[Critique] Les nouvelles aventures de Sabrina : Une sorcière gentiment dark

Caractéristiques

  • Créé par : Roberto Aguirre-Sacasa
  • Avec : Kiernan Shipka, Ross Lynch, Lucy Davis, Chance Perdomo, Miranda Otto, Michelle Gomez...
  • Saison : 1
  • Année(s) de diffusion : 2018
  • Chaîne originale : Netflix
  • Diffusion françaisee : Netflix

Un reboot dark, attachant… mais assez lisse

Les Nouvelles aventures de Sabrina, la nouvelle série horrifique Netflix (Castlevania…), se présente comme un hybride étrange (et étrangement assez attachant) entre la noirceur, l’horreur et la maturité de Buffy contre les vampires et une ambiance magique nimbée de messages positifs post-#MeToo pour la jeunesse (pro-féministe, pro-transgenre…) traitée d’une manière qui n’est pas sans rappeler les films Harry Potter, plus simples que les romans de J.K. Rowling. Le fait que Kiernan Shipka qui incarne Sabrina Spellman ait des faux airs d’Emma Watson n’est pas non plus pour rien dans ce ressenti. Si l’intrigue développée tout au long de ces 10 épisodes (plus un spécial de Noël sorti en décembre) évite habilement tout manichéisme en faisant des sorcières des êtres bien plus complexes que ce qu’on a l’habitude de voir (les tantes de Sabrina, par exemple, ne sont ni foncièrement bonnes, ni exactement « mauvaises »), la manière dont les dilemmes moraux des personnages sont résolus apparaît assez lisse, tout en étant très cohérente.

image kiernan shipka ross lynch sabrina et harvey au cinéma épisode 1 les nouvelles aventures de sabrina netflix
© Netflix

Autant l’arc narratif est fait pour mener Sabrina au plus près du côté obscur — avec son lot d’incertitudes quant à son évolution lors de la saison 2 d’ores et déjà annoncée pour le 5 avril 2019 — autant la manière de boucler les différentes trames d’un épisode à l’autre est faite pour ne pas trop chahuter le spectateur : les messages sont souvent soulignés (sans être martelés non plus, mais bon…), et le jeu des acteurs a ce quelque chose d’attachant, mais aussi de rassurant, qui fait que bien que l’on souhaite voir la suite de leurs aventures, on n’est jamais véritablement pris aux tripes, malgré les thématiques parfois assez sombres abordées, telles que le deuil.

Un teen drama fantastique post-#MeToo à l’esthétique léchée

image kiernan shipka radio épisode 1 les nouvelles aventures de sabrina netflix
© Netflix

Née en 2018 dans une ère post-#MeToo, Les nouvelles aventures de Sabrina est également une série faite pour les jeunes femmes d’aujourd’hui, celles qui ont grandi avec les films Harry Potter et non les livres, comme nous le disions plus haut : car, en refusant d’inscrire son nom dans le Livre de la Bête lors de son Baptême Noir, en s’élevant ainsi contre le Seigneur des Ténèbres et son propre coven, Sabrina bouscule l’ordre (patriarcal) établi où les femmes (les sorcières) sont à la solde des hommes (une sorcière ne peut refuser l’appel et les ordres du Seigneur des ténèbres) et, s’affirme peu à peu, tandis que ses prises de position bousculent ses tantes, qui n’ont quant à elles jamais remis en cause leur place au sein de cette hiérarchie assez inquiétante. Le traitement est à l’avenant des travers de notre époque : rempli de bonnes intentions, globalement assez juste, mais assez lisse au demeurant.

image episode 5 famille spellman les nouvelles aventures de sabrina netflix
© Netflix

Cela pourra rebuter les spectateurs les plus exigeants, tandis que d’autres (dont nous faisons plutôt partie) accepteront cet état de fait et apprécieront la belle direction artistique et la qualité de la B.O., qui apportent une ambiance à mi-chemin entre le rétro des années 60 et le gothique du milieu des années 90 dans lesquelles se déroulent ces nouvelles histoires. C’est bien simple : avant que des références pop (notamment aux comics Sandman de Neil Gaiman) ne fassent surface pour nous permettre de dater l’action, on pourrait tout à fait croire que le reboot se déroule vers le milieu des années 60 tant les décors et les costumes jouent sur cette ambivalence. Cette élégance rétro très comics est la grande force de la série dirigée par Roberto Aguirre-Sacasa et adaptée du reboot du comics original d’Archie Comics, qui revisitait déjà en mode dark les gentilles aventures de la blondinette aux pouvoirs magiques et de son chat parlant Salem.

Miranda Otto flamboyante en tante (pas si) diabolique

image miranda otto tante zelda avec un porte-cigarette les nouvelles aventures de sabrina netflix
Miranda Otto dans le rôle de tante Zelda. © Netflix

Les spectateurs nostalgiques de Sabrina l’apprentie-sorcière avec Melissa Joan Hart ne devront pas trop se formaliser de voir les Spellmann (à la tête d’une société de pompes funèbres) au service de Satan et tante Zelda tuer de manière cruelle et répétée sa sœur Hilda (immortelle) à chaque fois qu’elle l’enquiquine. Ce qui nous mène au 2e point fort des Nouvelles aventures de Sabrina : les sorcières plus ou moins diaboliques ont du style, et le personnage incarné par l’excellente Miranda Otto, qui faisait déjà un redoutable agent double dans Homeland, en tête. Sa tante Zelda est à la fois d’une cruauté inouïe par moments, au point d’en paraître assez effrayante dans les premiers épisodes, tout en étant entièrement dédiée au « Dark Lord », et peut-être encore davantage (?) à la protection de sa nièce.

image labyrinthe de foin épisode 1 les nouvelles aventures de sabrina netflix
© Netflix

Dure et sévère, mais pourtant aimante et déstabilisée par son humanité qui fait de plus en plus surface jusqu’à éclater dans toute sa splendeur dans le dernier tiers de la saison, Zelda est sans conteste le personnage le plus fascinant de cet élégant reboot, et compense la relative simplicité d’autres personnages récurrents tels que Harvey (qui est cependant bien moins benêt que dans la sitcom des années 90) ou Rosa. C’est aussi pour elle (et pour voir à quel point Sabrina peut s’approcher du côté obscur) que l’on regarde cette saison jusqu’au bout, laquelle s’achève sur des perspectives intéressantes. Ne reste plus alors qu’à espérer que le showrunner et les producteurs sauront aller jusqu’au bout du potentiel du retournement de situation final, avec une complexité encore plus accrue, plus de pep’s et plus de tripes.

6/10

Réactions (3)

  1. J’hésite à la voir. Vous dites qu’au final il reste lisse, alors que j’avais lu que la série était quand même bien plus dark que la précédente, mais on dirait qu’ils vont jamais au bout de leurs idées les réals. Surement les impératifs du grand public. Belle année à vous.

    1. Quand je parle de côté lisse, je parle surtout du traitement général des trames narratives adolescentes, de la manière de faire passer certains messages de manière moins implicite que des oeuvres plus anciennes, et du fait que le tout manque d’émotion. Le ton est cependant réellement bien plus sombre que la sitcom, et il y a pas mal de violence dans le côté fantastique, notamment (sans trop spoiler) des personnages qui se font égorger. Et comme je le dis, l’ordre des sorcières est assez complexe, voire un peu “flippant” même si la série ne fait pas peur pour autant. Vous pouvez regarder le premier épisode pour vous faire une idée… Dans tous les cas, ce n’est pas une mauvaise série, loin de là. Très belle année également ! — C.D.

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