image jacquette dvd vue sur mer angelina jolie pitt universal pictures videoCaractéristiques

  • Réalisateur : Angelina Jolie Pitt
  • Avec : Angelina Jolie Pitt, Brad Pitt, Mélanie Laurent, Melvil Poupaud, Niels Arestup, Richard Bohringer…
  • Éditeur : Universal Pictures
  • Date de sortie DVD : 16 août 2016
  • Durée : 117 minutes

Image : 4/5

Bonne résolution, constante. On notera simplement des couleurs très légèrement délavées.

Son : 3/5

Si le mixage en lui-même est satisfaisant (bon équilibre entre dialogues, musique et bruitages), on regrettera cependant que le son demeure étrangement bas, nécessitant de le pousser à plein volume pour saisir pleinement le français des personnages principaux.

Bonus : 2/5

Seules des scènes coupées sont proposées sur cette galette, à laquelle il manque un making-of. On aurait apprécié d’entendre Angelina Jolie Pitt parler du cinéma européen des années 70 qui l’a visiblement inspirée (Antonioni, Godard…). Des différentes séquences coupées proposées, seul un dialogue entre le couple constitue un plus véritablement signifiant. Le reste, qui montre Brad Pitt en train de cabotiner en ivrogne ou de très courts passages rallongeant certaines scènes, sont plutôt dispensables.

Synopsis

Vue sur mer s’attache à Roland, un écrivain américain, et sa femme Vanessa qui débarquent dans une station balnéaire, en France, dans les années 70. Le couple semble en crise. Tandis qu’ils se rapprochent d’autres touristes, comme Léa et François, jeunes mariés en vacances, et d’habitants, comme Michel et Patrice, Roland et Vanessa affrontent leurs propres difficultés.

image brad pitt angelina jolie pitt vue sur la mer

© Universal Pictures

Le film

Après deux films relativement bien accueillis par la critique (Au pays du miel et du sang, 2011 et Invincible, 2014), Angelina Jolie, qui apparaît désormais sous son nom de femme mariée, Angelina Jolie Pitt, est de retour derrière la caméra avec ce drame conjugal lorgnant du côté du cinéma des année 70, où elle retrouve son mari Brad Pitt 11 ans après Mr. & Mrs. Smith, qui avait signé le début de leur histoire ultra-médiatisée. Couple le plus observé au monde, glamour et engagé, Brangelina alimente les fantasmes du public et des tabloïds depuis de nombreuses années, ces derniers s’acharnant à répandre de vilaines rumeurs de séparation imminente, qui ont toujours été démenties jusque-là. Voir ainsi ces deux acteurs, mariés à la ville, incarner à l’écran un couple de richissimes américains à la dérive, dans un film écrit et réalisé par Madame, a donc quelque chose de troublant, qu’on le veuille ou non. Si la réalisatrice a formellement démenti que le film serait une sorte de thérapie de couple pour elle et son époux, elle a néanmoins admis qu’il s’agissait d’un film très personnel et qu’elle avait volontairement donné à ses personnages le nom de jeune fille de sa mère, l’actrice d’origine québécoise Marcheline Bertrand.

Si on se gardera bien d’interpréter l’intrigue comme étant le reflet supposé de la vie de couple des Pitt ou même de celle des parents d’Angelina Jolie, l’histoire de Vue sur mer pourrait tout aussi bien être une mise en image distancée imaginée à partir des fantasmes entourant le power couple : on dit le couple au bord de la rupture à cause de l’alcoolisme supposé de l’acteur et des tendances dépressives et anorexiques de son épouse ? Angelina Jolie Pitt fait de Roland un écrivain alcoolique et Vanessa une femme apathique plongée dans la dépression, obnubilée par son apparence et inaccessible. Si le jeu de miroir n’ira pas forcément beaucoup plus loin, on notera toutefois avec amusement que la réalisatrice s’amuse à inverser l’attention soutenue dont ils sont l’objet en faisant de son couple les voyeurs de l’histoire, observant leurs jeunes voisins en pleine lune de miel s’ébattre gaiement par un trou reliant leurs deux chambres, jouant avec le propre désir voyeuriste du spectateur et retardant avec malice le moment où Roland et Vanessa, émoustillés, finiront par passer eux-mêmes à l’acte. Il faut reconnaître à Angelina Jolie une certaine audace dans le parti pris d’incarner avec son mari des époux dont les frustrations et la rancœur ont eu raison de leur vie sexuelle, alors qu’ils dégagent une aura de stars sensuelles par excellence.

image angelina jolie brad pitt scène pleurs vue sur la mer

© Universal Pictures

Cependant, au-delà de ce miroir tendu aux fantasmes des médias et du public, Vue sur mer peine à conserver l’attention des spectateurs sur la durée. L’aspect contemplatif du film, sa langueur, y sont pour quelque chose, mais ne sont pas pour autant déterminants dans cet état de faits : Antonioni ou Godard, dont s’inspire en partie Angelina Jolie Pitt ici, savaient donner à leurs œuvres une profondeur incontestable, malgré la lenteur de certains films. Or, l’actrice-réalisatrice se complaît dans des dialogues souvent simplistes, qui ont du mal à passer malgré le talent de Brad Pitt ou Niels Arestup, qui interprète le gérant du bar en bas de l’hôtel où réside le couple. Si visuellement, ce troisième long-métrage est plutôt réussi, bénéficiant du travail irréprochable de Christian Berger (chef op’ de Michael Hanneke) et de quelques beaux plans, il souffre d’un script mal rythmé, qui s’appesantit trop sur des scènes lourdes de sens et répétitives tout en donnant l’impression de survoler son sujet, échouant là où le très beau Voyage à deux de Stanley Donen (1966), auquel on pense à certains moments, parvenait à livrer une réflexion profonde et subtile sur les aléas de la vie de couple et le poids des années, mais aussi des ambitions et rêves déçus. On sait très peu de choses à propos du couple, si ce n’est que Monsieur n’arrive pas à retrouver l’inspiration et passe son temps à picoler, et que Madame fut un temps danseuse. Cette approche minimaliste aurait pu être très forte si seulement on avait senti des choses couver sous cette surface bourgeoise somme toute banale, si la réalisatrice avait su faire passer certains éléments en les suggérant subtilement. Hélas ! Les névroses du couple sont présentées maladroitement, de manière assez impersonnelle. Peut-être Angelina Jolie Pitt, intimidée à l’idée de trop exposer son couple, a-t-elle agi ainsi par pudeur. Quoi qu’il en soit, la spectateur a du mal à adhérer pleinement à leur histoire et doit trop souvent s’accrocher pour maintenir son attention.

image tournage vue sur la mer angelina jolie brad pitt

© Universal Pictures

Le jeu étrangement figé de la star n’arrange pas les choses, elle que l’on avait connue si poignante dans ses rôles déjà bien torturés de Gia (1998), Une vie volée (1999) ou L’échange (2008). Si cela correspond en partie au personnage de Vanessa, apathique et obsédée par son apparence au point d’arborer de longs et volumineux faux cils en permanence, y compris dans l’intimité, on a quand même un peu l’impression d’être face à une statue de cire prenant continuellement la pose, faisant naître un sentiment d’étrangeté qui n’était peut-être pas entièrement voulu et maîtrisé. Cependant, malgré ces nombreux défauts, le trouble, l’émotion ou même le rire surgissent parfois au détour d’une scène, le film nous rattrapant alors in extremis dans ses filets. On saluera ainsi une belle scène de complicité où les deux époux, qui observent leurs voisins à leur insu, verre de vin à la main, retiennent un fou rire, une jolie scène d’amour et quelques passages inspirés entre Brad Pitt et Niels Arestup, sans oublier une ouverture très réussie, sur fond de Jane Birkin susurrant son tube de 1969 composé par Gainsbourg, « Jane B ». Les seconds rôles français, Mélanie Laurent (très France Gall), Melvil Poupaud et Niels Arestup donc, arrivent à tirer leur épingle du jeu, malgré un script pas toujours à leur avantage. Richard Bohringer, quant à lui, semble faire de la figuration, ce qui est assez dommage pour un acteur de sa trempe.

Après des débuts prometteurs derrière la caméra, Angelina Jolie semble donc avoir rencontré quelques difficultés sur ce troisième long-métrage, qui n’arrive pas à se hisser à la hauteur de ses ambitions. Cependant, si ce drame conjugal, raillé par les critiques, accuse quelques longueurs et maladresses, Vue sur mer vaut malgré tout d’être vu pour les quelques belles scènes qu’il réserve au couple Jolie-Pitt, qui sait se montrer troublant et émouvant lorsque les artifices du scénario cèdent la place à une émotion plus brute et que les acteurs baissent la garde, laissant percevoir une vulnérabilité qui rend leurs personnages touchants. On devine alors ce que Vue sur mer aurait pu être si sa réalisatrice avait eu davantage confiance en sa réalisation et avait assumé clairement ses choix. En l’état, il s’agit d’une tentative manquée, ployant trop souvent sous le poids de ses références, aussi bien au niveau thématique que visuel. On reconnaîtra néanmoins le courage – la prétention diront les mauvaises langues – d’Angelina Jolie Pitt de se lancer dans l’entreprise très risquée du film d’auteur contemplatif de veine européenne, qui prouve sa curiosité d’explorer des univers et de s’essayer à des styles très différents. Peu osent en faire autant à Hollywood de nos jours.

Vue sur mer d’Angelina Jolie Pitt, DVD, Universal Pictures Video, 13,03€

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.