[Test – Playstation 4] A.O.T. Wings Of Freedom : une recette renouvelée

image wings of freedom attack on titanCaractéristiques

  • Test effectué sur : Playstation 4
  • Genre : Action, Musou
  • Distributeur : Koei Tecmo Europe
  • Développeur : Omega Force
  • Sortie France : 26 août 2016

Test

Quand un joueur confirmé voit apparaître l’incontournable duo formé par l’éditeur Koei Tecmo et le développeur Omega Force, il sait déjà où il met les pieds. Plus précisément, il est déjà au courant de quel genre de jeu on va causer : le Musou, ou le « Dynasty Warriors like » pour utiliser une image qui pourra peut-être plus parler. En gros, ces softs qui vous projettent au sein d’un univers historique, japonais de surcroît, et qui vous réserve une action aussi frénétique que répétitive : vous débarrasser de grappes d’adversaires par centaines, par milliers voir plus si affinité. Au fil du temps, Omega Force a ouvert les portes, relevé une recette qui, il faut bien le dire, commençait à perdre de sa superbe au fil d’épisodes pas toujours réussis. Des modifications plus ou moins profondes, liées en fait à un changement superficiel majeur : l’utilisation d’univers d’autres jeux ou d’anime, voire de mangas. C’est ainsi qu’on a vu arriver le très bon Dragon Quest Heroes (dont la suite est déjà sortie au Japon), du One Piece en veux-tu en voilà, du Zelda avec Hyrule Warriors, et même des choses plus pointues comme Arslan. Alors que Berserk arrivera en 2017 (miam miam), une autre licence bien connue des amateurs de bandes dessinées japonaises passe aujourd’hui au grill du Musou : L’Attaque Des Titans, avec un A.O.T. Wings Of Freedom attendu au tournant.

Histoire : 5/5

A.O.T. Wings Of Freedom ne s’embarque pas dans une tentative de scénarios inédits, ces derniers étant autant d’initiatives qui, il faut bien le reconnaître, se trouvent être assez souvent une déception. Afin de respecter au mieux la licence, et surtout en sauvegarder toute la substantifique moelle, Omega Force s’est lancé dans une adaptation à la lettre de la première saison du dessin animé, et c’est une réussite à tous les étages. Pour celles et ceux qui n’auraient jamais abordé L’attaque des Titans, en voici un bref résumé : nous sommes en plein huitième siècle d’une ère inconnue, et l’humanité doit faire face au plus grand danger qu’elle pouvait imaginer. Des titans assoiffés de sang sont apparus de nulle part, et se nourrissent de chaire humaine. Seule solution face à cette terrifiante menace, l’humanité construit trois gigantesques murs (baptisés Maria, Rose et Sina, trois noms de déesses) assez imposants pour permettre à l’espèce de perdurer.

Quelques cent ans plus tard, l’être humain s’est adapté à cette situation et la vit à peu près bien. Seulement, par-delà les murs, un nouveau titan approche, bien plus grand et fort. Il ouvre une énorme brèche dans le mur Maria, par laquelle s’engouffrent des dizaines, des centaines de titans. Une catastrophe qui accouchera d’un dramatique bilan de victimes englouties dans les entrailles des monstres, dont la mère d’Eren. Encore enfant, ce dernier se fait la promesse qu’il ne grandira que pour tuer ces géants. Dévoré par la colère et le désir de vengeance, celui qui est devenu un jeune homme accompli son rêve : rejoindre le bataillon d’exploration, dans le but de liquider le plus de titans possible.

A.O.T. Wings Of Freedom met en place une narration efficace, classique mais très fluide. Omega Force opte pour une avancée linéaire : le chemin est tracé, mais tout en laissant au joueur la possibilité de souffler entre deux grosses phases de gameplay, notamment grâce à des cutscenes d’une belle qualité et totalement réalisées avec le moteur du jeu. Le studio de développement a été très attentif à la retranscription de l’univers de la licence, qui baigne dans un désespoir pesant et une direction artistique glauque, et pour mieux y arriver il nous laisse la possibilité de vivre de petits moments d’accalmie. On discute alors avec nos coéquipiers, on se rend compte de leurs doutes, de l’état d’esprit peu engageant de certains que l’on sent très marqués par la situation. On s’attache vite aux personnages principaux, qui sont d’ailleurs tous de la partie : Eren donc, mais aussi Annie, Livaï ou encore Mikasa, chacun aura d’ailleurs son instant de gloire, et pour certains ils passeront même jouable dans le mode Histoire, apportant au passages des caractéristiques qui leurs sont propres. Dans l’ensemble, on a d’excellentes sensations du pur point de vue narratif et rendu de l’atmosphère si particulière de la licence, ce qui constitue un quasi-miracle tant l’ambiance est liée à beaucoup de ressentis profonds. Autre excellent point, le jeu est entièrement traduit en français, et le doublage japonais a été conservé. Tout pour que le scénario de A.O.T. Wings Of Freedom soit vécu comme un moment mémorable, donc.

Gameplay : 4/5

image jeu aot wings of freedom
Image issue du Playstation share.

Tout comme dans l’anime, l’équipement de manœuvre tridimensionnelle est au centre du gameplay de A.O.T. Wings Of Freedom, et c’est la feature qui fait toute la différence avec le genre du Musou. L’action à l’écran vous rappellera forcément le « Dynasty Warriors Like« , de par les repères sur une map bien apparente et en constante évolution de contenu, mais aussi cette avalanche d’informations et d’effets qui pourra surprendre dans les premiers temps. L’habillage est donc typique de ce à quoi nous habitue Omega Force depuis des années, et pourtant le feeling, manette en mains, est pas mal différent. Adieu les joutes à pieds (par contre on conserve le cheval), A.O.T. Wings Of Freedom vous fait prendre votre envol grâce à l’équipement guerrier du bataillon. Et rien de plus logique : puisque les ennemis sont titanesques, et que leur point vital est la nuque, il va falloir voir grand. L’équipement se divise en trois : un grappin pour décoller, une réserve de gaz pour accélérer, et un duo de lames afin de trancher dans le vif.

Passé un léger temps d’adaptation, on maîtrise l’équipement et, alors, on ressent cette sensation grisante d’un survol en toute maîtrise. Bientôt, on parcourt des centaines de mètres sans ne jamais toucher le sol, pour fondre toutes lames dehors sur une cible. Ce qui est un véritable plaisir avec un pad est peut-être un léger problème de cohérence avec la licence : jamais, dans cette dernière, on ne sent les personnages aussi puissants ou, c’est selon, les titans aussi faibles (enfin, jusqu’au chapitre 3 qui introduit… vous verrez bien). A.O.T. Wings Of Freedom a du faire un choix afin de trouver un équilibre de gameplay convenable, et celui-ci passait fatalement par cette modification qui, le plus simplement du monde, permet au jeu d’exister. La difficulté (réglable en début de partie ou en cours, et un mode supérieur se débloque après le premier run) viendra d’autres éléments : le nombre d’adversaires évidemment, mais aussi le chaos sur la map qui, bien vite, deviendra laborieusement gérable. Il faut faire preuve d’un sacré sens du rythme si vous ne voulez pas perdre des bastions, ou vous faire surprendre par des titans énervés.

Pour les calmer, vous êtes armés d’une double lame qui vous servira à tailler les membres des vilains pas beaux, et à leur planter la nuque dans le but qu’ils disparaissent définitivement. Le procédé est ingénieux : on accroche au titan, et l’on peut soit rester à distance histoire de trouver le meilleur angle d’attaque, soit foncer sur la cible pour en découdre. Sectionner un membre n’est jamais de trop, cela permet de déséquilibrer l’ennemi, ou de le désarmer de ses bras dangereux. Une fois à terre, il suffit de donner le coup de grâce, lequel peut aussi être asséné sans passer par le dépeçage de la future victime, mais pour se faire il faudra trouver le bon angle. En jouant à A.O.T. Wings Of Freedom, vous découvrirez une multitude de petites subtilités, comme le déclenchement d’un état second, le fait de pouvoir faire évoluer le matériel via les points d’XP gagnés en fin de niveau (un petit côté RPG, donc), le recrutement d’alliés sur le champs de bataille, ou encore le fait de devoir réapprovisionner votre équipement qui s’use à une certaine vitesse. On le sait le genre du Musou a tendance à accoucher de jeux que certains qualifient de répétitifs, c’est pour nous un fait assumé par ses codes, mais forcé de constater qu’ici c’est un peu moins le cas.

Technique et ambiance sonore : 4/5

image gameplay aot wings of freedom
Image issue du Playstation Share.

A.O.T. Wings Of Freedom fait le choix on ne peut plus cohérent du cel shading, histoire de donner au visuel une patte rappelant que l’on fait face à l’adaptation d’un dessin animé. On a une retenue, et elle concerne le framerate. Ce dernier peut parfois s’essouffler quand ce qui se passe à l’écran est un peu trop foisonnant. Que l’on soit clair, on ne fait pas face à une tuerie technique, par contre il se dégage une telle personnalité de l’ensemble que l’on n’est jamais gêné, par exemple, par des environnements qui manquent peut-être un peu de vie. Encore une preuve qu’une excellente direction artistique est au moins aussi importante que le nombre de polygones.

Côté sons, on avait un peu peur que l’excellent travail de Hiroyuki Sawano sur l’anime ne soit pas rejoint dans la qualité des morceaux du jeu. Si l’on a droit à des partitions un peu en-dessous, on est agréablement surpris de l’impression laissée par l’ensemble de l’OST d’A.O.T. Wings Of Freedom, énergique et très à-propos. Les bruitages sont peut-être un peu en retrait pendant les phases de gameplay, mais rien de bien important. On s’empare de l’occasion pour souligner l’excellent choix de Koei Tecmo Europe de nous proposer le doublage japonais d’origine, lequel est d’une qualité exemplaire.

Durée de vie : 3/5

image ps4 aot wings of freedom
Image issue du Playstation Share.

Les « Dynasty Warriors like » nous ont habitué à une durée de vie à rallonge, parfois un peu superficielle mais qui ne déçoit pas sur le contenu. On ne cache pas une pointe de déception pour ce qui est de celui d’A.O.T. Wings Of Freedom, dont le solo se boucle en un peu moins de dix heures pour le premier run. Ce dernier débloque un niveau de difficulté assez rude, dont on vous conseille ardemment la découverte. Si l’on ajoute un mode libre sympa mais pas transcendant, et un mode online fun mais limité en intérêt, on obtient tout de même une durée de vie satisfaisante.

Note finale : 16/20

On va vous faire une confidence : on n’attendait pas autant d’A.O.T. Wings Of Freedom. Pas que le talent talent du studio Omega Force soit mis en doute, mais on ne voyait pas leur recette s’adapter à cette licence. Et pourtant, le miracle a eu lieu. Pas une réussite sur toute la ligne, notamment du côté de son framerate pas parfait et de sa durée de vie en-dessous des standards du genre Musou, mais un jeu qui réussit à rendre l’ambiance de son modèle animé palpable, un scénario fidèle et bien orchestré, et un gameplay qui s’avère terriblement grisant une fois maîtrisé. Si l’on ajoute que Koei Tecmo Europe nous fait un immense plaisir en traduisant entièrement le jeu dans la langue de Molière, et en gardant les doublages japonais d’origine, alors on peut estimer que l’on est là face à la meilleure adaptation d’un anime depuis quelques temps.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
/10