Buffy contre les vampires : « I’m Under Your Spell » : la parenthèse amoureuse dans « Un silence de mort »

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« Ne t’inquiète pas, si je t’embrasse, la nuit va tomber. » C’est par ces mots que Riley annonce à une Buffy aussi déroutée qu’émoustillée qu’il va l’embrasser dans son rêve. Le vrai baiser n’aura
lieu qu’en milieu d’épisode (de nuit), mais cette accroche annonce bien la métaphore de l’épisode : comment nous avons l’impression que le monde s’évanouit autour de nous lorsque nous tombons
amoureux. Si « Hush » est l’épisode où Buffy et Riley vont enfin cesser de tourner autour du pot et découvrir leurs identités secrètes respectives, l’épisode traite aussi du sentiment amoureux chez
des couples déjà ensemble et qui doivent consolider leur relation ou rompre. C’est d’ailleurs un fait marquant : en dehors de Spike, qui se pose comme le ressort comique de l’épisode et reste à
part, il n’y a que des couples dans cet épisode : Buffy et Riley, mais aussi Willow et la timide Tara qui apparaît pour la première fois ici au détour d’une réunion de la Wicca, Alex et Anya et
enfin Giles et Olivia, personnage secondaire qui fait également son entrée ici et dont on apprend qu’elle est l’amie intime de l’Observateur. Cette cohésion se retrouve d’ailleurs jusque dans les
dernières scènes, où n’apparaissent que des couples.

Un épisode muet sous forme de rêve éveillé

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Mais revenons d’abord à ce rêve, significatif à plus d’un titre, non seulement parce-qu’il contient en lui toute la thématique de l’épisode et annonce aussi que cette parenthèse muette
s’apparente à un rêve éveillé. Buffy s’endort en cours magistral de psycho et est invitée à s’allonger sur le bureau de la prof devant tout le monde pour que Riley l’embrasse en guise de
« démonstration » sur la communication. Elle se sent légitimement fragilisée et mise à nu, mais il la rassure en lui disant que la nuit tombera, comme si ce rideau bienfaiteur éclipsera
l’environnement où ils se sentent observés et épiés. Ce qui ne manquera pas d’arriver. Cette image est à double-sens : d’un côté, elle dit comment le monde semble disparaître lorsque l’on tombe
amoureux, d’autre part, elle annonce aussi l’alchimie qui va véritablement se trouver consolidée entre eux en fin d’épisode et fera d’eux un véritable couple. C’est en effet la nuit que l’un et
l’autre se sentent le plus à l’aise et que chacun revêt son identité secrète et c’est à ce moment que tout se jouera entre eux.

Si la Tueuse et l’assistant de la prof de psycho (qui est membre du commando secret l’Initiative la nuit tombée) flirtaient et se tournaient autour dans les épisodes précédents, c’est
véritablement dans cet épisode qu’ils s’aperçoivent qu’ils sont amoureux et que cette expression prend tout son sens. C’est de cette excitation et cette peur d’avant cette révélation mutuelle, ce
moment fragile où tout peut basculer dont la chanson de la fillette du rêve se fait la métaphore. « Tu ne peux pas pleurer, tu ne peux pas crier/Les Gentlemen vont venir chez toi/Ils regardent
aux fenêtres et frappent aux portes/Ils ont besoin d’en prendre sept et ils prendront peut-être le tien/Tu ne peux pas appeler Maman, tu ne peux articuler un mot/Tu mourras en hurlant mais
personne ne t’entendra. »

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Chanson annonciatrice du vol de la voix des personnages par les méchants de l’épisode, les Gentlemen, la comptine macabre est une métaphore claire de l’expression « avoir le souffle coupé » par
quelqu’un dont on découvre avec « effroi » qu’on l’aime et qu’on ne sait pas comment les choses se passeront. C’est ce frisson d’avant le passage à l’acte que ressend Buffy dans le rêve alors que
cela fait plusieurs épisodes qu’elle et Riley tournent autour du pot.

Dans la scène qui intervient juste après, au réveil, les paroles coupent le moment idéal du premier baiser et c’est finalement grâce au vol de leur voix et à la peur mutuelle qu’ils ressentent
l’un pour l’autre qu’ils pourront échanger un premier baiser alors qu’ils font chacun leur ronde pour rétablir l’ordre alors que le chaos règne en ville. Le monde extérieur est très peu présent
dans l’épisode et n’est suggéré que par quelques plans de la ville dans deux brèves scènes et quelques brefs passages à la fac où l’on prend conscience de l’effet provoqué par le sort. Dans la
scène en ville lorsque le couple se retrouve, force est de constater qu’ils font fi du monde autour d’eux, accentuant l’impression de rêve éveillé.

Cri et orgasme

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Quand on parle de sentiment amoureux, il est aussi question d’alchimie. C’est cette question épineuse qui ressort des différentes trames entre les couples de la série et permettra la naissance de
deux couples, la consolidation d’un autre et mènera à la rupture du dernier. Willow, qui a été plaquée par Oz et commence tout juste à s’en remettre, rencontre ici Tara lors d’une réunion de la
Wicca et c’est lors d’une scène où les deux filles doivent échapper aux Gentlemen que l’on voit très clairement qu’elles finiront ensemble quelques épisodes plus tard. Comme Buffy et Riley qui
parviendront à vaincre les méchants ensemble, les deux sorcières ont une alchimie et une confiance instinctive tellement évidente qu’elle leur permet d’unir leurs pouvoirs pour déplacer par la
pensée un distributeur qui leur sauvera la vie.

Et quand on parle d’alchimie, on ne peut également échapper à l’alchimie des corps. Comme souvent dans Buffy, il est encore ici question de sexualité et on peut même
dire que la question de l’orgasme est centrale dans l’épisode. Le sujet est abordé de manière frontale par Anya, qui qualifie Olivia comme étant « l’amie d’orgasme » de Giles et reproche à Alex de
ne pas parler suffisamment avec elle sous prétexte qu’il lui « donne beaucoup d’orgasmes. » Et c’est bien de ça dont il s’agira pour ces deux couples dans l’épisode : voir si, au-delà de l’alchimie
physique, ils sont faits pour être ensemble. La réponse sera oui pour Alex et Anya et non pour Giles et Olivia.

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C’est lors d’une scène de quiproquo que le couple Alex/Anya apparaît comme véritablement amoureux. Alors qu’Anya dort sur le canapé chez Giles, Spike se relève derrière elle avec son visage de
vampire avec le sang aux lèvres (il vient d’en boire en tasse) et Alex se précipite sur lui, pensant qu’il l’a mordue même si cela est impossible à cause de la puce qu’il a dans le cerveau. C’est
lorsqu’il s’aperçoit qu’elle est bien en vie que le jeune homme, rassuré, se précipite dans ses bras et qu’elle a la confirmation qu’elle compte vraiment pour lui. Inutile de passer sur la
métaphore de la morsure du vampire – qui n’a pas lieu ici et est remplacée par une étreinte… avant qu’Anya ne fasse un geste des doigts sans équivoque pour signifier qu’elle a envie de faire
l’amour avec lui.

Mais la métaphore principale autour de l’orgasme n’est autre que celle du cri qui permet de tuer les Gentlemen. Dans la chanson, la fillette dit bien « Tu mourras en hurlant, mais personne ne
t’entendra »
et c’est bien en faisant résonner une voix humaine que les méchants très timburtonniens peuvent être vaincus. A partir de là, il y a deux cris significatifs dans l’épisode : l’un
muet, est poussé par Olivia, le second par Buffy. L’orgasme est l’apogée de l’alchimie dans un couple et, dans le cas de Giles et Olivia, outre le caractère épisodique de leur relation et
la distance, ce qui annonce leur séparation à venir est bien ce cri muet qu’elle pousse alors que les Gentlemen apparaissent à la fenêtre, la prenant par surprise. Ce plan annonce la fin du
couple. Comme annoncé dans la chanson, c’est bien parce-que personne ne l’entend que le couple mourra en fin de compte. La jeune femme, trop effrayée par l’environnement surnaturel qui entoure
Giles, préférera en rester là.

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Quant à Buffy, c’est bien ce cri expiatoire qui permet d’exorciser la peur qui se trouvait entre elle et Riley que leur couple pourra s’épanouir et qu’ils pourront survivre et sauver les
habitants. De manière significative, ils font équipe ici et ne peuvent compter que sur leur seule alchimie puisque leurs armes leur sont rapidement confisquées après qu’ils se soient retrouvés
face à face, arbalète et fusil high-tech en mains… On passe la métaphore sur les armes là encore. Le fait est qu’ils se retrouvent au sens propre et figuré désarmés et c’est leur confiance
instinctive, cette alchimie mystérieuse qui, comme dans le cas de Willow et Tara, leur permettra de survivre et de récupérer leur voix.

C’est donc sans mots (on dit bien qu’un signe qui ne trompe pas quand on est amoureux est de se passer de mots) que les couples se font et se défont dans « Un silence de mort » et
la nuit que tout se joue. Une fois la parenthèse refermée, Buffy et Riley ainsi que Giles et Olivia doivent affronter une discussion de rigueur mais les dés sont déjà jetés. Et, malgré le silence
final après le « Il faut qu’on parle » final entre la Tueuse et son nouvel amoureux, la peur est bel et bien exorcisée et la confiance présente leur permettra de fonctionner en équipe dès l’épisode
suivant.

« Un silence de mort » apparaît donc très clairement comme une métaphore amoureuse et une parenthèse dans la saison, un rêve éveillé qui annonce d’ailleurs déjà l’épisode de fin de saison,
« Cauchemars » (« Restless »), sur lequel nous reviendrons dans un prochain article.

 

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les vampires : « Un silence de mort »/ »Que le spectacle commence ! »

 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.