[Test – Playstation 4] Nioh : pour rugir de plaisir

image jaquette niohCaractéristiques

  • Test effectué sur : Playstation 4
  • Genre : RPG, Action
  • Éditeur : Sony Interactive Entertainment
  • Développeur : Team Ninja
  • Sortie : 8 février 2017

Test

L’époque est au règlement de compte, une sorte d’O.K. Corral vidéoludique mettant en scène le public impatient et certains softs-serpents de mer attendus depuis des années. Raillés pour leurs multiples reports, The Last Gardian (lui aussi édité par Sony Interactive Entertainment) s’en est très bien tiré, Final Fantasy 15 beaucoup moins (oui, un test arrive, promis juré, mais c’est dur). Aujourd’hui, c’est au tour de Nioh de passer au crible, lui qui fut présenté pour la première fois au tout début de l’ère Playstation 3, lors de l’E3 2005. Un bout de temps donc (et encore plus si l’on prend en compte que le jeu fut en fait intitulé Oni, basé sur un projet de film non terminé d’Akira Kurosawa, et annoncé en 2004…), plus important que pour les deux jeux précédemment cités ! Après avoir bourlingué de genre en genre, ayant été tour à tour un RPG puis un Beat them all avant, aujourd’hui, d’être allégrement comparé à la série des Souls, Nioh aura longtemps fait rire de son état de vaporware. Il est temps de régler les comptes.

Histoire : 4/5

Nioh ne peut pas cacher qu’il est un jeu développé par la Team Ninja. C’est donc avec une énergie débordante qu’on nous raconte l’histoire de William Adams, qui a réellement existé mais dont le destin ici conté est évidemment romancé. Tout débute dans les cachots de la Tour de Londres, alors que William s’échappe et, au passage, s’acoquine avec l’Esprit Saoirse. Ensemble, ils sont appelés à la rescousse dans un pays lointain. Nous sommes en 1600, et le Japon est en proie à une menace profonde, une guerre lancinante contre des démons locaux. C’est sur ces terres ravagées que William accoste, et va se retrouver embourbé dans un conflit rassemblant des figures historiques diverses, comme Hattori Hanzo (non, pas le personnage joué par Sonny Chiba dans Kill Bill Volume 1), la reine Elizabeth I, Oda Nobunaga

Nioh marque ici une première différence avec la série des Souls, à laquelle le jeu se rapporte tout de même sur certains éléments. Point de scénario qui se découvre par le gameplay, de manière minimaliste voire cryptique. Non, le récit de Nioh est plus direct, et la narration moins finaude par la même occasion, passant par des cinématiques et des phases de dialogues classiques mais bien écrites. C’est donc une toute autre philosophie qui est ici à l’œuvre, plus cadrée, plus dirigiste, et cela se retrouve jusque dans le découpage du jeu, en missions et non pas autour d’un hub. La qualité de l’histoire est au rendez-vous, on suit les événements avec intérêt, et la touche historique rajoute une bonne dose de piment : le mélange entre personnages réels et traitement par le fantastique (voire l’horreur) donne toujours de bons fruits. Seul regret, on aurait apprécié plus de détails sur les yokais et esprits pourfendus, pourquoi pas dans un journal dédié.

Gameplay : 5/5

image ps4 nioh
Image éditeur.

On va être clair : ce sera difficile, sur cette année 2017, de faire plus jouissif que Nioh. Ce qui ne veut pas forcément dire qu’on tient là le GOTY, certains challengers auront leur mot à dire, mais le dernier-né de la Team Ninja est un modèle de système équilibré. Tout d’abord, abordons la comparaison avec la série des Souls. Elle tient principalement sur la difficulté du soft, et peut-être aussi un peu sur la gestion de la stamina, ici rebaptisée Ki. Pour le premier élément, il est indubitable qu’on retrouve un peu du feeling des jeux de FromSoftware, dès lors on préférera parler de mise en avant de la prudence plutôt que de difficulté, même si évidemment les multiples morts subies feront penser le contraire. Nioh est un jeu qui ne pardonne aucune baisse de garde de la part du joueur, si vous vous lancez dans une joute de manière désinvolte, le soft vous le fera payer à grands coups de hache dans la tronche. Un exemple parmi tant d’autre est survenu lors d’un combat de boss : alors qu’il restait à ce dernier moins de 10% d’énergie, l’avatar de votre dévoué serviteur culminait à quasiment 100%. La tension baissa donc d’un cran et, très confiant, voilà qu’on se lance au contact sans vraiment réfléchir. Résultat : une prise, William qui se retrouve sonné, puis un enchaînement qui nous broie les os. Écran « Libéré de ce bas-monde« , et un coussin pour étouffer un cri dans la nuit.

Ce genre de situation va se répéter bien des fois lors de vos nombreuses heures passées avec Nioh. Et ce même si la courbe de progression est, là aussi, un modèle de tout ce qu’il faut faire. Observez bien, éditeurs américains, car voilà encore une démonstration réussie par un studio japonais qui, s’ils sont moins nombreux à réussir leurs coups depuis quelques années, restent les maîtres de la mise en valeur du skill. Tout le système semble avoir été pensé pour que le joueur ressente sa propre montée en puissance : des commandes simples à digérer (un bouton de frappe rapide, un pour les coups lourds, un pour l’esquive, un autre pour le déclenchement d’attaque spéciale etc), une barre de Ki pour que chaque mouvement trouve un écho chez l’avatar (et, donc, le joueur et sa façon de gérer les situations), des ennemis à l’intelligence artificielle pas trop poussée histoire que le gamer puisse analyser la routine et l’exploiter : la recette est bien connue, mais les ingrédients sont toujours aussi savoureux. D’autant plus que, dans Nioh, ils sont relevés par un ressenti encore plus viscéral que dans la série des Souls. Oui, c’était possible. Les coups sont plus vifs, la nervosité prend vite : celles et ceux qui ont été rebutés par le feeling des jeux FromSoftware tiennent sans doute là une alternative qui leur conviendra.

Nerveux donc, mais pas n’importe comment. Vous allez vite être confrontés au choix des armes (près avoir choisi une arme de prédilection, et une secondaire), et là encore le concept de Nioh met en avant le besoin vital de progresser, de maîtriser les mécanismes le plus fondamentalement possible afin de maximiser les chances de réussite. Cinq armes sont au programme : katana, lance, double lames, kusarigama (une faucille au bout d’une chaîne), et la hache. Chacune offre évidemment des forces et faiblesses dédiées. La hache est terriblement dévastatrice mais demande une telle débauche de Ki qu’il faut constamment faire attention à ne pas s’époumoner rapidement. On a eu un petit coup de foudre tardif pour le kusarigama, qui offre une bonne allonge et une amplitude permissive. La double lame est rapide mais peu puissante, de même elles forcent le joueur à aller au corps à corps. La lance est sans doute l’arme la plus difficile à maîtriser, car si elle assure une portée assez phénoménale (et très utile face à certains boss), elle est d’une lenteur terrible et donne beaucoup (trop) d’ouvertures aux belligérants. Le katana, quant à lui, est un modèle d’équilibre entre rapidité, puissance et allonge. À tout cela s’ajoutent les armes à distance : arcs, canons (portatifs, évidemment) et arquebuses, avec tout ce que cela comporte de munitions et d’effets associés. Signalons, d’ailleurs, qu’il est jouissif de placer un bon headshot des familles à distance…

image playstation 4 nioh
Image éditeur.

Des armes à maîtriser oui, mais ce n’est pas tout les concernant ! En effet, trois positions s’appliquent à chacune d’elle, et là encore Nioh ne fait que livrer au joueur une technicité qui, une fois maîtrisée, lui fera penser qu’il est Hattori Hanzo en personne. Position basse, qui assure une célérité terrible, position moyenne, qui représente un bon compromis entre attaque et garde, et position haute, qui garantie une force au top mais rend l’esquive plus difficile. La bonne maîtrise de ces trois postures fait partie de ces éléments qui font de Nioh un jeu d’une profondeur sidérante, tant ces trois possibilités sont à la fois utiles, décisives, et surtout à utiliser en toute maîtrise. Bien entendu, chacune des armes donne lieu à sa propre « offre » de coups, applicable quelle que soit le niveau de l’instrument de combat. En écrivant à propos de niveau, l’avatar grimpe au fur et à mesure grâce à l’Amrita (des orbes justifiées par le scénario) récupérée en terrassant les ennemis. Attention, car comme pour la série des Souls vous perdrez tout votre stock non-dépensé si vous vous faites terrasser (avec possibilité de récupérer en ralliant le lieu exact de la mort). Ce qui nous emmène aussi vers les arbres de compétences qui, vous vous en doutez, perfectionnent les connaissances de l’avatar. Par contre, concernant ces menus, on regrettera une sorte de joyeuse kermesse, pas lisible pour un sou et même parfois un peu obscure (les doubles et triples parchemin, cette blague). Autre retenue : le matchmaking est tellement lourd, mais lourd, qu’on n’a même pas tenté de l’approfondir. Une plaie à fonctionnement grotesque très proche de Dark Souls 3, à base de mot de passe (une tannée), ou encore d’objets à consommer pour avoir le droit de se faire rejoindre das les missions principale. Bref, sur ce point précis c’est raté.

Vous l’aurez compris, Nioh ne laisse rien au hasard, et c’est aussi le cas dans tous les éléments apparemment moins en vue. On adore les Kodamas par exemple, des petits personnages cachés au sein des niveaux et qui, une fois débusqués, vous donnent rendez-vous aux sanctuaires, ces endroits qui vous offre la sauvegarde, une remise en forme et l’accès à toutes les options. Ces facétieuses créatures débloqueront des bonus qu’il faudra sélectionner contre un peu de monnaie. Il y a encore tant et tant à décrire, mais nous vous laissons la joie de découvrir Nioh dans ses moindres détails. Les combats contre les esprits, qui s’engagent sur demande, le système monétaire, les achats, des succès internes au jeu qui offrent des points à dépenser pour des améliorations définitives, la forge, le ninjutsu qui vous permettra de vous constituer un arsenal digne d’un Tenchu hyper-développé. Impossible, cependant, de ne pas toucher un mot sur les boss, qui vous feront hurler au cœur de la nuit. Le pic de difficulté atteint alors des sommets parfois monstrueux, tant ils offrent la quintessence de tout ce qu’on a décrit dans ces lignes. Ajoutons un système de loot très généreux hérité des hack’n’slash (on pense évidemment à Diablo, jusque dans le code de couleurs), et l’on obtient un jeu qui rappellera certes ceux de FromSoftware, mais seulement par quelques aspects. La philosophie, elle, est différente.

Technique et ambiance sonore : 4/5

image team ninja nioh
Image éditeur.

On s’attendait à tellement pire de la part d’un jeu pensé pour la Playstation 3, qu’au final on a été agréablement surpris. Précisons ici que le test fut effectué sur Playstation 4, pas une Pro. Nioh nous offre le choix entre plusieurs modes impliquant directement le rendu visuel. Bien évidemment, les vrais opteront pour « Action », qui assure un 60 fps constant, mais les autres (les faux, donc) pourront privilégier la résolution. Si les textures ne sont pas de premières fraîcheur, on remarque là encore que tout se tient grâce à un effort sur la direction artistique conséquent : Nioh est sombre, fait froid dans le dos, et les différentes modélisations qui y figurent sont exemplaires. Élément vraiment problématique, les ennemis n’ont pas fait l’objet d’un effort sur le nombre de skins, donc se répètent pas mal. C’est dommage, et très visible dans les niveaux remplis d’ennemis humains.

Quant au plaisir des oreilles, il est entier. Les partitions de Nioh, signées par un Yuugo Kanno qu’on avait repéré avec son travail de qualité sur l’anime Psycho-Pass, participent entièrement à l’ambiance si spécifique du soft. Avec ses sonorités traditionnelles, appliquées à des rythmiques entêtantes et énergiques, le tout ne transigeant jamais avec les nappes pleines de mystères, l’O.S.T. réussie à faire mouche d’un bout à l’autre. Le travail sur les voix est aussi qualitatif, et les bruitages réussissent à se rendre utiles, notamment pour qui aime savoir quand on le prend en chasse.

Durée de vie : 5/5

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Image éditeur.

Nioh, c’est la foire au contenu ! Si vous voulez pousser William jusqu’au niveau 100, faire toutes les quêtes secondaires, trouver tous les Kodamas, vous aventurer dans les diaboliques missions Crépuscule, dégoter le meilleur loot possible, venir à bout des très nombreux succès internes au jeu, alors il va falloir remuer Ciel et Terre pour en voir le bout. Quant à l’aventure en elle-même, elle se boucle en une quarantaine d’heures, et bien évidemment un new game plus est au programme.

Note finale : 18/20

Une arlésienne, ça a toutes les chances de se foirer au final. Mais ce n’est pas Nioh qui viendra confirmer cela, car non seulement le jeu a su survivre à un développement chaotique, mais aussi il atteint un niveau de qualité tel qu’il devient un hit instantanément. Avec son ambiance horrifio-historique, son exigence de tous les instants, sa courbe de progression jouissive et son contenu généreux, Nioh s’impose comme l’alternative tant attendue à la série des Souls. Plus nerveux, moins cryptique, plus bordélique dans les menus aussi et un peu moins définitif dans son découpage par missions, le jeu de la Team Ninja nous a laissé sur les rotules. Un sacré challenge vous attend, certains combats de boss vont mettre à l’épreuve vos nerfs, mais souffrir n’a que rarement été aussi bon. L’un des meilleurs jeux de l’année, sans l’ombre d’un doute.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
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