr, une belle femme rousse aux allures de Caballero, joue une partie de poker très serrée contre Larry Blackie, le terrible hors-la-loi de la région. Alors qu’elle a quasiment tout perdu, le brigand propose de risquer tous ses gains contre une nuit d’amour avec elle. Belle Starr accepte et n’hésite pas à perdre pour succomber à la tentation. Au cours de leur nuit passée ensemble, Larry Blackie apprend que Belle Starr est une criminelle comme lui. Dès lors, les deux bandits deviennent tour à tour amants belliqueux et concurrents…

image artus film belle starr story

Le film

Le western européen, voilà un sujet plus vaste que les océans. Si l’envie d’aborder ce qui s’est fait en Allemagne ou en Espagne donnera surement de prochains articles, ici nous restons dans le pays qui a survolé le genre sur le Vieux Continent : l’Italie. Avec Belle Starr Story, l’indispensable éditeur Artus Films édite un western méconnu mais qui ose certaines singularités. Tout d’abord, Starr est un personnage historique, qui a existé, et véritablement hors-la-loi. Aussi, il s’agit d’un personnage féminin, ce qui n’est pas réellement une rareté dans le genre du western (on peut citer Un Colt Pour Trois Salopards ou Les Pétroleuses), mais reste assez savoureux. En effet, la confrontation d’une femme avec l’univers impitoyable, et masculin, de ce genre provoque le sujet de sa place. Du moins, c’est ce que l’on pense un peu pompeusement.

Si le sujet de Belle Starr Story est une femme (incarnée par la magnifique Elsa Martinelli), il n’est pas nécessairement le féminisme. Clairement, Starr n’agit pas spécialement pour la liberté des femmes, ni l’égalité, mais pour le bon sens. Si les grands combats auront lieu un peu plus tard, au sein d’une époque moins troublée que celle de la conquête de l’Ouest, c’est pour réparer certaines erreurs et injustices terribles issues de ce temps. L’héroïne n’est certes pas une poupée de saloon, qui lève la jambe au son d’un piano mal accordé, mais elle n’est pas non plus animée par une cause. Elle réagit à la société qui l’entoure, comme quand elle se rend compte de l’ignoble personnage qu’est son père, qui a promis sa propre fille à un homme politique repoussant. Belle Starr ne se bat pas pour l’égalité des salaires, ni pour le droit de vote, mais pour sa vie mise en danger par les rouages d’une société qui favorisait les plus forts.

Belle Starr Story ne tombe pas dans le piège du point de vue biaisé par l’époque à laquelle il fut tourné. Cette femme ravissante, et sûre de son charme, est tout autant qu’un homme à fond dans la séduction. On s’en rend compte dès le début et la séquence du poker, l’un des nombreux passages obligés qu’enchaine le film. Puis l’évolution du personnage va se coller à celle de Larry Blackie (joué par George « Anthropophagous » Eastman), avec qui elle va rentrer dans une sorte de danse nuptiale qui prend la forme d’un défi : le vol de joyaux très bien protégés. On est bien loin d’une chienne de garde, mais il est indéniable que Belle Starr Story nous fait vivre le destin d’une femme forte, dont l’envie de s’accomplir n’a pas de sexe mais est clairement gênée par une foultitude d’embûches.

Belle Starr Story vaut avant tout pour le portrait de cette femme bien dans sa peau, et capable de se défendre par elle-même. Le scénario se contente d’enchaîner des séquences attendues, mais le fait avec pas mal de petites idées ingénieuses. Tout d’abord, le tournage dans un pays de l’Est européen apporte une identité visuelle étrange, que l’on ne retrouve pas dans les westerns Italiens tournés en Espagne. L’atmosphère sort des sentiers battus, s’accorde même des poussées de romantisme au bord d’un lac. Le final est aussi intéressant, avec cette attaque qui tient plus du cambriolage que de l’habituel hold-up, et donne un très bon moment de suspens. Belle Starr Story tente des choses, est plein de bonnes idées, mais respecte peut-être un peu trop les codes du genre.

Au final, Belle Starr Story est un western Italien intéressant, étrangement passé inaperçu jusqu’ici alors qu’il propose à la fois un divertissement certes classique mais de qualité et très bien emballé, ainsi que l’une des héroïnes les plus marquantes du western. Un film à conseiller pour les cinéphiles pointus, et même indispensable à toute collection de DVD western.

Belle Starr Story, un DVD édité par Artus Film. Sortie le 5 Avril 2016. 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato