article coup de coeur

[Test] Sekiro Shadows Die Twice : la douleur élevée au rang d’art

Caractéristiques

    • PlayStation 4
    • Ordinateur/PC
    • Xbox One
  • Développeur : FromSoftware
  • Editeur : Activision
  • Date de sortie : 22 mars 2019
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Un candidat on ne peut plus sérieux au titre de GOTY 2019

image sekiro
C’est sous cette lune sublime que tout bascule…

Vous le lisez sur tous les sites, ou le voyez chez tous les youtubeurs, Sekiro : Shadows Die Twice provoque une unanimité déconcertante. Et, autant vous alerter de suite, ce n’est pas dans ces lignes qu’on cherchera à démonter le phénomène. Mieux : nous allons apporter notre pierre à l’édifice. Car si le jeu est, depuis de longs mois, l’une de nos attentes les plus fortes de cette année 2019, ce n’est pas pour rien. Rappelons que le soft n’est pas issu de n’importe quel studio de développement. FromSoftware c’est, avec PlatinumGames (lui aussi passé par Activision, notamment avec l’étonnant Transformers : Devastation) et une poignée d’autres, l’un des acteurs les plus en vue de l’industrie vidéoludique. Demon’s Soul a ouvert la voie au renouveau du die and retry. Dark Souls a sublimé la recette. Bloodborne s’est chargé d’assoir définitivement le talent de cette équipe, et d’installer le créateur, Hidetaka Miyazaki, sur le trône des artistes les plus influents de ces dernières années. Son dernier travail en date se devait de ne surtout pas ternir la légende naissante…

Sekiro : Shadows Die Twice est un projet qui passionne depuis son annonce, aux Game Awards 2017. Lors de cet événement, les internets ont vu se déverser un torrent de réactions positives, et pour cause : les quelques secondes présentées nous plongeaient en plein univers médiéval japonais, avec la promesse d’un soft dirigé par Hidetaka Miyazaki. Autre surprise, l’éditeur associé à cette nouvelle aventure n’est autre qu’Activision, géant américain un peu embourbé dans les Call Of Duty, et dont l’image n’est pas toujours des plus populaires chez certains. L’idée d’aller chercher FromSoftware est, en tout cas, à féliciter, tant elle provoque un sacré coup de projecteur, et modifie instantanément le ressenti autour de cette boîte. Là, on ne rigole plus, les pendules sont remises à la bonne heure.

De Tenchu à Sekiro

Pourtant, quelques signes nous faisaient penser que Hidetaka Miyazaki n’était plus trop inspiré. Après Dark Souls 3, on le pensait même au bord d’une pré-retraite anticipée, lui qui adore les jeux de plateau et voudraient se lancer dans la conception d’un Battle Royale. Aussi, son Déraciné brisait tous les codes qu’il s’était évertué à installer, en utilisant la réalité virtuelle afin de décrire un univers certes intéressant, mais bien moins torturé que dans ses autres travaux. Seulement, Activision a sûrement trouvé les bons arguments, et le carnet de chèque qui va avec (et c’est bien normal), en lui commandant ce qui était, en début de projet, un nouveau Tenchu. Là, on vous parle d’une licence que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Voilà une série, désormais oubliée à force d’itérations calamiteuses (et parfois signée par FromSoftware, sans son actuel directeur), mais dont l’aura est toujours, aujourd’hui, vivace chez les fans. En gros, sachez que Metal Gear Solid n’était pas, selon nous, le meilleur jeu d’infiltration de la PlayStation. Tenchu : Stealth Assassins lui volait la vedette, et ce avec un an d’avance en Europe.

Si l’on ne connaît pas les tenants et aboutissants de cette affaire, il est certain que la volonté de faire revivre Tenchu a coupé court, au profit d’une toute nouvelle licence : Sekiro. Et c’est sous cette forme que le soft nous est présenté. Quelle claque mes aïeux, quelle claque. On se doit cependant de vous prévenir : nous prenons le parti de ne pas vous spoiler ni les rebondissements, ni les boss. Selon nous, le titre ne sera jamais meilleur que s’il est découvert de manière abrupte, peut-être avec un wiki, mais n’en abusez pas. Pour le moment, concentrons-nous sur le récit. Celui-ci se déroule à la fin de l’ère Sengoku. On fait connaissance avec notre avatar alors qu’il n’est encore qu’un enfant, victime d’une bataille terrifiante. Il est repéré et récupéré par les ennemis des Ashina. Vingt ans plus tard, ces derniers sont au bord de la défaite. Dans une dernière tentative pour sauver ce qui peut encore l’être, Genichiro kidnappe Kuro, le jeune et précieux garçon que se doit de défendre notre Sekiro, devenu shinobi. Après un duel acharné, le personnage principal se fait couper le bras gauche, et se retrouve laissé pour mort.

FromSoftware prend des risques côté scénario, et c’est bonnard

image test jeu sekiro shadows die twice
Le sculpteur, un PNJ que vous croiserez souvent.

Sekiro : Shadows Die Twice débute d’une bien sombre façon. D’ailleurs, on reconnaît évidemment, et très rapidement, la patte de Hidetaka Miyazaki. Certes, le fait que notre avatar parle, et puisse même opter pour telle ou telle réponse, brise un peu le mystère qui l’entoure. L’effet secondaire, c’est une narration plus appuyée, d’ailleurs la réalisation des rares cinématiques sont d’un niveau tout bonnement sidérant. Mais il est vrai que l’atmosphère, ce petit truc dans l’air, se fait un peu moins cryptique que ce qu’on a pu vivre dans Bloodborne par exemple. Est-ce une mauvaise chose ? Non, absolument pas . Le soft prend clairement une autre direction. Même si l’on se doit de rassurer les fans de Dark Souls : oui, on a évidemment droit à cette atmosphère chargée de désespoir. Surtout dans la deuxième moitié, où certains décors racontent, à eux seuls, une histoire.

Le scénario, c’est bien, mais vous conviendrez que Sekiro : Shadows Die Twice était surtout attendu pour son gameplay. Si l’ambiance se modifie, l’approche de la prise de mains n’est pas en reste. Autant vous prévenir de suite, avant même de développer ce point un peu plus bas : la philosophie (souffrez, vous progresserez) reste la même que dans les précédents softs de FromSoftware. Mais, ici, c’est accompagné d’une volonté de cadrer l’avatar. Le premier signe qui installe ce fait, c’est l’absence de création de personnage, on ne peut plus logique : Sekiro est un shinobi, donc aucune classe n’est à choisir. Et, mine de rien, cet esprit a une vraie incidence sur les sensations, notamment dans la progression de notre manchot héroïque. On note l’arrivée d’arbres de compétences, dans lesquels dépenser des points gagnés à la sueur de notre front. Ainsi, on débloque de nouvelles et puissantes attaques, tout en bichonnant celle qui sera notre grande amie tout du long : la prothèse du bras gauche.

La Rage du Sekiro

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Aucun screenshot ne peut traduire l’excellence des combats.

Dans Sekiro : Shadows Die Twice, on incarne un shinobi. Du coup, notre avatar est bien plus mobile que dans un Dark Souls. Et sa condition de sabreur manchot (coucou La Rage du Tigre) ne durera pas longtemps. Sekiro va être sauvé par un homme mystérieux, le Sculpteur, lequel lui a accroché cette extension pour le moins surprenante. Et voilà qu’est justifié, par le scénario, l’intervention du grappin. D’ailleurs, petite parenthèse, c’est là aussi l’une des grandes forces des univers créés par le FromSoftare dirigé par Hidetaka Miyazaki : le gameplay se tient grâce à un background formidable. Notre avatar a une gourde, qui régénère une partie de notre énergie et se recharge pendant le repos. Ce n’est pas balancé comme ça : c’est justifié, notamment par la présence d’un personnage secondaire entouré d’une aura mystérieuse. Tout se tient, c’est un vrai bonheur pour celles et ceux qui aiment qu’un jeu cherche une certaine cohérence. Mais revenons sur le grappin. Celui-ci se manie avec une précision sans fausse note, et donne du relief à la verticalité du level design. Prenez de la hauteur, cela vous donnera une bonne longueur d’avance sur les ennemis, en vous permettant de les faire trépasser en un seul et énergique coup.

Car, autre spécificité de Sekiro : Shadows Die Twice, l’infiltration est de la partie. Se glisser dans les hautes herbes, passer sous les bâtisses, fondre sur un ennemi depuis un toit, tout cela est hautement gratifiant. Et, surtout, ces capacités nous facilitent la vie. On pourra tout juste regretter une intelligence artificielle pas hyper élaborée, qui a tendance à vouloir ne pas nous apercevoir. Par contre, si vous pensez que cela brise l’expérience, redescendez sur Terre car vous allez vite déchanter. Bon sang, que c’est dur, mais dur ! Plaçons le contexte rapidement : le sous-titre, Shadows Die Twice, se justifie là aussi par une capacité surnaturelle : Sekiro peut se relever d’un échec, mais seulement deux fois. Une vie se recharge aux points de repos, l’autre en tuant des opposants. Si vous perdez définitivement, vous pourrez recharger mais au prix d’une partie de votre argent, et de votre expérience. Contrairement aux Dark Souls, impossible de les récupérer et, plus fou encore, FromSoftware introduit une nouvelle punition bien vicieuse. Car chaque mort affectera les PNJ, et leur brisera l’esprit au fur et à mesure. Si vous périssez trop souvent, l’impact sera terrible : des quêtes annexes ne pourront être terminées. Bon, on vous rassure, il existe un moyen de calmer cette maladie, mais ce n’est pas aisé…

Tout le monde ne pourra pas le terminer…

image gameplay sekiro shadows die twice
Les panoramas se font de plus en plus magnifiques.

Difficile, aérien, Sekiro : Shadows Die Twice est aussi très juste. Pendant la quarantaine d’heures de jeu que nous a demandé le jeu (oui, la durée de vie est costaude), on n’a pas ressenti l’injustice d’une défaite liée à autre chose que la faiblesse de votre humble serviteur. Ce qui, par ailleurs, nous renvoie face à nos propres capacités de joueur. Le skill, le fameux skill, soit votre capacité à comprendre, digérer et maitriser le challenge qui vous est opposé. FromSoftware l’assume : tout le monde ne pourra pas terminer ce titre, par contre il est fort à parier que vous terminerez votre expérience en maitrisant bien mieux les rouages du gameplay. Après, il est vrai que ce grand hit peut faire preuve d’une cruauté hallucinante. Si les ennemis, et les sous-boss, sont encore abordables, du moins dès qu’on a compris l’importance de l’esquive et du contre (ne vous inquiétez pas, les premières heures vous laissent le temps de bien assimiler ces exercices), attendez vous à pleurer du sang en faisant face à chacun des boss. Là, le duel se joue à la frame près, et il va falloir accepter la défaite afin de mieux analyser les patterns parfois d’une sauvagerie inégalée. Oui, le soft est le plus dur issu du studio et, à notre avis, d’assez loin. Car ici, nul élément de RPG pour nous sauver la mise, tout est dans le skill. Par contre, et c’est le seul reproche qu’on pourra formuler à ce qui est, pour nous, le candidat favori au titre de GOTY : la caméra est parfois capricieuse dans ces duels. Il suffit de tomber sur un vilain très rapide, et l’on perd parfois le fil.

Sekiro : Shadows Die Twice se devait de nous réserver une un bon trip visuel, soutenu par une technique au taquet. Là encore, c’est une réussite, même si tout n’est pas parfait. On meurt (deux fois) d’envie de vous décrire ces environnements fantastiques que l’on dévore, surtout dans une seconde partie qui se fait plus lugubre, plus typique du style Hidetaka Miyazaki, mais il va vous falloir découvrir tout ça par vous même. Et au prix d’un sacré chemin de croix, vous l’aurez compris. La direction artistique est une dinguerie : chaque forme d’objet, chaque couleur nous semble pertinente. On aura tout de même remarqué quelques textures de basses qualité, surtout sur les sols, et quelques chutes de framerate se sont fait sentir quand trop d’effets se cumulent à l’écran. Mais rien de bien grave, cela n’entrave pas l’expérience. Enfin, le son est une merveille, on vous conseille de le savourer au casque. Les doublages japonais (l’entièreté du jeu est sous-titré en français, comme il se doit) s’avèrent d’une perfection inouïe, et les compositions de la très douée Yuka Kitamura sont un régal pour les mélomanes amateurs de tonalités typiques de l’ère Sengoku. Et si, comme votre humble serviteur, votre passion ce sont ces bruitages d’épées qui s’entrechoquent, soyez sûrs qu’ils sont d’une qualité inouïe, et provoquent une patate hors du commun. Du bonheur, que du bonheur.

Note : 18/20

On ne partait pas tout à fait confiant, tant on se demandait si FromSoftware allait pouvoir s’inscrire dans une nouvelle vision tout en gardant sa personnalité, et pourtant Sekiro : Shadows Die Twice nous a mis K.O. Sa difficulté surréaliste, mais toujours très juste, ne doit pas faire oublier la grande cohérence du game design, lequel accouche de différentes mécaniques plaisantes au possible. Aussi, l’intervention du grappin n’est pas innocente, cela distille une verticalité qui nous pousse à exploiter un level design d’une efficacité redoutable. On a sciemment passé sous silence quelques éléments, surtout du côté des objets, qui ont une signification si importante pour l’expérience que vous les dévoiler tiendrait du spoiler évitable. Mais sachez que les nombreuses possibilités qui vous sont laissées ont toutes leur intérêt, et ce même s’il faudra lutter pour faire la lumière sur la signification de certains éléments. Voilà qui termine de faire de ce jeu l’un des grands favoris pour le GOTY 2019.

9/10

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