[Test – Playstation 4] Abzû : les abysses n’ont jamais été aussi belles

image jaquette abzuCaractéristiques

  • Test effectué sur : Playstation 4
  • Genre : Aventure
  • Éditeur : 505 Games
  • Développeur : Giant Squid
  • Sortie : 2 août 2016 (téléchargement), 27 janvier 2017 (boîte)

Test

Il est indéniable que l’essor du jeu vidéo indépendant a permis au média vidéoludique de développer une certaine liberté « auteurisante ». Un constat qui ne cesse de se vérifier depuis bien des années, et plus particulièrement grâce aux nouvelles façons de « consommer » du jeu vidéo sur consoles via les plateformes de téléchargement. Rappelez-vous de la sortie d’un Braid sur Xbox 360, du merveilleux bouche-à-oreille qui s’en est suivi, ainsi que de son succès critique et d’estime carrément mérité. Bien évidemment, tout n’est pas à féliciter chez les indés, et certaines facilités ont pointé le bout de leur nez depuis quelques temps : même si on adore le néo-rétro chez Culturellement Vôtre, avouons que certains softs en abuse particulièrement. Comme pour tout médium, c’est le talent derrière l’œuvre qui fait la différence, et c’est pour cela qu’Abzû a provoqué un fort intérêt avant même sa parution : des anciens de chez Thatgamecompany (Flow, Flower, Journey) qui se rassemblent pour  former le studio Giant Squid, ça titille. Encore fallait-il que le jeu soit à la hauteur des espérances, et c’est ce que nous avons vérifié…

Histoire : 4/5

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Côté scénario et narration, Abzû est clairement un soft marqué par l’évolution du jeu vidéo indépendant. Aucun texte ni aucun dialogue n’est à prévoir, tout passe par le jeu, son cheminement, des découvertes liées à l’avancée, et c’est une réussite. Peut-être un peu moins dans la matière du scénario en elle-même : le fondamental, qui finalement reste bien dans les clous de ce qu’on pouvait attendre. Sans trop en dévoiler, et ce même s’il n’y a pas grand chose à spoiler, Abzû est sans aucun doute un jeu écolo, qui nous parle des dangers de l’irrespect de l’environnement. Un sujet certes usité, mais qui mérite l’effort de répétition, notamment en ces jours où un certain président des États-Unis nie l’impact humain sur les conditions climatiques pour le moins changeantes.

On croisera dans Abzû une sorte de melting-pot historique, fait de références à quelques civilisations fantasmées ou disparues. Bien entendu, on pensera fortement à la légendaire Atlantide, mais il est aussi inconcevable de ne pas déceler un rapport à l’Égypte dans les représentations qui ornent les ruines sous-marines que l’on est parfois emmené à explorer. Le traitement de Giant Squid reste minimaliste, ou du moins sait se faire discrète afin de laisser au joueur l’intention du premier pas vers l’intérêt scénaristique. C’est un choix risqué mais payant : « la nageuse », notre avatar dans ce monde sous-marin, est sciemment écrite comme un vaisseau à l’intention du gamer. Un peu à l’image d’un Link : elle est le moyen de vivre, et pas celle qui vit. On perd donc en charisme ce que l’on gagne en ressenti, une manière maîtrisée de donner du relief à l’univers d’Abzû, et à son trip proposé.

Gameplay : 4/5

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Une chose est sûre : le concept d’Abzû rappellera beaucoup de choses aux amateurs des travaux de Thagamecompany. C’est très simple, il n’y a aucun danger de mort, aucune envie de proposer un quelconque challenge qui se substituerait à l’univers. « La nageuse » découvre en même temps que le joueur : on explore, on trouve et on ressent. Le gameplay en lui-même est réduit à son plus simple appareil : une touche afin de provoquer une onde de sonar, histoire de lancer les quelques interactions ic ou là. Une autre pour accélérer et qui, enchaînée à la manière d’un double saut, puis d’un triple, permet d’atteindre une certaine accélération. La gâchette droite afin de nager, la gauche pour s’agripper aux animaux aptes à servir une telle volonté (tortues de mer, requins etc). Une simplicité qui provoque une prise en mains immédiate, surtout que Giant Squid a réussi à façonner une caméra facile à diriger.

Dans Abzû, on explore, on flâne, on découvre et on avance. Chaque nouvelle zone atteinte est l’occasion de déceler de nouvelles espèce via des sources plus ou moins aisées à repérer. De la même façon, il faudra trouver des sortes de petits robots qui seront utiles afin d’ouvrir certaines voies. Enfin, des fossiles sont à collectionner, et des points de méditation à révéler. Ces derniers sont une façon de mettre en lumière le gros travail de Giant Squid sur le comportement de la faune sous-marine, en nous permettant de nous projeter à proximité d’une espèce, au choix du joueur, afin de l’admirer dans son milieu naturel. Un peu de zen n’a jamais fait de mal à personne. Certains passages sont un peu plus speed : « la nageuse » doit parfois passer par des courants à toute vitesse. Des passages agréables à vivre, qui contribuent au bon rythme d’Abzû.

Technique et ambiance sonore : 5/5

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« Comment ça, la note maximale pour un jeu même pas AAA ?« . Eh bien oui, Abzû est une véritable caresse pour les sens, un plaisir des yeux et des oreilles. Tout est source d’émerveillement, que ce soit la propension à la vie sous-marine, ou encore la direction artistique qui englobe le tout : on est tout simplement éblouis d’un bout à l’autre de l’aventure. Cela regorge de couleurs, chaque découverte est l’occasion de s’en mettre plein les mirettes, et les modèles des différents animaux satisferont pleinement les plus spécialistes d’entre vous. Un véritable travail d’orfèvres, que quelques ralentissements et des temps de chargement un peu longs ne parviennent pas à atteindre : on en sort comblé.

Le même constat est à faire côté ambiance sonore d’Abzû, avec une bande originale fantastique en tous points. Aux commandes de ce travail savoureux, on retrouve Austin Wintory, qui a notamment mis en musique Flow et Flower, mais aussi The Banner Saga 2 ou encore Assassin’s Creed Syndicate. On adhère sur tous les morceaux, qui accompagnent parfaitement le joueurs dans ses différents ressentis. Du très, très bel ouvrage.

Durée de vie : 3/5

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Bien évidemment, on ne juge pas avec les mêmes critères la durée de vie d’un jeu comme Abzû que celle d’un World Of Final Fantasy. Le jeu de Giant Squid est un trip, il est traité et vécu comme tel. Et comme tout soft de ce genre il ne faut pas que le joueur se lasse. Bonne nouvelle, ce n’est pas le cas, et les trois heures de jeu grand maximum sont bien vécues. Seul petit regret au tableau, que le jeu ne propose pas réellement une rejouabilité axée sur un contenu à farfouiller. Malgré cela, Abzû se boucle d’une manière accomplie, donc ne laisse aucune impression de sous-exploitation, et c’est bien là l’essentiel : les développeurs ont été au bout de leur idée.

Note finale : 16/20

Ressorti en boîte tout récemment, une excellente initiative de 505 Games (Virginia, Portal Knights, Assetto Corsa) Abzû est l’une des plus belles expériences vidéoludiques de l’année 2016. Clairement adressé aux joueurs qui aiment flâner, explorer et contempler, le jeu se savoure sur sa courte durée. Servi par un gameplay bien fignolé, une bande son fabuleuse, et une histoire classique mais prenante, ce soft enchanteur apporte une quiétude qu’on aime retrouver de temps en temps dans une production vidéoludique parfois un peu trop pétaradante. Abzû est une véritable bouffée d’air frais donc, et ce même si elle est effectuée sous l’eau.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato