[Critique] Baby Driver : cool, et après ?

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Edgar Wright
  • Avec : Ansel Elgort, Kevin Spacey, Lily James, Jon Hamm, Jon Bernthal, Jamie Foxx, Eiza González
  • Distributeur : Sony Pictures Releasing France
  • Genre : Policier
  • Nationalité : USA, Royaume-Uni
  • Durée : 115 minutes
  • Date de sortie : 19 juillet 2017

Un film qui tient la route ?

film baby driver

Il aura fallu plus de 20 ans pour qu’Edgar Wright, réalisateur parmi les plus adoubés de son temps, puisse accoucher de Baby Driver. Conçues en 1994, les grandes lignes forment désormais une suite de plans, et c’est un véritable événement en soi. Rappelons que, pour réaliser ce doux rêve, le metteur en scène de Shaun Of The Dead n’a pas hésiter à contrarier les fans de Marvel (+ 10 de charisme), en quittant subitement la pré-production d’Ant-Man, sur lequel il travaillait depuis des années. C’est dire si Edgar Wright y tenait, à son bébé chauffeur. Mais attention, car ce genre de développement, très long, n’est pas toujours synonyme de totale réussite.

Le film développe un scénario à la fois simple et cousu de fil blanc. On pourrait le résumer ainsi : vous avez vu The Driver, film séminal de Walter Hill ? Vous n’avez pas loupé le lancinant Drive, de Nicolas Winding Refn ? Vous prenez les deux, les passez au shaker Wright, et vous obtenez Baby Driver. Est-ce là un défaut ? Absolument pas, l’Histoire de l’art est parcourue de revisites, de points de vue renouvelés, d’archétypes « servis à la sauce de ». On ne pourra tout de même pas passer à côté d’un certain déjà-vu, surtout gênant dans les premières minutes : Baby est un chauffeur pour braqueurs, et sous ses airs distants il est sans doute le meilleur. L’introduction nous plonge en situation bien connue, dans une séquence de poursuite rythmée, même si l’on regrette qu’elle soit montée pour les fans de cut épileptique. Soyons clairs, les trois-quarts des plans de cette scène rutilante sont incompréhensibles, ce qui est une (fausse) bonne idée de son réalisateur. À vouloir nous perdre, en même temps que les poursuivants, Edgar Wright n’atteint que trop bien son but : on est malheureusement largué et, donc, particulièrement agacé.

Du Wright dans le texte

image jamie foxx baby driver

Vient ensuite la très attendue histoire d’amour. Là aussi, si vous attendiez du réalisateur qu’il se renouvelle un peu, vous l’aurez dans le baba. Les personnages de Baby Driver sont tous adultes, plus ou moins jeunes mais majeurs. Pourtant, on a l’impression de suivre une romance pour adolescents. Un effet typiquement « wrightien », mais qui a tendance à nous irriter de plus en plus. Les rapports sonnent faux, comme en décalage, et cela ne fonctionne jamais réellement. Sans pour autant ralentir le film, ce qui est déjà une bonne chose, cette amourette ne dégage rien, et surtout ne réserve aucune surprise. La faute à des problématiques sympathiques mais plutôt inoffensives. Car, bientôt, les choses vont mal tourner pour Baby : il va devoir bosser avec de vrais cinglés, le toujours excellent Jamie Foxx (Collatéral, Django Unchained) en tête. Et, même si le super chauffeur est un minimum protégé par le big boss, interprété par le très appliqué Kevin Spacey (Seven, Margin Call), quelques spécificités du jeune homme vont malheureusement lui attirer de bien vilaines intentions.

Car tout Baby Driver tient sur son personnage-titre. Logique. On a une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise, c’est qu’Ansel Elgort n’est pas meilleur que dans la saga Divergente. Hum. La bonne : les traits de caractère de son rôle sont du genre satisfaisants. On le prend vite en affection, ce jeune prodige du volant, atteint d’un tel acouphène qu’il doit le « noyer » dans de la musique à fond les ballons. Une habitude qui a développé son amour pour la bonne note, ce qui assure au film une playlist savoureuse… et des effets gonflants. On aura vite fait d’évoquer une sorte de comédie musicale post-moderne. Blabla prétentieux et abscons. Écrivons, plutôt, qu’Edgar Wright rythme ses gunfights avec ce qu’écoute le jeune homme. Une comédie musicale raconte quelque chose via les paroles, la musique, la danse. Elle développe ses personnages par ce biais, mais aussi le scénario, voire même le fond de l’œuvre. On en est loin, ici. Non, Baby Driver ce n’est pas West Side Story avec des flingues et des bagnoles.

Être cool ne suffit pas

image film baby driver

Selon certaines sources, en fait la quasi-totalité de la presse, Baby Driver serait un film « cool ». Preuve en est la phrase d’accroche, sur l’affiche, qui présente l’œuvre comme « probablement la plus cool jamais tournée ». Quel toupet. Outre que ce mot, galvaudé depuis des années, ne signifie rien de bien particulier (on en a tous notre définition), on se pose tout de même la question : et après ? Car voilà ce qui nous dérange profondément avec cette œuvre, certes sympathique mais mineure dans la filmographie d’Edgar Wright : il n’y a aucun écho à cette histoire. Comme beaucoup d’autres métrages du moment, on l’aura très vite oublié, après avoir passé un moment plus ou moins bon pendant le temps précis de la projection (par pitié, allez le voir au cinéma, le contraire vous ferait passer à côté de 90% de l’intérêt de l’œuvre). La faute à une vision du monde limitée, une motivation de « petit malin », le tout formant un résultat plus proche du trip qu’autre chose. Heureusement, le divertissement est mieux fignolé dans sa seconde moitié, et notamment grâce à un final réussit, en forme d’apothéose assez folle pour sortir d’une certaine torpeur.

Au final, Baby Driver n’a pas le retentissement escompté même si, on n’en doute pas, les fans d’Edgar Wright prendront leur pied, au moins pendant la seconde moitié. On se contentera sans trop de mal de quelques scènes bien troussées, d’une bande originale qu’on va s’offrir au plus vite, et de quelques prestations solides du casting. Par contre, si vous êtes hermétique au cinéma de cet éternel adolescent, ce n’est pas à l’occasion de ce nouvel effort que votre position évoluera d’un iota. Cinéaste du vide, Wright n’en démord pas : il sera l’idole des geeks à barbe et cheveux longs (ndlr : ce n’est pas comme si tu ne l’étais pas toi-même, et toc !), et des femmes à cheveux verts-bleus, amatrices de paillettes etc. Si vous en êtes, tant mieux. Sinon, Baby Driver pourrait bien vous laisser quelque peu circonspect…

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
5/10

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